Recueil de textes, chants et poèmes en Amour


Nuit de l’ensevelissement du Corps (Jean 19 : 39)
La nuit de tous les effondrements
L'événement
Sortie de territoire
Ma Nuit Dernière
Larmes aux pieds
Le serviteur souffrant
L'autre coté du monde
Mon impavide Amour
Témoignage du corps
Le seuil du pauvre
Non je ne vous dirais pas qui je suis
Petits enfants
Racines
Ce qui meurt
Ecce homo
La fin d'un abîmé
Vivra
Du baume à l'eau
Création
Par là-bas la guerre


Nuit de l’ensevelissement du Corps (Jean 19 : 39)

Chant 1er

Quelqu’un se rappelle qui cache des larmes
Gardez pour ma sépulture ce parfum
Car vous n’avez pas pour toujours mon âme

Lui mort de nos cœurs incertains
C’est l’ordre ancien qui vacille et s’éteint
Et la nuit vient pour nous dans la tempête
Ce n’est pas seulement de l’Oint la tête
Que Nicodème étreint dans la douleur
Mais ce qui devait mourir de nos leurres
Tout ce qui doit mourir du Corps antique
Un raté un obstacle un dieu magique

Au Nom du Père il dévoile la Loi
Mais notre Loi ne vient pas du même père
Pour cause de malentendu Fils se perd
Pendant qu’un ombre s’étend sur la foi

Désormais en ce ciel blanc recouvert
Cesseront les bénéfices de l’usure
Nous n’aurons rien non plus qui nous rassure
Il nous faudra rester nus entrouverts
Comme avant la chute de l’ancien Adam
Sans mur d’enceinte ni vêtements

Cependant le Corps pour la fin
Il nous faudra en prendre soin
Ne pas l’abandonner aux hyènes
Sur le dépotoir de géhennes
Le couvrir de myrrhe d’aloès
Pour le temps de la sépulture
Car au grand tréfonds de l’Hadès
Germe déjà le vent futur

L’Oint du Seigneur s’enterre et ses fidèles Il navre
Mais là-bas seront les aigles où est le cadavre
C’est le temps de l’ensevelissement du Corps
S’épanche ce jour le paraclet au son du cor

Chant 2ème

Je m’en vais vous courez
Vous me cherchez sans cesse
Dans la nuit vous mourez
Et je suis Vie qui presse

En cette rouge nuit du deuil
Du pauvre de soif sur le seuil
Ce qui devait hors nous finir
Pourrit déjà depuis longtemps
Quelque chose lutte pourtant
Et triste mort ne peut plus rire

Mais nul ne le peut encore voir
Lorsque frôle en paroi
L’âme entravée de tout son poids
On a beau dire qu’Il est ici
Ou qu’il est encore là assis
On ne peut plus tout à fait croire

Ne viendra plus extérieurement
Pas même pour un retournement
Car comme l’éclair est Sa Présence
Lumière qui frappe sitôt l’Absence
Elle écartèle sans égards
Nos oreilles et nos yeux hagards

Dans l’infini trou du trop long tri
Heureux le cri de la Femme à l’entour
Heureux le temple de pierre meurtri
A petit feu qui obscurcit son jour
De son cœur liquide de son esprit lisse
Terre d’En-Haut Jérusalem jaillissent

Vous aviez des textes sacrés
Je suis écoute du souffle
Vous aviez une loi encrée
Je suis vie qui vous trouble
Vous aviez l’avide espérance
Je suis joyeuse errance

Le monde ne m’apercevra plus, mais vous vous m’apercevrez, parce que moi je vis et que vous aussi vous vivrez. En ce jour là vous connaîtrez que moi je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous.
Nuit de tous les effondrements

Malheur à vous riches parce que vous avez votre consolation

Riches en actions
Qui unissez les âmes en masse
Misez sur la puissance du nombre
Et chassez d’autorité sur de vastes assemblées
Vous avez votre récompense

Vous voulez l’ordre et croyez en la hiérarchie
Pensant tenir par là
Les clefs perdues du Roy au loin
Votre âme s’est enrichie oui
Mais de l’usure des autres
Vos œuvres vous consolent
Mais votre dieu est vide
Poursuite du souffle en vain

Frères et sœurs ma maison
Quand on ne perçoit plus d’un temple
Que les piliers
Que les colonnes qui le soutiennent
C’est déjà
Qu’il s’est effondré

Malheur à vous qui êtes repus maintenant parce que vous aurez faim

Riches en savoir
Qui pratiquez partout même langue
Et imposez mêmes pensées
Par le pouvoir du verbe
Vous avez votre récompense

Partout prônez mêmes idées mêmes valeurs
Même désir même voie
Pensant rétablir par là
L’unité perdue du Roy au loin
Vous êtes repus de travail
Mais dieu est absent
Votre âme est avec d’autres oui
Mais savez-vous être ensemble

Frères et sœurs ma chair
Quand on ne perçoit plus d’un homme
Que sa charpente osseuse
Que sa structure blanchie
C’est déjà
Qu’il est mort


Malheur à vous qui riez maintenant parce que vous connaîtrez deuil et larmes

Mes fils sont écartelés
Mes enfants déchirés
De ne pouvoir donner
Ce qu’ils reçoivent d’en-bas
Solitude et abîme voilà leur lot
Et vous riez

Ma chair est exilée
Elle ne peut plus se donner en partage
Et vous riez

Mon verbe s’est fait silence
Je ne suis plus présent
Même dans la paix du Christ
Vous voulez l’exclusion
Pensant faire œuvre juste
Vous riez
Vous n’aurez que le désert et le mur
Je suis absent

En esprit et en vérité
Je vous le dis
Vraiment je cherche des adorateurs
Et me donnerai à eux
Même dans l’effondrement

Jusque dans l’abîme

Peuple je t’aime

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La nuit de tous les effondrements

La Chute
Dieu ne s’est pas éloigné Il nous manque
Il y a manque et rien ne vient
Rien ne vient parce que déjà ici
Entre nous mais si humble
Et ce que nous entendons en nous nous effraie
Nous Lui préférons les richesses que l’on tient bien
Celles qui comblent le vide tout de suite
Mais ce qui comble tout de suite est pesant
Comme un mensonge sans fondement
Et s’accentue le vide
Nous chutons inexorablement

Heureux les doux parce qu’ils hériteront la terre

Il en est des richesses spirituelles comme des richesses matérielles
Nos avides espérances font obstacle à Dieu
Depuis ce que nous nommons création
Toutes nos tentatives toutes nos espérances toute notre volonté active
Pour maîtriser notre destin
Nous ramènent à ce même constat douloureux
Il semble que nous soyons soumis à une nécessité de la chute
Comme si nous nous alourdissions proportionnellement à notre désir de puissance
Toute progression menant inexorablement à un effondrement
Et cet autre constat moins désespéré
Nous ne cheminons réellement que d’effondrements en effondrements
Et encore
Nous ne cheminons réellement vers Dieu que de chute en chute
La chute semble être la condition incontournable de notre retour en Dieu
Nécessité à jamais incompréhensible pour la raison

Heureux les pauvres quant à l’esprit parce que le Royaume leur appartient

De nombreuses existences retournées du malentendu
Témoignent d’une même réalité
L’acceptation de la chute parce que rendue incontournable
Les effondrements radicaux malgré ce qui résiste encore
Ouvrent dans le dépouillement
Un chemin de retour en Dieu
S’Il semble absent de notre monde
S’Il manque à l’homme social
Il est avec l’homme qui accepte sa chute
Je ne prie pas pour le monde mais pour ceux que tu m’as donné
Heureux ceux qui mènent deuil parce qu’ils seront consolés

La tendance naturelle de l’homme social est d’agir
De lutter contre l’effondrement
Qu’il vit dans la peur comme une perte un échec une fin
Et qu’il dénonce comme la conséquence d’une faute comme une malédiction
Il ne lâche que lorsqu’il se brise
La voie surnaturelle née du Père comme le préfigure Job
S’abandonne à l’effondrement
Dans la confiance d’un retour au sein du Père
Seul possède l’aptitude à l’abandon
L’homme dont une rupture l’a coupé de la logique du monde
Si son deuil n’est pas imaginaire
Il sera visité dans son malheur
Voilà pourquoi les déchus sont plus proches du Royaume que beaucoup de justes
Dans cet abandon sans abris où enfouir le repos
Lorsque nous sommes réduits à l’état d’incapacité de vouloir autre chose
Que cette nécessité de la chute
Quelque chose s’ouvre en nous à la Présence du don gratuit
Et rien d’autre

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice parce qu’ils seront rassasiés

L’homme qui a faim et soif de justice
Ne peut se résigner au malheur innocent sans révolte
Sans agir ni prier
Il ne peut se fermer à la réalité tragique
Et nier le Mal en ce monde d’où Dieu semble absent
Il contemple sa propre méchanceté
Pourtant c’est l’absolue justice qu’il désire
D’où son écartèlement son cri
Pardonne-nous car nous ne savons pas ce que nous faisons
Cela est douloureux
Aussi beaucoup fuient la Croix comme impossible
Pourtant cet écartèlement est plénitude
Au cœur du paradoxe se trouve le pain qui rassasie

Heureux les miséricordieux parce qu’il leur sera fait miséricorde

Il est là au cœur de l’homme
Qui s’abandonne au déchirement au fond de l’abîme
La souffrance qui en résulte est gage d’une présence réelle
Pourtant demeure l’Absence car Dieu Tout-Puissant n’est pas Dieu
Elle le dépouillera de tout jugement
Puis viendra en pleine lumière le leurre qui inverse les rapports au monde
C’est dans cet effondrement que souffle l’Esprit dans son temple pour le pardon

Heureux les purs de cœur parce qu’ils verront Dieu

Agir dans ce monde pour soulager les cœurs de chair
Et pourtant reconnaître humblement
Que c’est seulement ce que bâtit l’Esprit du Christ en nos cœurs
A notre insu dans notre effondrement enfin accepté qui nous sauve
Les cœurs purs sont sans idoles

Heureux les faisant la paix parce qu’ils seront appelés fils de Dieu

Ayons entre nous la pensée même qui fut en Christ
Dieu sauveur a accepté l’abaissement (Philippiens 2 : 5 – 8)
Tout au fond de l’abîme
Lorsque vanité se meurt
Le Père retrouve son fils

Heureux les persécutés à cause de la justice parce que le Royaume est à eux

Jésus dernier Adam
Nous a ouvert la voie en s’abandonnant à l’abîme à l’ensevelissement
Il accepta la condition d’homme maudit à notre place
Jusqu’au bout de la chute
Et il fut dépouillé de tout
Lama Sabactani C’est alors que Abba lui ouvrit le passage
Notre Père attend au fond de l’abîme car Il aime

Inversion des rapports c’est à dire ce qui est délié

Accepter la chute alors que l’on désire la vie
Ne peut être sans intervention surnaturelle au cœur de l’homme
Christ vient et s’empare de notre cœur
L’illumine du don gratuit
Puis le laisse seul pour un chemin de libération
L’amour qui unit les amants est alors fort comme la mort
Il sera l’assistant dans la chute
Ainsi peut s’accomplir cette parole
Dans l’attention amoureuse
Mourir aux éléments du monde Colossiens 2 : 20 – 23
Ce qui ne veut pas dire se retirer du monde

C’est dans cette mort que jaillit la vie libérée

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L’événement

L’événement c’est le moment de l’avènement du Vivant

C’est immédiatement une clarté qui inonde
Ma ténèbre d’une infinie tendresse
Subitement la Lumière s’écoule
Dans le monde en moi

Qui reçoit la Lumière entend la Parole
Celle qui dès avant l’origine est
Bien avant tout commencement toute parole
Amante du tout de l’humain
Elle est le Véritable
La Relation d’amour parmi nous
Médiation tournée vers le lieu du Père
Mais
Le monde en l’homme ne la reçoit pas
Il ne l’accueille pas


La Lumière vient malgré moi et sauve ma ténèbre

Qui la reçoit est aussitôt transféré dans le sein
Du Père le Royaume du Fils de son effusion
Là il est recréé Enfant de Dieu
Bien-Aimé d’Amour

Qui l’éprouve ne sait plus dire ni quoi ni comment
Sans pourquoi en un éclair l’appel à la Naissance
Contemplation de Cela qui est
Par contact vivant le Souffle qui libère la Source
Plus de volonté propre le feu
Non selon les puissances qui sont dans le monde
Homicides dès le commencement
Ni
Par l’opération d’une autre parole qui n’est pas du même lieu
Mais par ce seul toucher d’Amour

Le baiser illuminant du Bien-Aimé caché

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Sortie de territoire

Je passe
L’enfermement pour cet autrement lieu
Espace paradoxal que l’épreuve seule offre en partage
Evénement à la limite avènement caché
Qu’aucune langue d’homme ne peut dire en vérité
Pour un vécu d’exode des dits en des mots éculés
Qui abusent toujours la chair qui les reçoit
En ce territoire autre côté du monde
Nulle assurance d’une claire pénétration
Là Science et Raison se risquent à l’errance
Ici le chant de la Parole qui vient à soi
La voix qui élargit et dont nul ne s’empare
Sanctuaire intérieur d’une folie retournée
Ecartèlement qui unifie la déchirure
Mais aussi souffle tendre sur cela même
Qui fait obstacle homicide et sépare

Je touche
Ce point d’appui où tout s’évanouit
Blessure attente en solitude ardente
Longues marches dans la brume épaisse
Présence d’absence ouvrant au commencement
Effondrements qui élèvent le doute
Jusqu’au très humble vide en espérance

J’énonce
La tendresse de l’acte nourri d’un désappris
Le lâcher prise impavide au tréfonds de l’intime
Constamment recueilli pour un rien

J’annonce
La libération du pouvoir de l’en face et l’abandon
A l’autre de l’être qui ne peut plus peser
Les tourments d’une délicieuse impatience

Je goûte
Le retour de l’amour gardé en perdant davantage
Le besoin de Lui vaincu par mille va pour un vient
Ne quémande plus la jouissance pourvu qu’il soit

J’entends
En cette béance le chant de l’autre en gratuité
Dans ce saut dans le rien
Sa voie

Je vois
La naissance du fils que chaque aujourd’hui
Fait renaître et s’émerveiller d’amour
La fin du cri pour une jubilation cachée

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Ma Nuit Dernière

Ni la Nuit de Nicodème
Heure du lâche rendez-vous
Comme une vie se risque

Ni la Nuit de la Transfiguration
Heure de l’exode incliné
Par le visage en l’autre

Toutes deux sont accomplies
En Présence chaque jour

Mais Nuit de l’Agonie
Celle toujours devant
Qui offre au fond de l’abîme
Le tréfonds notre enfer

Son doux chant murmuré je perçois
En l’En-Bas qui m’y plonge
Et m’écartèle l’Amour Absent
Il n’est plus parmi nous humain
Et nul ne l’entend plus ni ne voit
Le désespoir qui dessèche même La Source

Abba ! Abba !
La claire voie du passage
Lama sabactani !
Désespérance notre grâce
Plus d’abri des cavernes
Où enfouir le repos

Comprenez la Nuit du Divin mort

Tout fut donné par un
Perdu de vouloir prendre
Mais il reste ses traces
Et j’en sais la présence

O frères je vous le dis
Je vais y renoncer mon âme
Du tout au rien
Ne puis faire autrement
Car j’aime Son Absence
Qui me fait passage

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Larmes aux pieds

Fils de l’homme a lutté lutté
Comme Jacob dans la Présence
Avec grande peur la nôtre
Immense crainte immense fuite
Perversion sans visage et sans nom
Jusqu’à pesante fatigue jusqu’à l’écartèlement jusqu’à n’en plus pouvoir

Aujourd’hui dans l’échec et la perte
Par violence acculé à la fosse profonde
Gangrène inéluctable ‘’géhennant’’ notre vie
Brisé broyé d’éclatements humains
Lui s’agenouille et descend
Au plus bas pieds de Pierre au plus bas larmes aux pieds

Point de gain plus de retour possible
Rien de rien que le chant de la mort
A l’ultime frontière hors consolation
Voix la perverse qui mesure et qui jauge et qui l’a condamné

Alors enfante l’abaissement d’Amour
Femme déchue
Baignant Ses pieds
De caresse salées
Pleurs endeuillés
Chevelure enfouie
Tout au fond du trou
Baisers gratuits
Et la vie qui jaillit

Alors passage l’abaissement d’Amour
Contact de chair à chair
Amour de tout le Corps
Qui n’attend rien de rien
Ni jouissance de l’autre
Ni jouissance de Lui
Que cet instant fragile
Abandonné livré
Qui ne sait plus pouvoir

Alors autre rivage l’abaissement d’Amour
Et nul ne sait comment
Tant la nuit fut profonde
Et la chute terrible
Mais tendres caresses
Se survivent déliées légères
Quoi sont reçues du Père
L’autre côté du monde
Frères et sœurs ma chair


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Le serviteur souffrant

Je ne veux plus
Mangez-moi ‘‘bouffez-moi’’
Déchiquetez mes chairs
Je vis de me vider pour vous
Et s’il me faut pour vivre de l’autre la peau
A vif je préfère ma mort d’aimer

Je ne veux plus seulement survivre
L’ombre de vos êtres me griffe
Je ne peux plus lutter pour être
Et je me fiche pas mal
S’il me faut pour vivre de l’autre la peau
Du sort qui m’attend
Du mal qu’on peut me faire

Je ne veux plus
Si dans la fosse j’expire
Mon cœur lui bat toujours
Par un ailleurs j’existe et
Je vous aime
Et s’il me faut pour vivre de l’autre la peau
Plutôt vos coups que le mensonge
Plutôt ma mort que l’homicide

Je vous touche
Je vous caresse
Tout de vous résonne
Et vous veille la nuit
Quand vous pleurez du mal du jour
Dans la Présence je supplie
Pour qu’Il vous garde en vie
Je réponds de nous tous
Et porte tout le mal
Tous nos songes
Tous nos mensonges
Tous nos meurtres


Et s’il me faut tricher gagner
Courir vaincre
Et s’il me faut enfouir compter
Dissimuler trahir
Et si je dois brouiller nier
Accuser mentir
Si je dois agir maîtriser
Contrôler dominer
Lutter voler appauvrir
Ecraser blesser
Combattre saccager détruire piétiner meurtrir
Juger jauger condamner mesurer exécuter

Alors qu’on en finisse
Je ne veux plus
Brisez-moi les os
J’en ai fini avec la crainte
Par souci de vous tous à venir
Non je ne puis taire l’Amour
Qui fait grincer des dents et
Dénonce nos petites navigations dans l’ombre
Et s’il me faut pour vivre de l’autre la peau
Ma peau je vous l’offre
Moi je ne juge absolument personne
Nos verbes nous révèlent


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L’autre côté du monde


Vient le temps des caresses gratuites
La joie d’être lavé et parfumé
L’ouverture
Abandonné offert à ce qui vient
Ainsi Il est là

En place du rien du pas grand chose
Il demeure toujours
Il demeure et Il est absent
Reste le reste à dire
Peut-être ce chant

N’ai plus d’avenir en ce monde
Je ne suis plus en devenir
Ton être à demeure
J’ai cessé de m’accroître

Trois soleils montent
En mon âme autre je suis
Trois lumières gonflent
En ma chair déchirent

De la liste du monde
Sur des tables en terre
Je viens d’être effacé
Je ne peux plus peser

Tendre aurore peut croître
Par un ailleurs d’exister
Je m’ondule et m’écoule
Et je décrois caché

En ce lieu solitaire
Je réponds de nous tous
Et le sang de vos âmes
Je recueille en calice


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Mon impavide Amour

Mon impavide Amour

Mon impavide Epoux
Ma tendre Mère
En votre absence
Combien j’ai souffert d’oser

Le Trou

Tout la haut trou là où
Toi-moi criions d’abandon
En cette Absence
Combien combien nous manquions d’air

La Croix

Petit bout de Corps sans souffle
Ne recevait plus jouissance de Lui
En ce manque
Combien combien il était déchiré

Mais trou dans le mur

Pourtant jouir de peu
Non ! Je ne pus m’y résoudre
Par ce rien néanmoins
Aujourd’hui nous vibrons de nous connaître en vie

L’Epouse renversée

Moins-de-jouir
Plaisir en feu
Feu le repos
Repos de flamme


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Témoignage du Corps

On nous dit que
Notre amour pour Toi a ses sources réelles dans les complexes inconscients
Qu’il est un dérivé de nos instincts sexuels
Que le premier signifié sexuel a été oublié
Scotomisé tenu dans l’ombre
Qu’il fut remplacé dans la chaîne signifiante par un autre signifié
Toi en l’occurrence
On nous dit que
« Nous recherchons la fusion avec l’Etre infini, le néant,
Que notre désir d’union est régression, retour dans le sein maternel,
Qu’il est désir de sécurité, refus de l’altérité,
Appel égotique de l’autre moitié de soi, nostalgie du placenta perdu.
Que notre fidélité au Nom du Père est sublimation de l’image paternelle. »

On nous dit aussi que
Notre amour pour le Corps nos frères et sœurs ma chair
Est fantasme des retrouvailles
Mythe du paradis perdu
Enfermements narcissiques
Illusion du grand soir

Mais nous, nous savons ce qui a parlé à notre cœur la toute première fois.
Ce n’était pas vraiment toi, Christ, car nous ne te connaissions pas, tu ne nous avais pas encore touché, ni visité.
Ce n’était pas notre Père, car comment aurions-nous pu le connaître puisque nous ne te connaissions pas ?
Ce que nous avons aimé la toute première fois, ce qui a bouleversé nos vies, ce furent tes paroles que le soi-disant hasard des rencontres mit sur notre route. Nous avons commencé par lire un peu des Evangiles dans nos chambres, cachés et…
Pour la première fois, avec des larmes, nous nous trouvâmes à écouter une parole vraiment juste et charitable. Pour la première fois nous écoutions un dire vraiment humain. Un dire que nous avons reconnu aussitôt, car depuis si longtemps nous le cherchions, nous le désirions sans pourtant savoir où le trouver ni comment le faire venir en pleine lumière…. Et cette parole enfin !
Nous y avons adhéré de tout notre coeur, de tout notre esprit, de toute notre volonté. Elle nous guérissait.

Ce n’est que plus tard, après que nous ayons fait bien des efforts vains pour nous élever vers la justice d’En-Haut, pour imiter ton humanité encore bien mal entendue, que vint ton Souffle d’Amour, par surprise et par miracle, nous révéler le Fils qui déposa sur notre bouche un baiser, nous retourna pour un Royaume, métamorphosa notre chair pour une union et illumina notre cœur pour un partage.
Ce ne fut pas le désir d’union, ni l’Amour-Union, le véritable amour, qui lui est pour la fin, qui furent premiers en nos cœurs, mais bien Ta parole qui ouvre le cœur à la Vie.
Nous avons aimé la justice, ensuite seulement tu es venu, tu t’es fait connaître et tu as gravé le désir de Toi dans notre cœur, à jamais.


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Le seuil du pauvre

L’altérité meurtrit
Bouscule
Bascule dans le vide
Le seuil du pauvre
Puis le saut dans l’abîme
Quand rien ne demeure
Rien
A part entre toi et moi
Se dépouiller au monde
A nu
Le vivre
Comme étant soi-même
Sur le seuil
Se livrer à l’autre
Dans le sans-puissance
Incliné
A l’écoute
Posé en son sein
Et goûter ensemble un autre pain
Tout commence
Sans commerce
Un autre pour la parole
En prendre soin
Comme mèche de lin qui fume à peine
Qu’elle s’éteigne
Plus rien ne m’éclaire
Qu’elle brûle
Ca veille entre nous

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Non je ne vous dirais pas qui je suis

Non je ne vous dirais pas qui je suis
Ni d’où je viens
Ni qui était ma mère
Ni qui était mon père
Je n’ai plus de nom
Plus de père
Plus de mère
Je n’ai qu’Amour
Et ma mère et mes frères
Sont ceux qui l’entendent

Non je ne vous dirais plus qui je suis
Ni d’où je suis sorti
Vous dites celui-là
Nous ne savons pas d’où il est
Je vous l’ai dit mais vous ne croyez pas
Je suis sorti de chez mon Père
Qui m’a envoyé vers vous
Pour rassembler les enfants perdus d’Israël
Mais vous ne me recevez pas
Parce que vous n’entendez pas ma parole

Si un autre était venu à ma place
Vous l’auriez reçu
Mais moi vous ne me recevez pas
Parce que je vous dis la vérité
Etes-vous sans intelligence
Ne comprenez-vous pas
La mort rôde chez-vous
Et je vous invite à la noce
Pour partager le pain de joie
Celui qui est le Vivant
Le vin de l’Alliance déjà dans la jarre


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Petits enfants

Petits enfants gardez-vous des idoles
Puissance et prestige social
Gardez-vous du levain de pharisiens
Ressentiment et extinction du vivant

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Racines

J’avais une glaise
Mais sans racines
J’avais feuillage
Mais non point ombre

Sans racines turlututu
Sans ombre chapeau pointu
Et pour seul signe
Soleil qui saigne


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Ce qui meurt

Ce qui meurt

Un je ne sais quoi du vouloir être
Un trop plein de chose
Epuisé à mort
Par trop plein d’amour
De l’Amour
Cher Amant

Ce qui vit

Ce Fils tant attendu
Longtemps guetté
Avant toute origine
Longtemps perdu
Là désormais pointé
Au cœur même de l’aven

Le contact

Vent dans la bouche
Pour toute la chair
Pour tous les membres
Frissons sur l’oreiller
Feuilles sur le cœur
Pour un « Dire » d’Epoux

Un Dire

Sans énoncé sans écriture
Verbe d’Amant d’avant
Sans mots qui masquent
Sans parenthèses qui trahissent
Dire sans dits
D’un air ressuscité

Au-delà

Autrement que force vitale
Vérité devenue souffle

Non
Mon Amour n’est pas de là
Où vous croyez l’entendre
Mon verbe n’est pas « oracle »
Ni parole d’oracle

Oui
Mon Epoux est le Dire même
Immédiatement


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Ecce Homo


Il y a le Jésus égrotant le recroquevillé l’étiolé l’étroit d’épaule
Il y a le Jésus pendu peau de lapin sanguinolent le déchiré au clou
Il y a le Jésus fruit de nos entraves le courbé le larbin le garde-chiourme
Il y a le Jésus rase les murs l’inhibé le contrit le chagrin malin

Le Jésus au visage de maman en pâmoison devant bébé
Le Jésus collant dégoulinant d’amour sucre
Le Jésus P’tit-Jésus le Jésus chien de garde Jésus le terrible
Le Jésus projection acteur sur ordonnance d’imaginaires en mal d’ego

Il y eut le Jésus stoïcien puis celui éthéré néo-platonicien
Il y a le Jésus sourire Zen maîtrise de soi en toute circonstance
Il y eut le Jésus convertisseur de force et confesse
Voici le Jésus pédago-communication multimédia

Egalement le pauvre Jésus le Jésus des marchands
Le Jésus grave des spécialistes Jésus info Spécial Jésus
Le Jésus des penseurs qui savent…… l’ anti-Jésus
Le pas Jésus du tout des hommes de science Il y a…

ASSEZ ! Assez de « il y a »

Assez de Jésus glauque trahi défiguré
Assez je vous en prie
Non il n’est pas ça
Il n’est pas nous malades

Moi je le connais qui suis sa pierre scellée au roc

Il est le Vivant encore encore et plus encore
Il ensoleille dans mes collines et pleut en toute ma dune
Dans le désert sauvage il assèche mes larmes
Et marche marche… Toujours souffle il me donne

Je sais ses colères et ses rires et le fruit à sa bouche
Mais je l’ai vu coti de nous trouver si cois si ternes
Tout Don de tendresse ricoche sur nos ciments
Nos chaînes étranglent sa voix nos peurs glacent fontaine

Pourtant il crie il hurle la vie il touche soigne caresse
Couche en nos corps phtisiques en nos chairs viande
Emoustille nos sens et plonge en nos regards éteints
Pour y tracer quand même maint chemin parfumé

Et je l’ai vu en nage en rage de nous savoir si pleutres
Et je l’ai vu pâlir en nos mensonges gémir de nos fractures
J’ai bu ses pleurs avalé les gouttes rouges mangé la croûte
Alors…ses plaies ouvertes m’ont lancé dans le vent du ciel

Invité à la fête Epoux mange boit rit se réjouit beaucoup avec l’Epouse de sa jeunesse

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La fin d’un abîmé

Par son creux sous la gorge
Un manque de ciel extrême
Halète l’espérance

L’ongle crispé aux fers
La poigne déchirée
C’est en vain qu’il soulève sa brise
Et chaque inspiration se voile
A son cœur de la plus franche peine
De son flanc violet
Trois fleurs s’épanchent blêmes

Sous les branches repliées
Loin de l’élévation sereine
La chair au sourire raide
Crasse de paix blessée
Ravale sa rouille à la couche
Qu’avons-nous fait de vous ?

Un rien ruine l’haleine
Qui nous portait levant pourtant
Le fiel de nos anciennes chances
Abîme toute joie au vent


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Vivra


La face aimable de petite enfance
Cache en matrice le collet hideux
Qui nous lisse à l’origine
Et dansent nos flottaisons trahies
Les vaguement bleutés d’une âme roulée

Tu te figures que mon soleil pleure
De trop d’accords sur tous les toits
Parce que le meurtre
Se trame en lames de fonte

Vrai
Petit rameau de flamme des chants
Vacille de tout son bord
En chaque naissance au fond

Vivra

Porté sur l’ondine coquine des crêtes
Quand un frisson d’oiseau
S’ébat au mime du combat
Les dents ouvertes ragent le ciel
Le cœur s’offre à la culbute
Tête en bas
Faire en l’air l’ardent voyage
L’inouï

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Du baume à l’eau


Le reflet lucide qui dentèle mes climats
Révèle en sous-main parfois
La canardière embusquée entre moi

Un œil m’a été remis
Des rainettes aussi joyeuses
Fraîches comme les bises de Lilie
Elles sautent de pale en pale
A la surface du miroir sacré
Un œil est descendu qui regarde
La barque plate vanner les roseaux
Les joncs friser la courbe à la lune
Le ver luisant sur le boisseau givré
Gonfler le cœur ivre sous le duvet

J’aime ces nuits matinales
Et ces silences verticaux
Qui accueillent ma rame à l’âme
Je me glisse en déshabillé de brume
Pour y puiser du baume à l’eau
Elle embellit la main
Suintent mes volontés

Sur la berge au long col de cygne
Je me pose sur le dos
Et m’expose à ta chaleur enluminée
La perle de ton doux mot roucoule
En mon tréfonds ta grande beauté

 

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Création

Par delà la mer courbe et ma terre pleine
Je te fréquente à l’œil
Gratuitement ivre
Nos yeux sont unis rien de plus
Et tout le reste
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Dans l’abîme me voilant ta création
Je m’éternisais à tort
D’infinies ivresses d’intérêts
Tes yeux sans mes yeux et les miens pas plus

Beauté d’un jour sur mes sillons Ta main
Toucha mes verts sommets
D’amoureux feux follets
Tes yeux dans mes yeux et les miens aussi

Quand bien même ma vision trouble
Et la créature je te goûtais
Pour en jouir tout de suite
Mes yeux dans tes yeux et les tiens aussi

Sorti par éclair des fermetures du monde
Je connus ton contact
Pour en vivre amoureusement
Les yeux dans les yeux et tout le reste
-------
Par delà la terre courbe et la mer vaine
Je vois par notre œil
Eternellement libre
Mes yeux sont Tes yeux les tiens miens
Et rien de moins

J’ai la foi de croire que l’aiglon blanc sur la tour
Du cèdre ne cache pas des atours meurtriers

J’ai la soif pour haleter du lion la douceur
Que du sol ne remonte plus les pâleurs chaudes

J’ai la faim pour happer les œuvres du taureau
Qu’aux philtres en retour ne songe pas la couleuvre

J’ai l’amour de ne rien fendre pour l’homme
Qu’en attendre ne fissure pas sa carte

Bien j’ai l’espoir du perchoir voir échoir
La répétition des siècles des siècles
Qu’il en soit ainsi du perroquet des soirs
Au grand jour de la fin des cycles et manèges

Quand ton mot fondra l’embaumement des cages
Mon cœur couchera ta langue sur sa page

De ton regard pur transparaissent les murs
Que toute opacité s’éveille d’un murmure

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Par là-bas la guerre
( prière guerre Irak)


I
Les fillettes des pleurs
Goûtent toute sueur dans le sang
Ces fleurs bleues de là-bas
Tombent à la lueur des tanks
Leurs lourdes larmes closes surchargent
Le blanc de nos yeux blancs

Les garçons des ardeurs
Sèchent la peur dans les chants au Dieu
Les sœurs sombres là-bas
Frissonnent aux appels du camp
Leurs souffles détenus surchargent
Notre blanche ouïe blanche

L’enfant des fleurs
Égoutte toute sueur dans le sang
L’enfant des pleurs
Se vide en paix par le trou qui s’annonce
Une salve d’artifices grève
Notre être blanc pas tant blanc

La guerre aux plus petits est
En marche
L’Armada

Un os dans la plaie à chaque pas
Tant de mépris
Tant de visages niés
Multitude mutilée

Des corps d’enfants cassés
Dans la baie des sables
Des voies d’enfance hachées
Dans la boue des bombes
Et notre humanité tombée par terre
Le nez dans l’caniveau

Par là-bas la guerre …/…

II


Petite fille des dunes au vent gîtée
Par le charivari des peuples
Belle sous ton grain de cendre
En sous-humanité tu couches à la mort
La guerre pas la guerre
Tu trembles sur ta tige
Toi la marron la rouge la grise
Par les mille vaisseaux de cieux étrangers
Ou la botte de l’infect tyran ta terre
Façon noire te sera retournée

Par là-bas la guerre

Et ton trou quelque part

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Philippe Marconnet

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Exode intime et social

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