Le constat
L'amour incarné
Exode intime
Gémissements ineffables
Ma nuit dernière
Le serviteur souffrant
Exode social
Mon impavide Amour
Le donné et l’abandonné
Interrogations
Exode social suite
Non je ne vous dirais pas qui je suis
Au matin de la création nouvelle
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Le Constat
Ici, par chez nous, le Souffle Divin de toute évidence a déserté nos vies.
Plus aucune trace de Lui, nulle part. Ou plutôt, pas de trace de Lui
vivant.
Tout semble être à jamais fixé, pétrifié. Sur la scène même où se
représente et se chante encore, immuable, ce qui jadis donna une vie au
monde, tombe une cendre grise qui couvre tout, et jusqu’à l’extinction
presque totale de la Parole-Source dont ils parlent.
Ca vieillit et qu’est-il transmis encore? Des gestes, des images. Mais
tout cela tourne à la seule tradition, pire au patrimoine ou à la
référence historique.
Ce qui fut une flamme au-dedans s’en est allé ou ne brûle plus qu’en grand
extérieur, lors de ces rituels par exemple, où d’innombrables bougies
spectacle pointillent les stades de mille feux rouges et se consument pour
une masse qui aime s’illuminer et se réchauffer à cette couleur chaude,
car il fait décidément trop froid en dedans. Trop noir au dehors.
Tout au plus demeure intacte l’eau rituelle et tous ces gestes conservés
très précieusement, très religieusement, mais ce qui est fixé là se meurt.
De toute façon la plupart s’en amusent ou s’en moquent.
La parole de l’amour en vérité, où demeure-t-elle désormais?
J’ai vu et entendu : « Le dieu qui parle par le feu, c’est lui le Verbe !
»
Le mal qui nous ronge remonte du cœur même de nos plus belles
aspirations, de nos plus belles utopies. Tout semble toujours tourner au
pire. Toujours la perversion et toujours l’oppression en place de ce qui
se levait là, pour ensuite s’éteindre d’usure violente et de pesante
lassitude. Nous désirions seulement un peu de fraternité entre nous, un
peu de bonheur pour tous. Etait-ce trop demander ? Surtout nos pères et
les pères de nos pères, qui ont beaucoup travaillé à bâtir ce monde
autrement, pour qu’il soit autre. Ils en attendaient beaucoup. Trop. Ils
ont offert leurs mains pour le salut des hommes, à la Science leurs
espoirs, travaillé ensemble sans relâche, dans la sueur et les veilles,
pour que surgisse le monde nouveau.
A qui cela a-t-il profité ? « Toujours aux mêmes ! » disent les
pessimistes.
Toujours beaucoup trop de mots. Toujours la Parole détournée, trahie.
Toujours des tromperies et des barbaries. Toujours le même rapport. Une
poignée de puissants pour une multitude de captifs ou d’égarés, quelques
centaines de riches pour des millions et des millions de misérables. A
l’échelle de la planète, une foule innombrable qui ‘‘rame’’ en vain ou
qui, l’échine courbe, mendie quotidiennement son pain. Les plus lucides de
chez nous n’oublient pas ce petit quelque chose de pire encore. Ces
nantis, ces pouvoirs dont il est question, ils se savent en être eux
aussi, malgré leur vive douleur de voir que le sordide et la sous-humanité
est le lot de la plus grande masse.
Sans nous en apercevoir nous avons glissé. Nos slogans, nos paroles ne
fonctionnent plus. Nous n’y croyons plus. Nous voulions l’équité, la
fraternité, nous nous retrouvons à nous contenter des acquis, à jouir de
nos petits avantages. Et s’il le faut, nous serions prêts à nous battre
pour défendre ces quelques biens, ce peu qui demeure de nos luttes et de
nos espérances. En toute légalité bien sûr, la grève ou le tribunal.
Pour le reste, n’allez surtout pas croire que nous oublions les
malheureux. Nous nous indignons, nous œuvrons, nous donnons. Surtout nous
en parlons beaucoup. Devoir de mémoire, d’écoute, d’ouverture à la parole
de l’autre.
Mais que faire de plus pour les autres, le quart-monde, le tiers-monde et
tous les autres ? Immense foule, énorme décalage. C’est déjà assez
difficile comme ça au quotidien, alors s’attaquer à l’Ordre du monde, faut
plus rêver. Les illusions et leurs funestes cohortes appartiennent au
siècle achevé, n’est-ce pas ?
L’homme post-post-moderne se veut réaliste comme on dit. Dans la nécessité
d’avoir à tout déconstruire de ses illusions et de ses rêves, il réclame
du possible. Mais peut-être est-ce là l’illusion des illusions ?
En notre occident, nous avons au moins acquis des sécurités. Nous avons la Science surtout. De l’argent, une maison et toute sorte d’objets, innombrables, comme une armée, qui peuplent notre environnement et nous rassurent. Mais ce n’est pas tout, nous communiquons beaucoup. Nous avons pour cela de multiples moyens à notre disposition. Nous parlons ouvertement de tout, comme en urgence, et pas seulement dans l’intimité, en public aussi : du dernier achat surtout, de nos projets, achats encore, de l’objectif à atteindre en notre entreprise, du dernier film, et même de notre sexualité et de notre amour récent. Nous partageons aisément nos problèmes, beaucoup de notre vie. Rien de telle que la relation à l’autre pour se connaître mieux, pour avancer ensemble.
Parfois avec d’autres nous nous ‘’éclatons’’ vraiment. Enfin, presque. A
y regarder de près, il y a comme une tristesse qui enveloppe les regards,
une peine aux commissures des sourires, une légère ombre projetée tout
autour. Un je-ne-sais-quoi d’absent ou qui s’est éteint, même sur les
visages les plus beaux. Demeure en nous comme un trou, une absence. Comme
une attente au fond d’un gouffre de solitude que quelque chose arrive. Et
rien n’arrive. Alors courir, courir toujours. Et faire comme si.
Il arrive chez certains que ce manque enfle. Violemment il s’impose et
envahit leur vie de surface provocant l’effondrement du tout. Mais le plus
souvent, nous préférons l’ignorer, le tenir enfoui à coup de doses
chimiques, pour ne pas avoir à en répondre, et nous nous replongeons
aussitôt dans la course commune.
Combien de temps cela durera-t-il ? Peu importe. L’important est de tenir.
Aujourd’hui, un jour de gagné.
Les plus jeunes ont encore de la réserve. ‘’Ils y croient’’. Heureusement
! Malgré tout ce qu’ils pressentent des obstacles et des impasses à venir,
leur vie est encore à vivre.
Il y a aussi les anciens jeunes restés jeunes. ‘’Ils en veulent’’. Les
positifs, les toujours optimistes, ceux qui échec après échec, grâce à une
énergie animale, prennent chaque fois un nouveau départ, encore et encore.
Un objectif nouveau, une nouvelle technique à essayer. Ils font du
surplace et ne le savent pas.
Puis encore ? Au hasard, tient par exemple les athées. Précieux, rares.
Car la plupart du temps ceux qui se disent athées, à y regarder de plus
près, cachent quelque part une idole qui leur procure l’énergie
indispensable et comble un vide qui leur serait sinon intolérable.
Il y a aussi ces autres, ceux dont la course est loin d’être rectiligne et
horizontale. S’ils ont déjà fait un bout de chemin, celui-ci ressemblerait
plutôt à des montagnes russes, des hauts, mais surtout des très creux, des
trous. Vertige. Ils sentent comme un goût de mort, de fin d’un monde en
leur bouche amère.
L’inquiétude ou la résignation s’impose, parfois sous de gaillardes
apparences : « Mangeons et buvons car demain nous mourrons ! »
Quoi nous a trompés ? Par quoi avons-nous été abusés pour que nous nous
soyons ainsi abîmés ? Ou pour le dire d’un autre point de vue, qu’avait-on
besoin de s’éveiller à ce point si c’était pour en arriver à cette immense
solitude ? Car il faut bien considérer la chose, malgré nos beaux jouets
technologiques et nos beaux discours, la plupart sont perdus et angoissent
leur vie durant.
Peut-être bien que la grande erreur est collective. C’est une histoire de
chaîne. Trop de maux visibles et invisibles à surmonter, trop de mots
trompeurs répandus à travers le monde. Nous y sommes comme enchaînés, les
uns les autres. Trop d’images lumineuses aussi. Si comme on dit la lumière
apporte la joie et la paix, nous en sommes loin.
Ce qui nous maintient encore? La course. Comme une forte habitude de vie. Une inertie animale, une nécessité d’être. « S’accroître et se conserver » malgré tout. Qu’un vide apparaisse quelque part, il est aussitôt occupé, bouché, rentabilisé.
Beaucoup veulent encore aimer, partager, offrir de l’amour. Ils savent pour s’y être heurté, épuisé, que c’est difficile, qu’un mur se dresse entre leur désir d’amour et ce qu’ils arrivent à donner vraiment. Il y a tous ces empêchements, qu’ils soient d’ordre affectif, psychologique, mental ou simplement matériels ou physiques. Toutes ces manipulations et récupérations. Et cette immense suspicion : Est-ce que l’amour est possible? Tant d’illusions là-dessus. Tant de tromperies et d’argent échangé, gagné, sur la nécessité d’amour. Mais aussi beaucoup de volonté d’aimer, de besoin d’être aimé. Et le cri, toujours le même appel lancé dans la ténèbre, échappé de l’étau des cœurs, sorti malgré soi de derrière la façade ornementée coûte que coûte pour cacher la fissure. Car malheur à qui montre sa faille ! Qui ne veut plus de maquillage est aussitôt écarté, voire taillé en pièce. On veut bien communiquer, parler de tout, s’exposer, à condition de ne pas sortir du cadre, de la limite tacite au-delà de laquelle on se risque et risque les autres à la perte, à la chute et à la grande angoisse. « Si tu veux te perdre, perds-toi tout seul et ne nous dérange plus. ».
Nous nous voulions libres, nous nous découvrons plus que jamais captifs. Nos peurs, nos illusions, nous tiennent et nous plaquent au sol. Et c’est grande misère d’être ainsi devenus esclaves d’œuvres que pourtant au fond nous savons dérisoires. D’où la tristesse profonde. Mais quoi faire, quoi penser maintenant ?
Comment se départir de ce qui nous donne place et identité, de ce quelque
chose de construit ou bien gagné par nous, parfois ensemble, au prix de
tant de sacrifices et de peines, quand il devient évident que cela a mal
tourné, que l’œuvre s’est tordue, que le résultat obtenu est trop à
l’opposé de celui qui était désiré, rêvé au départ ? A l’abîme, au trou
qui s’ouvrirait alors devant nous, nous préférons les accommodements, les
arrangements. Il n’est pas acceptable qu’une vie, qu’une œuvre qui
réclamèrent tant de tourments, tant d’efforts, tournent au non-sens, à
l’échec, au ratage. Il faut bien que tout cela continue de servir à
quelque chose. Alors ne reste plus que le refus, l’incapacité de voir la
chose en face, pour mieux conserver, pour continuer de vivre, de
progresser. Oui, mais vers où ?
Toutes les œuvres humaines connaissent ce moment de la nécessaire
séparation. Malheureusement c’est souvent l’heure du déni, du détournement
du regard, le temps du Mensonge introduit dans le fruit vermeil. Son
heure. Ainsi, là où il faudrait trancher de l’épée, tout passer par le
feu, regarder autrement, on colmate, on arrange, on renforce. Résister
violemment, s’accrocher coûte que coûte, même s’il faut en payer le prix.
La rançon du détournement. Ce qui naît alors a la nature de l’idole de
pierre. Le vent souffle mais elle ne chancelle pas. La pluie tombe mais
l’eau qui purifie ne pénètre plus. Plus rien ne la traverse. Plus rien
n’en sort. Tout meurt par elle.
Là est le plus étonnant, car elle aspire toujours plus les cœurs, détourne
toujours plus sur elle les regards. Tous se meurent, mais personne ne veut
lâcher, car tout tient ensemble.
Malheureux ceux qui ont la marque de la bête!
A trop vouloir bien faire, nous nous sommes perdus.
Perdus nous sommes. Et tout est à reprendre, encore et encore. Pourtant
tout est déjà là en germe, pour un commencement.
Une voix crie dans le désert des âmes, ténue:
«Le Vivant vient à vous jusque dans l’abîme et vous retourne. Je suis
celui qui crie dans votre fond intime. Ecoutez! Le Vivant vient à vous. Il
est Celui qui réveille de la vallée de la mort où vous vous êtes éteints.
Il vous réveillera du sable et de la pierre et vous connaîtrez l’événement
de la vie, l’avènement du Vivant. »
Nos mots usés, ces ossements desséchés, retrouveront de la chair et du
corps. La vallée de nos œuvres lasses sera rafraîchie par ce souffle qui
vient et qui emporte tout. C’est maintenant. Tout est emporté. Et tout est
recréé sur ce qui demeure toujours, car le temps du Fils est un toujours
maintenant nouveau. Le retour du Verbe au présent pour la Vie.
Lui nous lève d’entre les morts.
« Laissez vos chagrins, déposez vos doutes ! Un instant épanchez-vous.
Lui descend jusque dans le trou. Cela est sûr ! »
Il vient pour la jeunesse, pour ceux qui ont besoin d’un verbe vivant car
pour eux rien n’est usé, seulement ignoré, inconnu.
Nos tourments et notre ‘‘lucidité’’ ne les concernent pas. Ils ne peuvent
encore comprendre la mort, notre mort. Ils croient la vie. Mais ils sont
trompés par des marchands de matière.
« Est-ce que ma Parole même mal entendue est pire que cette parole de
marchands pour que vous ayez honte de prononcer mes mots?
Si tout est à édifier et à entendre depuis l’autre rive, ma parole, elle,
ne passera pas, car elle est pour ceux qui sont encore de ce côté-ci du
monde quelles que soient les illusions et la violence qui toujours
l’entravent et la tordent, quelle que soit l’usure de la rouille.
Vous qui cherchez le Royaume et Sa Justice, ne vous mettez pas en souci
pour demain, car le don sera surajouté. »
L’événement
L’événement c’est le moment de l’avènement du Vivant
C’est immédiatement une clarté qui inonde
Ma ténèbre d’une infinie tendresse
Subitement la Lumière s’écoule
Dans le monde en moi
Qui reçoit la Lumière entend la Parole
Celle qui dès avant l’origine est
Bien avant tout commencement toute parole
Amante du tout de l’humain
Elle est le Véritable
La Relation d’amour parmi nous
L’entre-nous
Médiation tournée vers le lieu du Père
Mais
Le monde en l’homme ne la reçoit pas
Il ne l’accueille pas
La Lumière vient malgré moi et sauve ma ténèbre
Qui la reçoit est aussitôt transféré
Dans le sein du Père
Le Royaume du Fils de son effusion
Là il est recréé Enfant de Dieu
Bien-Aimé d’Amour
Qui l’éprouve ne sait plus dire ni quoi ni comment
Sans pourquoi en un éclair l’appel à la Naissance
Contemplation de Cela qui est
Par contact vivant le Souffle qui libère la Source
Plus de volonté propre le feu
Non selon les puissances qui sont dans le monde
Homicides dès le commencement
Ni
Par l’opération d’une autre parole qui n’est pas du même lieu
Mais par ce seul toucher d’Amour
Le baiser illuminant du Bien-Aimé caché
Le Toucher d’Union
Que signifie donc cette formule, « Toucher d’union » ? De quoi s’agit-il ?
Toucher d’union.
Ceci laisse entendre qu’une union se réalise par toucher.
Union, c’est à dire un amour, un acte d’amour qui unit. Ici, une
rencontre, un contact de l’un dans l’autre.
Si c’est par touche, cela signifie aussi que cette rencontre ne dure pas.
Etat passager. Ici, un événement qui déplace par rapport à l’habituel et
met en présence d’un autre.
Il vient, Il touche. En cette touche, Ils s’unissent. Etrangeté désormais. « Celui-là n’est plus là où il croit encore être. Son monde est derrière mais il ne le sait pas encore. Son cœur lui appartient.»
Qui touche ? Rencontre entre qui et qui?
Toucher.
Une rencontre de personne à personne. Ici, un ‘‘contact réel’’, physique,
avec Amour qui est vécu et reconnu en cette expérience comme le
dieu-personne, réellement amour.
Un contact totalement subi, non pas de pur esprit à pur esprit, pas
seulement, mais ressenti physiquement, de tout le corps.
Un corps immédiatement transfiguré par imprégnation, qui sent et goûte
cette rencontre mais non selon le mode naturel habituel. Des sens qui
sentent sans sentir, des yeux qui voient sans voir, comme un corps dans le
corps, révélé par contact. Un toucher de Lui qui enflamme immédiatement
d’amour.
Union.
Une ‘‘union amoureuse’’ depuis toujours éprouvée. Chantée depuis la nuit
des temps.
La mémoire spirituelle parle ‘‘d’union mystique’’, terme utilisé dans les
traditions pour rendre compte de l’Union à Dieu.
Mais Union à Dieu, qu’est-ce à dire ? Tout et Rien. Beaucoup de choses se
sont dites là-dessus, parfois un rien.
Est-il dit une même expérience derrière des mots et des spéculations
apparemment semblables?
Aujourd’hui toujours, certains disent avoir connu l’extase. Une extase en
Dieu, une sortie de soi, un envol. D’autres revendiquent le droit à
l’extase. Extase des sens, extase sexuelle. Tous proclament l’Amour.
Dans la tradition chrétienne (aussi dans les orientales), on évoque
également une clarté, l’illumination.
Lumière.
Dieu de l’extase, alléluia ! La tentation est grande de vouloir y trouver
refuge. Un remède commode et parfois définitif, hélas, à l’inquiétude
existentielle qui colle à nos cellules comme l’ombre. Car n’est-il pas dit
d’un certain Dieu qu’Il est bon et généreux pour ceux qui L’aiment ?
Et les autres alors ? Tous ces innocents broyés, toutes ces larmes qui
gâtent la terre et toute la création de trop pleuvoir, de trop pourrir ?
Ténèbre.
On a oublié trop souvent que ces mêmes traditions rendent compte de
l’autre face du Contact avec la Lumière. La nuit sombre, la ténèbre
douloureuse, celle de l’effondrement de beaucoup de nos illusions, de la
décomposition de l’image narcissique, du passage à une sorte d’état
dépressif et même pire, qui semble sans sortie.
Un malheur ? Les anciens parlaient eux, du long et dur, très dur temps de
la ‘‘purification’’. Mais qui se souvient de la sagesse des aïeuls ? Ne
faut-il pas aller de l’avant, soigner le moindre signe de défaillance, ne
croire qu’en la science et n’écouter que moi ? Le savoir du grand tout au
service de la seule chose d’importance, moi. Moi plus beau, plus
intelligent; le plus apte.
Pourtant ils existent ceux qui disent tout autre chose avec leur corps,
dans les gémissements. Ceux qui admettent la limite, l’échec. Ceux qui,
aujourd’hui, se savent au bout du rouleau et entrevoient ou ont plongé
dans le non-sens. Ceux qui vivent un effondrement perpétuel en se cachant
d’être aussi fragiles, aussi inadaptés, comme on traîne sa maladie
psychique à vie.
Les mots ne doivent pas nous tromper. En ce lieu commun, se vivent des épreuves et des routes toujours différentes. Lumière et Ténèbre, oui, mais chaque fois est unique. Chaque crise, chaque mort, chaque sourire. Ca en fait du monde qui vit des trucs bizarres. Vaste monde ! Et pourtant un je-ne-sais-quoi d’identique, comme en partage, pour une faiblesse humaine manifestée parmi des ‘‘surhommes’’ soi-disant « maîtres désormais de leur existence grâce aux techno-sciences. »
Dès lors, quelle voix dans le désert ? Peut-être une voix montée du cœur
même de la nuit, pour crier que peut-être cette perte, cette chute de
l’âme, cette descente dans le trou jusqu’à la mort sans rien comprendre,
sans plus rien entendre, peut signifier le Vivant venant à nous, l’Unique.
Mais où est-elle la voix qui proclame que ceux-là sont bienheureux de
mener deuil, de gémir ainsi ?
De l’aide, ça oui ! Il y a d’innombrables spécialistes capables de vous
remettre en marche, de vous réintroduire dans l’ordre social à coup de
techniques suggestives ou de petites doses de poudre chimique. Mais le cri
en soi toujours autre, le trou sombre, l’unique, quoi en faire ? Qui
l’éclairera ?
« Je vous le dis, bienheureux ceux qui se lamentent et qui pleurent ainsi
dans la ténèbre, car la lumière est pour eux. »
Témoignage.
Dans l’infini champ du réel, voici présenté un événement parmi d’autres :
La certitude d’avoir été touché par Dieu, d’avoir été en contact avec une
force d’amour, d’avoir fait l’expérience lumineuse d’une rencontre
bouleversante, semble être le point commun de certains témoignages.
Ils posent question. Ces ‘‘témoins’’ souvent silencieux sortent de milieux
sociaux et culturels parfois très différents. Si tous sont à priori des
‘‘allumés’’, ils disent en tout cas une expérience radicale et certaine
qui a désorienté toute une vie, en « le dieu véritable » disent-ils. En
solitude et en ténèbres. Je le dis aussi.
Difficulté.
Une expérience forte, hors sentiers battus, tout autre, ailleurs que là où
je suis d’ordinaire, est pratiquement impossible à partager. Tout au plus
est-il possible de donner une certaine idée de la chose. Comment témoigner
alors et à qui adresser cette parole ? Cela ne m’appartient pas vraiment.
J’appelle à l’aide.
Pourtant témoigner quand bien même, parce qu’il y a ceux qui ont des
oreilles pour entendre. Témoigner pour tous, parce qu’il y a nécessité. «
Parce que le trou de lumière un beau jour pourrait s’ouvrir sous tes
pieds. ».
Parole pour ceux qui déjà sont en bas, en désespoir. Parole, nous l’avons
vu, parce qu’il y a ceux qui ont fait l’expérience d’une rencontre avec le
dieu qui les renversa, juste avec de l’amour. Depuis, chose étrange, au
lieu de chanter, de danser, de proclamer au grand jour les grâces reçues
comme tant d’autres, ils mènent deuil, souffrent et pleurent de sentir
leur esprit sombrer dans le grand néant. Tous ceux-là sont dans
l’impossibilité de vraiment partager quoi que ce soit dans un monde, notre
monde occidental, qui refuse la parole intime.
Mais j’entends déjà les commentaires : « Comment cela ? Mais vous délirez
cher ami ! Nous vivons une époque exceptionnelle. Jamais il n’y a eu
autant d’écoute, de communication, d’accompagnement psychologique, etc.
Chez nous la parole est partout échangée. La pensée y est libre, cher
Monsieur. »
Tant mieux !
Les témoins dont je parle et qui généralement se taisent ( les fous !)
sont là, au milieu de nous, comme marqués d’une étrange étrangeté.
(L’étrange étranger comme le chantait si bien Mama Béa). Ils se cachent.
Certains, au sortir de l’anéantissement se risquent cependant à la parole.
Ils parlent et écrivent sur la rencontre et sur la rupture. Sur le
déplacement psychologique et moral qui s’ensuivit, quotidien.
Chaque jour déplacé un peu plus et chaque jour un peu moins d’appui.
Qui les entend, les écoute sans éluder la question ? Sans rire ? Sans
ricaner ? Sans fuir ? Sans mal entendre ? On veut bien parler de tout mais
seulement de ce qui est déjà connu ou de ce qui colle à notre
représentation des choses. Le reste n’existe pas.
Si réellement un je-ne-sais-quoi-de-dieu est à l’œuvre en ces personnes,
ce n’est certainement pas pour « rire ».
J’en suis et je veux dire avec les moyens modestes qui sont les miens,
cette expérience radicale et le chemin d’union au dieu d’amour.
Je veux témoigner de cette réalité agissante mais très troublante et qui
peut totalement désorienter. Cachée, elle n’œuvre pas de manière à
s’imposer aux regards et aux oreilles.
Je veux témoigner, non pas pour me faire plaisir, ni pour en tirer quelque
avantage mais par souci de mes frères et sœurs encore en devenir ou dans
le trou brumeux. Pour tous ceux qui traversent sans comprendre, sans
savoir. Leur ignorance est une chance. Ils sont neufs. Mais leur ignorance
est aussi leur malheur. Ils se traînent dans la chute et dans la nuit.
Comment dire sans fausser les choses ce premier toucher d’union qui va
ainsi mettre en souffrance d’amour l’affectivité, retourner les facultés
cognitives et bouleverser les représentations, et par voie de conséquence
les choix de vie, la conduite et jusqu’à l’existence entière ?
Comment aider sans précéder l’Esprit du fils à l’œuvre? Pas facile.
Cheminement tout intérieur, délié de tout déjà su. Cheminement d’un
‘‘spirituel’’ contraint par l’événement à passer par la grande perte et
qui n’a plus de route tracée. Pourtant, pour la vierge dont la lampe luit
encore bien que chancelante, il y a obligation d’éclairer Cela qui vient.
Lampe dans la nuit, plus de repères ; et pourtant je me réfèrerai à la
tradition chrétienne (difficile de faire fi de cette mémoire enracinée
malgré nous profondément et depuis des siècles jusque dans les actes et
les pensées les plus profanes), particulièrement à la tradition dite
‘’mystique’’ trop ignorée, longtemps suspectée, et cependant la force et
la vie, le sang, le souffle de la voie chrétienne. Non pas pour les
re-présenter comme un déjà acquis autrefois qui profiterait désormais à
tous, une fois pour toute, par le moyen de la méditation ou de l’étude, ou
selon une connaissance qui s’acquerrait par transmission quasi mécanique,
directement proportionnelle à l’effort d’apprentissage ou automatiquement
par le seul pouvoir du sacrement.
Non rien de cela ! Seulement comme garants que ce qui se dit là de la
contemplation du Vivant fut déjà contemplé hier. Une même légalité intime.
Mais aujourd’hui est autrement.
Il ne s’agit pas pour moi, pour toi, de nous donner à rejouer la même
scène. Aujourd’hui est aujourd’hui et nous ferons le chemin seuls. Tu
feras le chemin seul. Personne ne peut traverser cette scène à ta place
par procuration. Ni saints passés, ni éveillés présents. Seul Celui qui
touche et réveille peut
t’emporter dans le vent.
Il nous donne à passer. Nous en sentons les effets, mais nous ne savons
pas d’où il vient, ni où il va. Il est un appui qui toujours échappe.
Mais joie ! Pour peu que l’on s’abandonne en toute confiance, Son Souffle
d’Amour nous portera et nous déplacera sur l’autre côté du monde.
Précisions :
Pour que l’exposé soit au plus près de la largeur, de la profondeur, de
la complexité de l’expérience vécue, l’expression demeurera libre de
toute contrainte de style ou de mode : témoignages, récits, chants,
explications, interprétations et remarques se succèderont et parfois se
mêleront.
Tout en essayant de conserver au récit un certain ordre chronologique,
j’ai privilégié les angles de vue et d’écoute afin de conserver quelque
chose de la structure de la réalité vécue, de la multitude des plans et
des paradoxes qu’une telle expérience comporte.
Une difficulté apparaît dès le commencement, dès lors qu’il s’agit de
parler. « Ce que je dis, ce n’est pas cela, aussi dois-je vous le
représenter autrement.». Ce qui est en question se tient à côté des
mots, au milieu de ce qui se dit. Présence effleurement.
J’espère que ces discours croisés, ainsi se recoupant, ne lasseront pas
le lecteur et par avance je lui demande de s’attacher à cela qui essaye
de se dire et de me pardonner une expression qui peut-être lui
apparaîtra maladroite ou déconcertante. Cette œuvre n’est pas
littérature, mais témoignage avant tout.
J’aimerais il est vrai transmettre la beauté qui habite en mon cœur.
Mais mon ignorance est réelle.
Tout au long de ce texte, des passages bibliques seront signalés. Il
est important de les lire dans l’Ecriture au moment du récit où ils
seront proposés. En relation, ce qui tente de s’énoncer ici et les
Ecritures ouvriront des espaces nouveaux.
L’Amour incarné
C’était au mois d’août 81, en son milieu, une fin d’après-midi.
_________________
La Lumière. D’abord la Lumière.
Tu demeuras pour moi. Je suis sorti par toi.
Sans le moindre indice précurseur, comme illumine et frappe le premier éclair, je te connus. Miracle de ton amour, je te reconnus.
_________________
1er temps
Le Ravissement.
Une impression claire et chaude enrobe tout mon corps. Une onde suave inonde mon esprit qui voit immédiatement. Tout alentour prend une tonalité autre, un peu plus lumineuse, comme dans un film ancien aux images surexposées. Ton premier baiser laisse sur ma bouche une présence à jamais parfumée.
O ! l’ivresse de cet instant et la joie folle.
Je ne peux plus penser. Une force incline mon vouloir et ma nuque. Un seul
désir, me coucher loin de tout regard. Dans un ultime effort, je grimpe
jusqu’à la petite plate-forme rocheuse tout près de là. Je la connais bien
pour y avoir quelques soirs contemplé le ciel. Je tombe à terre et reçois
tes caresses. Elles sont tendres et douces. Tout mon corps vibre entre tes
mains légères et pourtant si pleinement là.
Un lieu très secret est touché, un inaccessible au centre de moi-même, et
se dilate de jubilation. Coule en moi une sève désirante, odorante et si
pure. Chaque atome de chair et chaque parcelle d’esprit est appelé à
l’exode. Un nœud en mon centre est incisé. Tu pénètres.
La beauté existe donc mon amour, comme une rose au fond d’un puits ?
Tu la libères. Je suis emporté par ton souffle amoureux, succombant
entièrement à tes baisers, l’esprit renversé.
Une part consciente m’est ravie et contemple des réalités sous un jour
sublime. Mon cerveau pénètre des arcanes cachés depuis la fondation du
monde dans une grande aspiration vers un ailleurs d’exister. Tout est
simple, limpide et tendre.
_________________
2ème temps
Flux et reflux
Tu es là, je ne suis plus là. Je suis là, tu n’es plus là.
Vois comme ma poitrine est ouverte !
Une myriade de présences danse autour de moi, les étoiles dansent et dans
le vent un parfum, si léger !
Les effluves de tes baisers vont et viennent longtemps. Lorsqu’elles
s’estompent, je suis anéanti. Je reste toute la nuit ainsi, couché sur le
dos, les bras en croix, dans l’herbe, loin des hommes, selon le flux et
reflux de ta Présence.
__________________
Au lever du jour, le trop plein de plaisir me quitte.
Tant bien que mal, je redescends vers mes semblables, embarrassé, hébété.
Je dois cacher mon bonheur. Je sens toute mon étrangeté.
L’homme qui se tient physiquement au milieu des autres a radicalement
basculé. Tout ouvert il est encore. Et sans défenses. Il s’en retourne
d’un voyage. De loin, très loin. La jouissance, la vie, la mort ensemble,
je ne sais, ont frôlé puis enlacé si fort tout son être qu’une plaie est
apparue qui plus tard l’emportera. Il l’ignore encore. Il ne sait pas que
c’est le début d’un long exode.
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Le temps d’une union, tu as ôté de devant mes yeux le mur qui m’empêchait
de voir et durant ce temps j’ai vu et j’ai été libre de toute pesanteur.
Un voile s’est entrouvert et je t’ai contemplé, mon indicible Amour.
Je n’ai pas de mots pour dire ce qui me fut donné alors. Parlerais-je de
chaleur, de lumière, d’amour et de bonheur ? Tout ça à la fois.
Ces mots ne traduisent que très partiellement l’expérience d’un plaisir
qui éveille et qui ouvre. Comment exprimer en effet ce quelque chose qui
en moi se dénoua ? Ma conscience s’ouvrit, des chaînes, des liens furent
rompus.
Si la liberté et la vue m’ont été offertes le temps d’une effusion, peu à
peu, jour après jour, l’enchantement s’estompa. Il me fallut retrouver le
quotidien, toujours identique à lui-même et ses problèmes. Cependant une
voie m’était tracée, ténue certes, mais je désirais l’emprunter malgré
tous les obstacles que je pressentais. Beaucoup de choses m’échappaient
encore et je ne m’expliquais que très partiellement ce qui s’était
produit. Toutefois, en partant, me laissant seul, tu m’avais fait un don,
une sorte d’intuition, aussi un manque douloureux, qui me disaient la
nécessité de me mettre en marche.
Quand tu disparus, tu me laissas de la joie mais aussi une attente
infinie. Une plaie d’amour apparut dans ma poitrine. Elle devint avec le
temps douleur lancinante. Chagrin ouvert. Je n’eus, pour en guérir,
d’autre choix que de me mettre en route à te chercher. Je ne devais te
tenir en mes bras et d’une autre manière que bien longtemps après. Toutes
ces longues années où j’ai marché et parfois couru, ignorant, derrière ton
image, j’ai accompli un long et périlleux chemin à vouloir t’attraper. Je
n’avais pas encore compris que tu ne pouvais m’appartenir. Tout de moi fut
passé au crible jusqu’à en mourir d’un chagrin lucide. Instinctivement et
malgré la perte, je me cramponnais au sentiment qui m’habitait de te
retrouver.
Lorsque je regarde en arrière et considère mon existence depuis ce jour et
jusqu’à nos retrouvailles, je suis obligé d’admettre que quand bien même
je n’avais pas entendu grand chose à ce qui m’arrivait, tout cependant
m’avait été donné en une nuit. Nuit unique mais ô combien receleuses de
promesses.
Tout au début, par je ne sais quelle opération tu m’avais laissé une
image. Parfois elle m’apparaissait. C’était comme si elle me précédait
dans ma marche. J’entrevoyais une nuque, puis un léger mouvement, comme un
regard porté sur ma pesanteur. Un visage m’apparaissait alors. C’était
toi. Je te reconnaissais sans te reconnaître, seulement la joie de mon
âme.
Mais bientôt ce fut le trou.
Le Contact
Premier contact d’union
Il vient et pénètre.
L’affectivité et les sens sont envahis. L’esprit contemple.
Lui se donne et se communique de personne à personne. Contact direct,
réel, sans intermédiaires.
Ici, le contact est touche et imprégnation de pur amour.
Un corps immédiatement pénétré par Amour. Un esprit immédiatement
éclairé.
Présence d’Amour que les sens touchent et goûtent mais non selon le mode
naturel habituel. Présence d’Amour que l’esprit subit et contemple
passivement. Une Pensée avant toute parole, une Parole avant toute pensée.
La personne aimée, submergée par Amour qui surpasse tout amour, arrive
quand même à en jouir comme d’une réalité pouvant être reçue par tout le
corps et tout l’esprit sans que ceux-ci y participent activement. Grande
joie, immense bouleversement.
Amour réciproque. Le corps est profondément enflammé. Un doux contact
amoureux pourtant. Inflammation d’amour sans stimulations matérielles,
sans phénomènes physiques.
Lui ne se donne pas à connaître de façon claire comme le ferait quelqu’un
qui explique et s’explique, mais Il s’infuse jusqu’à remettre Son cœur et
Sa chair. Il imprègne la chair dans la chair, le corps dans le corps. Il
se révèle présent à l’âme jusqu’à son centre le plus intime, la chambre
intérieure de la maison, du sanctuaire. Là il se fait connaître comme Cela
qui Est.
L’être a subi en cette rencontre une telle transformation qu’il aura du
mal à se reconnaître. Plus rien ne pourra être désormais comme avant.
Cette rencontre ne sera jamais oubliée. Il y a eu déplacement. Il y a
certitude.
Ravissement
Il arrive que cette touche d’amour soit très intense.
Il arrive que parfois la Lumière soit vue. Si elle n’est pas vue, l’être
se sent en tout cas empli d’elle. Elle s’écoule et inonde en son corps
intérieur. L’être est alors totalement submergé par Lui qui vient en lui.
Des sens qui sentent sans sentir, des yeux qui voient sans voir, des
oreilles qui entendent sans entendre comme un corps dans le corps, révélé
par pénétration jusqu’à son centre le plus intime. Sa présence est
complète. La chambre intérieure (le centre le plus intime de l’âme) est
immédiatement enflammée d’amour. Le Feu. « Oui, le dieu qui parle par ce
feu est le dieu, le véritable. Mon Dieu, qui révèle le réel.»
La personne défaille. Cette défaillance s’apparente à l’extase sexuelle, mais avec cette différence que, dans le même temps, l’âme vibre intérieurement sous la puissance de l’amour qui la pénètre. Ses facultés sont totalement anéanties. Toute tension, toute souffrance s’envolent. Il y a décollement de pur plaisir et il y a contemplation de la Présence.
Les sens sont totalement submergés par une sorte d’énergie, de chaleur-force qui pénètre tout l’être intérieurement jusqu’en son tréfonds. Cette chaleur-force semble alors diffuser hors de sa poitrine, hors de chaque parcelle de chair au point que tout le corps, toute l’âme, tout l’être, je ne sais, sont ce feu, cette force, cette diffusion vers en dehors, pour un contact direct, une relation réelle avec le dieu, le vivant.
En cette rencontre jusqu’alors insoupçonnée, inouïe, l’esprit n’a pas la
possibilité de comprendre ce qui est en train de se passer. A la place,
une contemplation infuse d’un ailleurs, où tout lui apparaît en relation
et en amour. C’est une révélation. L’esprit est délié de ses limites.
L’affectivité est transportée. Ca chante. La joie et le doux parfum.
Contemplation passive, entièrement subie.
L’esprit est nourri de lumière et dans le même temps le plaisir du corps,
un corps dans le corps. Contact d’une autre chair avec le Véritable.
Relation Absolue, sans aucun intermédiaire, avec ce qui est Vivant, Bon,
avec Cela qui ne meurt pas.
La certitude de Sa Présence et de présences, une multitude. Ca chante et
ca vibre dans la joie.
Remarque : Ce que je dis là n’est pas hyperbole. Et ce que je peux en
dire est bien pâle en comparaison de ce réel qui fut vraiment goûté.
Tout cela je l’ai vu, je l’ai goûté. Et j’ai aimé en un éclair d’un amour
immense sans savoir ni comment, ni pourquoi. Des transports de joie,
d’amour, des éblouissements j’en avais connu comme tout le monde, aussi de
ces cours instants où il semble que la conscience comme échappée connaît
une clarté, un passage à un niveau supérieur de lumière et de conscience,
une certaine contemplation. Mais ce dont je parle est autre chose de bien
plus radical. Le contact de l’Autre qui transfigure la chair et illumine
l’esprit.
Déliés pour être reliés
Le corps et l’esprit sont désormais captifs de ce baiser d’amour du
Vivant qui les a transportés au-delà de tout et si amoureusement. Si
lumineusement.
Cette pénétration d’un corps et d’un esprit d’homme par un Corps de
Lumière, par ce Souffle de feu l’a tellement transformé, déplacé en un
éclair, qu’il aura du mal à se reconnaître quand le sentiment de cette
Présence disparaîtra. Plus rien ne sera plus comme avant. Début de l’exode
malgré lui.
Nous appellerons cette expérience ici décrite tant bien que mal, union
complète au dieu vrai. C’est une certitude. Union première, parfois
nécessairement ‘‘spectaculaire’’ pour que la couche qui nous empêche de
voir et d’entendre Ce-qui-Est soit enfin ôtée. Première touche comme
prémices d’une union plus accomplie où ce genre de manifestation ne sera
plus du tout utile.
D’ailleurs certaines personnes mieux disposées pourront être introduites
sur cette voie de contemplation et d’union sans avoir connu cette
rencontre fracassante, juste un tendre Baiser d’Amour, et la chair et le
sang du dieu qui s’infuse en vérité. Matthieu 24 :23-28
Jean 6 :48-58
Remarque : J’ai tenu ici à rendre compte, d’après des témoignages et
mon expérience propre de la manière dont l’Esprit du dieu semble parfois
obligé d’opérer, peut-être en des époques où les cœurs sont si éloignés
de lui et les esprits si égarés que si lui-même ne se faisait par amour
nécessité, nous serions perdus et quelles que soient nos aspirations à
la justice et à la lumière, incapables de le trouver.
Anéantissement et conviction
Si le toucher d’union, plus ou moins intense selon les cas, ne dure en
lui-même tout au plus que quelques dizaines de minutes, il laisse en se
retirant, les sens, l’affectivité, l’esprit de la personne dans un état
flottant, de bien-être, de bonheur immense. Plus de peur, plus
d’angoisses. Ouverture totale. Le corps, l’esprit et l’âme s’abandonnent à
ce qui se donne là dans un flux et reflux.
Cet état peut durer des heures, voire des jours dans une sorte de
passivité amoureuse, de jouissance des restes d’une relation passivement
goûtée, d’écoute d’une Parole, sans que la raison alors complètement
dépassée puisse construire quelque explication, quelque représentation que
ce soit.
Si la conscience jouit et s’élargit par cette lumière, c’est en toute
passivité elle aussi, sans aucune maîtrise sur ce qui la transporte.
Contemplation.
La volonté propre, la volonté d’être, la démarche de comprendre,
l’imaginaire n’ont en ce lieu, plus aucun pouvoir. ‘‘Alteraction’’ totale.
Anéantissement du vouloir dans un autre Vouloir et Abandon à Lui qui vient
et qui révèle.
En fait, le retrait dont il est question ici, doit être entendu non comme
une disparition du phénomène premier, mais comme sa modification.
En effet succède à l’état premier un autre état, comme un effleurement
d’amour qui va et vient par vagues successives, selon une fréquence plus
ou moins longue et espacée, ce qui a pour conséquence d’empêcher la
personne de revenir totalement à elle-même, de retrouver ‘‘ses esprits’’.
Ce mode de contact (cette autre manière d’union) pourra par la suite être
expérimenté bien des fois sans qu’il y ait eu cette forte touche qui est
décrite en première expérience.
Ainsi la personne tombée en défaillance d’amour demeure en pâmoison, à la
fois délicieusement comblée et toute émoustillée. Dans l’oubli plus ou
moins complet de son environnement selon le rythme des assauts successifs
d’Amour, elle demeure abandonnée, ouverte. A chaque fois, disparition de
la volonté propre et de l’imaginaire pour une jouissance immédiate de ce
qui se donne.
Cette manière de présence n’a pas l’intensité de celle qui anéantit
l’être au moment de l’union complète. Aussi une tension apparaît qui ne
pouvait être durant la phase de l’union complète. Je m’explique.
Si la première phase, celle du toucher d’union, contact complet de cœur à
cœur et de chair à chair avec le dieu, est union d’amour et union de
plaisir, la seconde phase du même phénomène est, elle, marquée par la
jouissance.
Lors du contact (qui est union complète bien que passagère), il semble
qu’il n’y ait plus de limite. Une sorte de chute de tension parce que tout
se décharge sans cesse : un moins-de-jouir. Tout se décharge et tout se
renouvelle sans cesse. C’est du plaisir pur, du repos de flamme. Il n’y a
plus de tension parce qu’il y a union complète.
Par contre, dans la deuxième phase, le contact n’étant plus complet, une
tension apparaît, une nécessité de jouir plus, un nouveau
désir-tendu-vers.
Une séparation apparaît donc déjà, mais à peine ressentie. Cette deuxième
phase est marquée par la jouissance. « Jouissance toujours, jouissance
encore ! », parce que déjà se fait sentir le manque de l’union complète.
Les effets immédiats puis secondaires du toucher finissent par
s’estomper. La personne retrouvant peu à peu ses esprits essaie de
comprendre ce qui lui est arrivé. Son cœur est encore empli de joie et de
gratitude, mais tout a radicalement basculé et si subitement. Elle ne sait
que dire « mon Dieu, mon Dieu !» ou « merci, merci !». Mais elle ne peut
rester ainsi. Rapidement se fait sentir la nécessité de comprendre. Une
inquiétude apparaît.
Elle est certaine qu’il ne s’agit pas d’une hallucination, ni d’une perception pathologique. Sa certitude ne prouve rien bien sûr, mais elle est tout à fait certaine cependant que ce qu’elle a contemplé était le Véritable, que ce qu’elle a senti était le Vivant. Elle a vu et sa conscience s’est ouverte en un instant. La suite de sa vie le démontrera, et cela quels que soient les épreuves, les doutes, les erreurs, le temps perdu. Elle a été le temps d’une rencontre déliée d’un envers, réveillée d’un malentendu. Elle en gardera les marques, comme un sceau sur son cœur, en sa chair. Elle est désormais liée à Lui.
Ces événements constituent des prémices, des signes de ce qui
s’accomplira au terme d’un long chemin. Ce qui est donné ici gratuitement,
efficacement, devra être retrouvé de manière plus accomplie lorsque l’âme
aura été purifiée de tout obstacle, de tout malentendu et incapacités.
Cela prendra des années où l’être restera tendu et suspendu comme un pont
entre deux rives. Un entre deux sans jamais être sur l’une ou l’autre
rive.
Une vie en attente, depuis un événement premier qui réveille, appelle et
fait naître le désir enflammé de Lui, jusqu’à un certain terme, non pas la
fin du chemin, mais des retrouvailles sur un chemin de l’autre côté.
Une vie comprise entre un plus rien et un encore rien mais autrement.
Les trois lieux du sanctuaire
Nous témoignons donc que lors du toucher d’union d’amour, l’âme connaît à
la fois :
1) Une venue en soi qui inonde le cœur et informe l’esprit. Envahissement
du corps où les sens et l’affectivité sont submergés par une
présence-force qui vient de l’extérieur et est vécue et reçue comme
Dieu-Personne-Amour.
2) Une sortie de soi qui provoque un oubli de soi plus ou moins complet.
Total lorsqu’il y a ravissement. L’esprit est attiré au-delà des réalités
naturelles. Aspiré, il contemple un réel indicible.
Si la conscience est comme éclairée, la raison est dépassée, suspendue,
neutralisée, selon l’intensité de la sortie de soi.
Cela aura pour effet de provoquer une distorsion entre affectivité et
pensée rationnelle. Nous sommes ici au cœur du paradoxe, du contradictoire
où coexistent à la fois certitude et doute, incrédulité face à cet
impossible et foi-adhésion totale à ce qui vient, besoin de retrouver des
repères et désir-tendu- vers cette altérité qui a tout renversé dans
l’âme. Ainsi l’intelligence logicienne ne trouve plus ses repères en ce
champ tout autre où les informations qu’elle reçoit tant du côté de
l’affectivité que des facultés cognitives sont paradoxales et étrangères à
tout ce qui faisait son lieu d’investigation habituel.
Le dieu est vraiment Autre, à une distance infinie de toute maîtrise, et
inaccessible au vouloir de l’esprit et pourtant bien réel pour celui qui
le reçoit ainsi. Donné.
3) Une révélation du cœur de l’âme à elle-même, son fond intime qui est
le lieu
où Dieu est connu et attendu depuis toujours. L’âme y vit de la vie de
Dieu en
elle. En cette rencontre le Verbe se communique complètement. Il y a un
l’un dans l’autre, une seule chair, un seul corps.
Lors de cette révélation du niveau intime, il donne à reconnaître 3 lieux du sanctuaire. Comprenons ici que ceci ne signifie pas supériorité d’un lieu sur l’autre, ni progression linéaire des modes de présence dans le temps comme si l’on franchissait des stades par l’effort, l’ascèse, la sagesse. Tout étant don gratuit et immédiat en chacun des lieux, seule la foi est susceptible de coopérer à la descente de notre Grâce qui se fait Présence réelle. Mais bien souvent cette descente se fait à notre insu, car le don du Père est premier et sans conditions. C’est à chaque fois une révélation de son Amour.
a) Le lieu Intime est celui de la Présence de Dieu dans l’âme. Présence
qui peut être dans un chair à chair, un l’un dans l’autre. Un amour d’un
époux pour son épousée. « Ce n’est plus à Jérusalem, ni dans cette
montagne que vous devrez adorer le Père, car le Père cherche les
véritables adorateurs qui l’adoreront en esprit et en vérité. Aussi je
viens à vous. ». Jean 4 : 21-24
Jean 14:2-3 et 18-20
b) Le niveau Relation est le lieu de Sa présence entre nous. « Quand 2 ou 3 sont en mon nom réunis, je suis là au milieu d’eux ». La présence se manifeste dans la relation à l’autre, dans l’écoute et le partage de la parole, de toute parole et dans la charité. Agapé. La dilection fraternelle. Matthieu 18 :20
c) Le niveau Collectif qui est Présence par l’Eglise, en tant que multitude des croyants et organisation, en son ensemble. La présence de Dieu est partagée, communiquée par les sacrements, l’annonce et l’enseignement de la Bonne Nouvelle. « Allez, faites des disciples et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Matthieu 28 : 19-20
Questions :
1) La Présence de Dieu est partagée, mais à quel niveau du sanctuaire cela s’opère-t-il ?
2) Comment accompagner quelqu’un en fonction du niveau où la Parole se fait entendre?
3) Est-il possible d’aider quelqu’un à mieux connaître Dieu, si Dieu ne se révèle lui-même dans le fond intime de l’âme?
Il est important ici de bien entendre ces interrogations car elles
concernent l’œuvre du Messie et de son temple nouveau, sa présence en
l’humain, en Eglise et dans le monde.
Elles concernent aussi notre langue, le discours. A chaque niveau un
langage adéquat, ce qui ne veut pas dire une fluctuation de notre fidélité
à la Parole, mais seulement la prise en compte des réalités : on ne
s’adresse pas à une foule comme à on parle 3 ou 4 personnes par exemple.
Marc 4 : 10-11
Autres questions :
1) Tant que l’esprit n’a pas franchi le rideau par sortie de soi, ne
risque-t-on pas d’entendre et de voir comme de derrière un voile ?
2 corinthiens 3 :13-18
2) Tant que la Parole n’a pas été révélée au niveau intime par contact de
chair à chair, par venue en soi, les 2 autres niveaux du sanctuaire ne
risquent-ils pas d’être le lieu du malentendu ? Hébreux 10 :19-22
Alliance Nouvelle pour un Temple nouveau au complet.
Ancien temple Nouveau temple
Le Saint des Saints Présence intime (immédiateté)
Le Saint Présence entre nous ( relation)
Les cours Présences dans le monde (médiation)
Remarques:
Référence à la tradition mystique
Dans le livre d’Edith Stein : « La Science de la Croix » se trouve
formulée très clairement une distinction qu’il est très important
d’avoir à l’esprit pour pouvoir répondre aux attentes et interrogations
de ceux qui ont vécu ce type d’expérience dont nous parlons : « Lorsque
sans idée préconçue, nous nous laissons prendre par la lecture du
Cantique Spirituel (de St Jean de la Croix), il nous apparaît alors
comme une description fidèle de toute la voie mystique… nous entendons
déjà ce cri de désir qui ouvre le Cantique : « Où t’es-tu caché ? La
plainte d’une âme blessée au plus intime d’elle-même par l’amour de
Dieu. Assurément, elle ne connaît pas seulement son Seigneur par
ouï-dire. Elle l’a rencontré personnellement au plus profond d’elle-même
». Pensée maîtresse d’après l’exposé du Saint
Mais Edith va plus loin lorsqu’elle dit dans « les différentes espèces
d’union » : « « L’union d’amour se distingue de l’habitation de Dieu
dans l’âme par la grâce. ». Aussi dans « Pensées maîtresses de l’exposé
du Saint » : « Nous croyons devoir comprendre la structure primitive du
Cantique. Il s’agit d’une montée qui va d’un degré de l’union d’amour à
l’autre ou si l’on veut d’une plongée toujours plus profonde… C’est à
peine s’il peut être question d’une division en trois voies :
purification, illumination et union. L’union se trouve au commencement
et à la fin, et elle domine tout. »
Mais reprenons le texte d’Edith Stein. Tout ce qui va suivre est constitué de passages tirés du livre « La Science de la Croix » et assemblés avec parfois quelques commentaires brefs.
Réf :Edith Stein- Mort et Résurrection-La Science de la Croix
A) Différentes espèces d’union
3 espèces d’habitation (de présence) de Dieu dans l’intime de âme :
1) Dieu habite réellement toutes choses créées et les maintient dans
l’être
2) Habitation dans l’âme par la grâce
3) Habitation qui est Union transformante et divinisante que réalise
l’amour parfait. ‘‘ Union mystique’’
Il semble bien qu’il existe entre ces trois habitations une
distinction spécifique et à l’intérieur de chaque espèce une succession
de degrés.
Notre tâche présente est d’établir ce par quoi l’Union d’amour se
distingue de
l’habitation de Dieu dans l’âme par la grâce.
D’après Edith, Thérèse et Jean de la Croix sont d’accord sur le fait que
dans les divers degrés de l’union mystique quelque chose se différencie
spécifiquement d’avec ce qui constitue l’union de la grâce. Les trois
sortes d’union d’habitation divine dans l’âme ne diffèrent pas seulement
suivant leur degré, mais bien suivant leur espèce. C’est le même Dieu,
un en trois personnes qui est présent dans ces trois espèces
d’habitation ; il y est en ces trois espèces de façon identique et
cependant son habitation est différente. En effet ce dans quoi habite
l’unique et même divinité immuable change chaque fois de manière d’être.
Par suite, la nature même de l’habitation s’en trouve modifiée.
- La première espèce d’ habitation ne constitue pas encore une habitation intérieure au sens propre du mot. L’être divin et l’être créé sont séparés. Il y a dépendance unilatérale d’être qui ne constitue pas une façon d’être l’un dans l’autre. Par là même cela ne peut s’appeler habitation au sens rigoureux du terme.
- La deuxième espèce d’habitation est l’habitation par la grâce. L’être est alors capable de se saisir intérieurement et peut saisir d’autres êtres en soi. Celui qui est soumis à l’être de Dieu dit oui et reçoit Dieu en soi. L’habitation par la grâce nous communique la vertu de foi, c’est à dire la force d’admettre comme réalité quelque chose que l’on ne peut rigoureusement démontrer par des preuves de raison. L’être est pénétré par l’être divin. Cependant cette pénétration n’est pas complète, il n’y a pas d’envahissement complet. C’est déjà pourtant une percée vers quelque chose de neuf. Là l’Etre divin se communique à l’âme, néanmoins la source profonde de son Etre reste cachée et ne fait pas partie de cette communication. C’est un peu comme un homme dont on a entendu du bien. Il nous a dispensé ses bienfaits, prodigué ses dons. C’est pourquoi on s’incline devant lui avec amour et reconnaissance et l’on éprouve un désir croissant de faire sa connaissance personnelle. Cependant il ne s’est pas encore confié à celui qu’il aide. Cela devient la part que Dieu accorde à celui qui reçoit l’appel aux grâces mystiques.
- Troisième espèce d’habitation (‘‘union mystique’’) : Il y a
rencontre personnelle au moyen d’une touche dans le fond intime de
l’âme. Dieu entrouvre progressivement de rencontre en rencontre (mais
aussi durant les absences ou du moins ce qui sera vécu comme tel) sa
propre identité divine au moyen de certaines lumières touchant sa nature
et mystérieux décrets. La source essentielle de la vie divine entre en
contact d’être avec la source essentielle de la vie humaine et devient
par là même perceptible autant que présente. Dans ces lumières que l’âme
reçoit sur les mystères divins, l’intérieur caché de Dieu s’ouvre à
elle. Dieu offre Son Cœur d’abord dans un élan spontané au cours d’une
rencontre (oraison d’union = toucher d’union = contact réel), ensuite
pour une possession durable (fiançailles et mariage spirituel).
Dans cette troisième espèce d’habitation, l’image de deux hommes se
rapprochant n’a plus de sens, car déjà au degré inférieur de cette
habitation il s’agit d’une rencontre de personne à personne, d’une
connaissance que l’on a acquise en faisant l’expérience de la rencontre
même.
Dieu touche le fond intime de l’âme. Lorsqu’on se sent touché
intérieurement de cette manière on se trouve par là même en contact
vivant avec une personne. Ceci n’est pas union (mariage pour reprendre
le terme de St Jean de la Croix) mais le point de départ. Pour être
complètement pénétré par l’être divin, l’âme doit être détachée de tout
autre être, doit être vidée de tout autre être, et même de soi-même.
L’amour dans son plus parfait accomplissement, c’est n’être qu’un dans
un libre don mutuel, c’est la vie intime de Dieu, la vie de la Trinité.
Cette consommation est l’aboutissement à la fois de l’amour de la
créature qui aspire et désire, et l’amour de Dieu qui se penche avec
miséricorde sur sa créature. Au point où ces deux amours se rencontrent,
l’union peut se réaliser. Cette œuvre s’accomplit de manière passive et
active dans la nuit. L’âme doit donc être détachée.
Remarquons que (et ce qui va suivre intéresse les nombreux cas de
personnes qui aujourd’hui affirment avoir connu un toucher de Dieu) un
simple contact dans l’intime de l’âme ne présuppose pas nécessairement
qu’il y ait eu oraison d’union, toucher d’union (en vue d’une union plus
permanente).
Par contre il est vrai que ce simple contact peut être accordé pour
préparer à recevoir le toucher d’union lui-même. (Il y aura dans ce cas
un autre toucher certain, ainsi que des effets certains qui suivront :
exode intime et social, détachement et perte progressive de goût pour
tout ce qui n’est pas Dieu.).
Ce simple contact dans l’intime de l’âme ne signifie pas non plus qu’il
y ait eu auparavant habitation par la grâce. Ce contact peut être
accordé à des incroyants (à des ‘‘grands pécheurs’’ comme on dit) pour
les éveiller à la foi.
Dieu peut se servir de ce simple contact dans l’intime de l’âme comme
moyen pour rendre un incroyant apte, comme l’est un outil, à produire un
effet déterminé.
Ste Thérèse d’Avila insiste avec force sur le fait qu’est possible
une union dans l’habitation par la grâce. C’est celle atteinte par notre
simple mais inlassable coopération à la grâce : mortification de notre
nature et exercice parfait de l’amour du prochain et de Dieu. Elle
demande à ses filles de chercher avec ardeur et de toutes leurs forces
le plus haut degré de la vie de la grâce que nous puissions atteindre
par notre fidèle coopération à celle-ci. Elle consiste dans l’union
parfaite de la volonté humaine avec la volonté de Dieu par l’expérience
de l’amour de Dieu et du prochain. Mais elle insiste également avec
autant de force et avec toute la clarté désirable pour bien faire
entendre qu’il n’est pas possible, qu’il n’est pas en notre pouvoir
d’atteindre l’oraison d’union par ses propres efforts.
Elle déclare insensé de poursuivre avec ardeur cette autre union que
Dieu seul est à même d’accorder. Jamais on arrivera par ses propres
efforts, fussent-ils soutenus par la prière, à éprouver comme une
réalité vivante le fait de la présence de Dieu en soi et de notre union
avec Lui. Jamais le travail de notre volonté appuyé par la grâce ne
produira l’effet merveilleux qui s’accomplit dans le cours intervalle
que dure l’union (le toucher d’union). Celle-ci transforme l’âme de
telle sorte qu’elle arrive à peine à se reconnaître. Pour obtenir par
ses propres efforts quelque chose qui y ressemble, il faut bien des
années de haute lutte.
L’oraison d’union (c’est à dire le contact direct avec la personne de
Dieu ou du Christ) n’est pas encore l’union que St Jean de la Croix a
constamment devant les yeux comme étant le but de la nuit obscure. Elle
en est le présage et le premier degré. L’oraison d’union sert à préparer
l’âme à se donner parfaitement à Dieu. Elle veut éveiller en elle un
désir brûlant de recevoir à nouveau cette grâce d’union et un désir de
pouvoir la garder de façon durable.
Thérèse décrit cette oraison d’union : elle consiste en un ravissement
de l’âme en Dieu qui la rend tout à fait insensible aux choses du monde,
alors qu’elle est complètement éveillée aux choses de Dieu. Cette vérité
s’imprime si fortement en elle que, se passerait-il plusieurs années
sans qu’elle reçut de nouveau pareille grâce (ce qui est souvent le
cas), elle ne pourrait ni l’oublier, ni la révoquer en doute. Elle
reconnaît en outre cette vérité par les effets qu’elle sent en l’âme. Il
y a certitude.
Si quelqu’un n’a pas cette certitude, son âme n’a pas été unie à Dieu
toute entière, mais seulement par quelqu’une de ses puissances ou bien
elle aura reçu quelqu’une de ces innombrables faveurs que Dieu se plaît
à accorder aux âmes.
Ces précisions sont d’une extrême importance car elles nous permettent d’entrevoir où peut se situer l’aide à apporter à ces convertis par « contact réel »,- l’expression est employée par S. Weil lorsqu’elle confie comment le Christ est venu à elle et l’ « a prise » dans « l’Attente de Dieu »-, Ce contact, ce toucher, ce baiser d’amour, cette lumière ineffable (selon) = Première phase de l’union d’amour où l’âme devient désormais captive de cette jouissance surnaturelle. Ce peut être un piège si elle reste fixée en ce commencement. Dans tous les cas, ce toucher d’union engage une nécessité d’exode.
B) Foi et contemplation
La différence qui existe entre l’union par l’habitation par la grâce et celle par l’union mystique nous présente encore un intérêt : celui de nous servir comme base appropriée pour arriver à délimiter nettement la foi de la contemplation.
St Jean dit que la nuit de la foi est le guide vers les délices de la contemplation pure et de l’union. Il dit aussi que la sagesse mystique ne postule aucune connaissance déterminée et qu’elle ressemble en cela à la foi par laquelle nous aimons Dieu sans le saisir d’une façon précise. Si les deux coïncidaient, il ne pourrait être évidemment question de ressemblance. Cette distinction et cette étroite homogénéité sont exprimées avec plus de précision dans un passage où la contemplation est opposée aux connaissances surnaturelles nettement reconnaissables et particulières de l’intelligence, (contemplation) comme étant une connaissance confuse, obscure et générale qui n’a qu’une espèce c’est à dire la contemplation qui se donne à nous dans la foi.
Est appelé foi, la substance de la révélation divine, l’acceptation du contenu de cette révélation divine et enfin le don aimant que nous faisons de nous-même à Dieu.
Le contenu de la foi quant à lui fournit la matière de la méditation. On se représente ces vérités de façon figurée; l’intelligence y réfléchit et la volonté se décide en conséquence. Un état constant de connaissance aimante, c’est là le fruit de la méditation. L’âme demeure dans un abandon tranquille, paisible et aimant en la présence de Dieu que la foi lui a appris à connaître. Cette contemplation acquise est le fruit de la méditation.
Néanmoins quand St Jean de la Croix parle de contemplation, il fait allusion à autre chose. Il se réfère au fait que Dieu peut accorder à l’âme une connaissance de lui-même obscure et aimante, sans que l’on soit préalablement exercé à la méditation. Il peut soudain lui infuser la contemplation. Mais cela ne se produit pas sans un certain rapport avec la foi.
En règle générale la contemplation échoit en partage aux âmes qui y sont préparées par une foi vivante et une vie de foi. Si pourtant un incroyant devait obtenir cette contemplation, les vérités de foi qu’il n’a pas encore acceptées l’aideraient néanmoins à connaître Celui par qui il est saisi. De son côté l’âme fidèle plongée dans la contemplation obscure trouvera toujours en recourant à la lumière de la doctrine révélée des éclaircissements lui permettant de comprendre ce qui lui arrive.
Pourtant ce qui leur arrive est fondamentalement autre chose que la contemplation acquise et l’abandon à Dieu dans la foi pure. La nouveauté c’est d’être saisi par Dieu présent de manière sensible au cours de cette aventure que représente la nuit obscure durant laquelle l’âme se voit privée du sentiment de sa présence. La nouveauté c’est la douloureuse blessure d’amour et l’ardent désir qui lui restent lorsque Dieu lui est enlevé. Ces deux nouveautés sont des expériences mystiques fondées sur cette espèce d’habitation qui est un contact de personne à personne dans le fond le plus intime de l’âme.
L’opposition entre présence et retrait sensible de Dieu dans la contemplation mystique indique autre chose encore qui peut nous servir à démarquer le domaine de la foi. La foi est avant tout affaire d’intelligence. Si même dans l’acceptation de la foi, la volonté intervient, cette acceptation n’en est pas moins une connaissance. L’obscurité de la foi marque une propriété de cette connaissance.
La contemplation est affaire de cœur, c’est à dire du fond le plus
intime de l’âme et à cause de cela de toutes ses puissances. La présence
et l’absence apparentes de Dieu sont perçues dans le cœur par la joie ou
par une douloureuse nostalgie. Ensuite tant qu’elle n’est pas
entièrement purifiée, elle ressent avec douleur qu’elle est le contraire
même de la sainteté de ce Dieu présent, sainteté dont (pourtant) elle a
l’expérience.
Nuit de la contemplation ne signifie pas seulement obscurité de la
connaissance mais encore ténèbres provenant de son impureté et douleur
purificatrice.
( Deux sortes de douleurs purificatrices :
- la douleur expiatoire qui est comme le retour de bâton après la prise
de conscience d’un mal que l’on sait avoir fait.
- La douleur rédemptrice qui est la prise de conscience et le ressenti
de la distance infinie qui sépare l’âme désirante de la pureté de Dieu.)
Exode intime
Sortie de territoire
Je passe
L’enfermement pour cet autrement lieu
Espace paradoxal que l’épreuve seule offre en partage
Evénement à la limite avènement caché
Qu’aucune langue d’homme ne peut dire en vérité
Pour un vécu d’exode des dits en des mots éculés
Qui abusent toujours la chair qui les reçoit
En ce territoire autre côté du monde
Nulle assurance d’une claire pénétration
Là Science et Raison se risquent à l’errance
Ici le chant de la Parole qui vient à soi
La voix qui élargit et dont nul ne s’empare
Sanctuaire intérieur d’une folie retournée
Ecartèlement qui unifie la déchirure
Mais aussi souffle tendre sur cela même
Qui fait obstacle homicide et sépare
Je touche
Ce point d’appui où tout s’évanouit
Blessure attente en solitude ardente
Longues marches dans la brume épaisse
Présence d’absence ouvrant au commencement
Effondrements qui élèvent le doute
Jusqu’au très humble vide en espérance
J’énonce
La tendresse de l’acte nourri d’un désappris
Le lâcher prise impavide au tréfonds de l’intime
Constamment recueilli pour un rien
J’annonce
La libération du pouvoir de l’en face et l’abandon
A l’autre de l’être qui ne peut plus peser
Les tourments d’une délicieuse impatience
Je goûte
Le retour de l’amour gardé en perdant davantage
Le besoin de Lui vaincu par mille va pour un vient
Ne quémande plus la jouissance pourvu qu’il soit
J’entends
En cette béance le chant de l’autre en gratuité
Dans ce saut dans le rien
Sa voie
Je vois
La naissance du fils que chaque aujourd’hui
Fait renaître et s’émerveiller d’amour
La fin du cri pour une jubilation cachée
L’Appel
L’âme ne peut encore le savoir mais ce premier contact est un appel.
Appel non pas à la sanctification mais sanctifiant. Ce premier toucher
d’union est déjà opération de sanctification. L’âme ainsi touchée est
désormais attirée par Amour et tirée. Elle Lui appartient. Nul ne la
retirera de Sa main, car celle qu’Il appelle, aussi Il la justifie et
celle qu’Il justifie aussi Il la glorifie. En ce ravissement dont nous
avons parlé, la Lumière de Sa gloire fut contemplée.
Romains 8 :28-30
Voyez comme ce cœur est sûr de son amour ! Il croit. Mais il n’en est pas
de même pour « dame raison ».
Ce contact dont nous avons parlé, ce toucher d’union, ne retentira pas sur
la structure cognitive de la même façon qu’il a saisi la partie affective
de la personne.
« Tu aimeras le Seigneur Ton Dieu avec toute ta pensée, avec toute ton
âme, avec tout ton cœur. » Malgré l’emprise de l’amour, pas si facile.
Le cœur ? Ca va. Il L’aime d’un amour ardent désormais.
L’âme ? Elle L’a senti, goûté. Son fond le plus profond est en feu.
Et la raison ? Elle pense que « ce n’est pas possible ce qui arrive ! ».
Pourtant elle ne peut que constater l’étrange. L’esprit a bien contemplé
l’indicible. Aussi est-elle très troublée, perturbée.
Une fois Amour reparti, ou plutôt ce qui sera vécu comme tel, le corps et l’affectivité conservent de manière nette leur mémoire propre de cet événement. Si les sensations et sentiments éprouvés en ce contact d’amour sont gravés non seulement dans la mémoire mais aussi dans une chair toute transformée et suspendue, agrippée aux traces du corps de son Amour, si en ce laps de temps où le dieu d’amour l’ « a prise », l’âme a eu l’impression que sa conscience couvrait toute la réalité des choses, pénétrait l’essentiel de la vie et connaissait comme un élargissement, la raison elle, il faut bien l’avouer, se trouve complètement désorientée. La partie logicienne de l’esprit est dépassée, démunie. Cette sortie de soi, cette « extase », coïncidant avec cette venue en soi d’une présence réelle et tellement autre qui révéla immédiatement le dieu véritable, a quelque chose d’inaccessible, de renversant, pour la partie raisonnable et raisonnante de la pensée.
Même si cette personne était auparavant attentive à sa propre subjectivité, même si elle était encline à une certaine intériorité, voire même à la méditation spirituelle, voire encore à l’oraison, jamais, jamais elle n’avait connu ni imaginé pareille rencontre, ni cette effusion d’Amour, le Vivant, au cœur de l’âme.
« Que m’est-il arrivé ? » Ce qui fut entrevu alors dans une sorte de
contemplation sans pensées et de vibration amoureuse, un
je-ne-sais-quoi-de-Dieu-en-personne qui illumine et comble d’amour le cœur
puis échappe, s’estompera faute de mots adéquats pour fixer l’événement,
faute d’images pour se le représenter et le retenir tel quel. Pas de
précédent, pas de références naturelles ou culturelles pour se
l’expliquer, pour que la pensée raisonnante y prenne appui.
Cette intelligence humaine, qui a été pénétrée par le Vivant et a eu
contact avec une Lumière au-delà, restera troublée, sans appuis. Les
connaissances, les logiques, les références habituelles ne permettront pas
une adaptation intellectuelle et naturelle à cet événement surnaturel.
(Oui surnaturel. Il faut au point où nous en sommes l’affirmer ainsi). Et
la raison ayant besoin d’appuis, la pensée retournera à ses structures,
ses logiques et ses représentations habituelles. Ce mouvement de recul,
par rapport à l’expérience qui fut une immédiateté de la Présence,
entraînera une distorsion importante entre le cœur qui est tout à son
Amour et qui en garde un souvenir précis, comme une trace en sa chair,
indélébile, mais qui ne peut être dit avec justesse, et l’intellect
critique qui lui cherchera à comprendre et à assimiler l’événement.
C’est là le lieu d’un grand conflit entre deux nécessités, entre un désir orienté vers la Lumière comme un éclair et un besoin de maîtrise, entre un amour malgré nous et une volonté d’être, entre une réalité et une autre réalité, et tout cela à cause du mensonge qui est dans le monde et dont l’esprit est presque entièrement imprégné. Ce mensonge veut la séparation et la dénégation. Ce mensonge est un voile qui nous empêche de voir et d’entendre les êtres là où ils sont. Or tout le réel appartient à Amour qui veut la naissance du tout de l’humain pour qu’il vive et communique la vie.
Les rapports habituellement accommodés entre affectivité et raison, entre imagination et réalité n’arriveront plus à jouer. Mais en fait, tout comme le cœur, la pensée non plus ne pourra plus se satisfaire de ces appuis antérieurs depuis ce je ne sais quoi qui est venu s’intercaler, tel un caillou d’ailleurs, dans une mécanique échafaudée selon un savoir et une volonté d’homme.
Il serait erroné de déduire de ce qui vient d’être décrit que seule la
vie affective a été déplacée vers un ailleurs d’exister. L’esprit aussi a
été illuminé. Il a contemplé et contemplera désormais malgré tout ce qui
fait encore obstacle.
Aussi ne peut-on parler de voie d’amour seulement, ni de voie de
connaissance et encore moins de voie spéculative, mais de voie de contact.
Contact réel et immédiat qui affecte, renverse et suractive en l’âme, sans
qu’elle sache vraiment pourquoi et comment, toutes ses facultés, comme par
exemple son désir, ses motivations. Sa mémoire et son entendement.
Contacts réels par la suite, aux multiples intensités où les facultés de
l’âme ne seront pas d’abord agissantes mais anéanties, agies et éclairées,
surélevées au-delà d’elles-mêmes.
L’impossible parole
Pourtant une nécessité s’impose. Comment dire ? Quels mots mettre sur ce
qui vient d’être vécu ? La personne ainsi affectée doit parvenir à
exprimer la réalité de cette divine rencontre, pour autrui mais aussi pour
elle, pour s’expliquer ‘‘la chose’’, pour mettre un peu d’ordre dans sa
tête. Pour une re-présentation qui la rassure.
Et ce feu qui la consume ! Si seulement tous pouvaient L’accueillir en
partage comme elle L’a reçu, alors il n’y aurait plus besoin
d’explications, de témoignage. Plus d’étrangeté, plus de décalage.
Mais comment exprimer ce déplacement inouï, les sensations et les
sentiments éprouvés en ce transport au-delà de toutes les évidences, de
toutes les représentations, de tout le normal physique et naturel avec les
mots courants de l’amour ?
Elle se lance : « J’ai la certitude que Dieu, que l’amour de Dieu
envahissait toute mon âme. J’étais aimé et j’aimais. Je participais à cet
amour de Dieu et j’étais en Dieu et Il était en moi. Je l’ai connu par
contact sensitif et affectif. Je me sens désormais captive de cet amour.
Je ne peux plus oublier mon Amour, je l’aime. Dieu est Vivant ! Je l’ai
goûté, touché, senti en moi. Il est Vivant je vous dis ! »
A peine s’essaye-t-elle à quelque explication qu’elle comprend le côté
bizarre et quelque peu dérisoire de la situation. L’impossible aussi. Le
non-communicable. Et pourtant ne rien dire c’est porter solitaire une
bonne nouvelle qui déborde et consume. « Ca brûle et ça pousse. »
La personne ainsi affectée parlera donc. Mais il faut garder à l’esprit que ce qui sera dit, restera toujours éloigné de l’expérience vécue. En effet elle n’a à sa disposition qu’un langage né au cours des âges de la nécessité de rendre compte de réalités, de sensations, de sentiments, de logiques naturelles, alors qu’elle doit exprimer et décrire un contact à un réel fulgurant.
Des mots se forment pour dire. Mais en se formant ils se constituent
obstacles et font glisser inexorablement celui qui les forme et celui qui
les reçoit vers une autre pensée, un autre lieu qui est déjà autre chose
que le Véritable. En se disant, l’expérience première est déformée,
trahie, le mot toujours approximatif venant apporter une tonalité
différente, un je-ne-sais-quoi d’autre qui n’est pas cela. C’est la dérive
de l’imaginaire qui comble les blancs, les trous, que comporte une telle
rencontre.
Comment dire ce vécu tout autre avec des mots qui renverront
inévitablement l’auditeur ou le lecteur à un référentiel naturel et
culturel ?
Comment par la suite dire et témoigner d’un chemin paradoxal avec des mots
qui ont forcément un sens précis et qui excluent par la force des choses
le sens contraire ?
Comment décrire un cheminement, une relation intime où tant de ressentis
contraires coexistent créant ainsi une tension, un écartèlement, et où
parfois (plus souvent par la suite) des sentiments contraires coïncident
dans un sentiment par delà de plénitude, de paix et d’unité. Car même si à
chaque affirmation on juxtaposait son contraire, on n’approcherait pas
pour autant de la vérité contemplée. Il y a là-dedans vraiment quelque
chose qui résiste à l’emprise, et qui demeure antérieurement à toute
parole humaine mais qui est Pensée dans le sens où elle recrée un être
nouveau et qui est Parole dans le sens où elle donne à entendre la voix de
l’Epoux, Amour.
Remarques:
Pour éviter toute confusion, il est nécessaire de préciser ici les
termes de « sentiments contraires qui coïncident dans un sentiment
par-delà de plénitude, de paix et d’unité ». Il s’agit de sentiments
tels que joie opposée à tristesse, bonheur et souffrance et également de
concepts et de pensées en conflits qui peuvent coïncider dans un
sentiment par-delà de plénitude et non de valeurs telles que le bien et
le mal par exemple, le mensonge et la vérité. Bien, Vérité, Beauté,
Grâce tout cela ne peut être ambivalent, car tout cela est le Christ et
il n’y a pas de confusion, ni d’ambivalence en ce lieu. Le oui de Jésus
est oui et son non, non. Le Bien, cette force dont il est question en
Christ n’est pas ce bien qui en effet peut être ambivalent parce que
relatif au mal, qui serait seulement contraire au mal, cette vérité dont
il est question n’est pas une vérité qui serait seulement contraire au
mensonge, « ce qui est directement contraire à un mal n’est jamais de
l’ordre du bien supérieur. A peine au-dessus du mal souvent ! Exemple :
vol et respect bourgeois de la propriété… mensonge et ‘‘sincérité’’. »
Un honnête marchand, peut-être très chrétien, se garde bien de voler, de tricher, de mentir à son client mais trouve très conforme au bien social de vendre ses produits en usant des meilleures et de toutes les techniques reconnues et possibles et si possible au meilleur prix. Ou bien, concerné par la misère dans le monde, il participera pieusement à des collectes pour les pauvres, mais défendra sa marchandise avec force s’il prend sur le fait un voleur, un pauvre voleur misérable en train de lui dérober son bien. Conforté par le droit, les vertus sociales, le vol étant un mal, il livrera ce pauvre au juge. Dans cet exemple, le bien est à peine au-dessus du mal. Il y a dégradation du bien supérieur. Voilà aussi ce que voulait dire Jésus lorsqu’il dit : « Et moi je vous dis de ne pas résister au mauvais. Mais quelqu’un te donne-t-il un coup sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. Et qui veut… prendre ta tunique, laisse-lui aussi l’autre. » Matthieu 5 : 38-48.
Aucune ambivalence, aucun flou en ce lieu où Christ nous veut. Amour sans retour, lucidité jusqu’au sacrifice du ‘‘moi’’ et de tous ses biens pour la justice. Non pas sacrifice héroïque pour Dieu, cela aussi est un bien pire que le mal, une façon de répondre au mal par la tromperie, mais sacrifice caché, quotidien loin de tout prestige social afin de ne pas permettre aux influences et vertus purement sociales de dégrader le trésor que Christ a déposé en nos cœurs.
Cette lutte par exemple Ste Thérèse, sœur chérie, l’a menée à sa
façon contre son entourage. Car son entourage était victime de ce bien
relatif, et du prestige social, ce mensonge qui dégrade le beau dépôt de
la foi dans toute l’Eglise. Si l’entourage de Ste Thérèse a fait bien
des bêtises c’est parce qu’il était le produit d’un certain esprit dans
l’Eglise, et qui demeure aujourd’hui encore.
Cet esprit qui est : se contenter de l’imitation du véritable, nous
amène dans l’ignorance de nous-même et de notre misère propre, à
mesurer, à jauger, à contrôler sous prétexte de je ne sais quelle idée
de l’œuvre de Dieu. Or son œuvre c’est de répandre gratuitement le Bien
du Christ dans les cœurs et la tendresse entre nous, don gratuit pour
que demeure la joie de l’autre qui veut vivre en humain avec ses frères
et pour que ceux qui reçoivent la grâce d’une manière ou d’une autre
ouvrent des voies d’une vraie liberté d’enfants de Dieu. Mais toujours
et encore les idoles et le levain ! Colère.
L’imitation du véritable ne suffit pas. Le véritable doit pénétrer notre
chair. L’amour fraternel n’est pas en notre pouvoir. Or, parce qu’il se
présente comme une exigence de plus d’humanité, nous croyons devoir et
pouvoir renoncer, secouer, agir et nous dépouiller en vue de plus
d’amour. Mais notre rapport naturel et social au bien étant un rapport
dégradé, nous ne bâtissons qu’ersatz sur ersatz, obstacle sur obstacle à
l’amour que nous chérissons tant. Nous nous abusons.
Toute la société occidentale, pourtant en quête de plus d’humanité,
souffre de cela aujourd’hui, chrétiens y compris. Tout le monde ne parle
que de tolérance et d’amour entre les hommes mais les fruits portés sont
ambigus et les ego sont loin de laisser la place. Et nous nous trompons
jusque dans les nuits mêmes, jusque dans les agonies.
Mais si l’Eglise, mais si chrétiens, nous acceptons vraiment d’être
conduits par Christ jusqu’au vrai bien, si nous sommes capables
d’accepter humblement la leçon qui ne tarde pas, alors c’est l’amour
vivant, du Christ vivant, qui cassera nos prétentions et dénoncera nos
motivations les mieux déguisées, tout ce qu’il y a de compensation, de
rivalité, de ressentiment, de déni, de volonté de puissance, d’illusions
et de vanités jusque dans l’amour désintéressé même.
Ainsi notre champ sera autre pour une évangélisation conforme à l’esprit
du Christ. Car l’esprit d’amour nous aura dépouillés à nu et ensevelis
dans l’abîme le plus sombre afin que nous nous relevions autres et que
nous nous relevions là où Il nous veut. Il y aura des œuvres alors, mais
le champ sera autre.
Croire s’élever par soi-même, par l’énergie que procure le but à atteindre, par l’idée que l’on se fait de la justice, du commandement de Dieu est illusion. En cette voie on atteint vite ses limites et la chute suit (si ce n’est la violence). Mais chute-t-on, il faut prendre cet effondrement comme une faveur qui nous est accordée par Dieu. Là nous verrons peut-être plus clairement que tout don, tout avancée véritable ne viennent que par Lui.
Dans Matthieu 19 : 16-26 Jésus donne une leçon à ses disciples et au jeune homme riche. Elle est aussi pour nous, pour toute l’Eglise.
1)D’abord cette affirmation : un seul est bon
2)Ensuite 1ère étape : « observe les commandements ». Et le jeune homme
de répondre : « tout cela je l’ai observé ». Réponse qui exprime son
élan, sa foi et pour cela Jésus l’aime. Mais réponse qui est aussi signe
de son manque de lucidité sur lui-même.
3)« Que me manque-t-il encore ? » Devant cette bonne volonté peu
consciente de ses limites et de ses zones d’ombre, Jésus pousse le
bouchon très loin pour provoquer une crise de conscience : « si tu veux
être parfait, vends tes biens aux pauvres et tu auras un trésor dans les
cieux et suis-moi ? » A cette parole, et c’est le but de Jésus, non
seulement le jeune homme riche est anéanti mais aussi ses disciples.
Jésus marque là les limites de notre pouvoir volontaire, et nos
richesses, qu’elles soient spirituelles, morales et matérielles n’y
pourront rien changer. Au contraire, elles nous rendront l’accès au
Royaume du Père encore plus difficile, car croyant tenir quelque chose,
nous ne tiendrons que du vent ; poursuite du vent.
4)« Mais qui donc peut être sauvé ? » Réponse de Jésus : « Aux hommes
c’est impossible, mais à Dieu tout est possible. »
Ce « possible » qui est don gratuit, Bonté du Père mais aussi correction, nous enfonce dans notre chair l’acceptation totale de notre incapacité fondamentale à être bons, pour que nous ne nous égarions plus, pour que nous ne réclamions plus je ne sais quelle idole, pour que nous ne façonnions plus je ne sais quelle idée de la justice de Dieu qui toujours est un fardeau trop lourd pour les pauvres malades de l’âme que nous sommes tous, mais surtout pour les plus faibles qui ont besoin non d’un accusateur mais d’un médecin, « Allez donc apprendre ce que veut dire : je veux la miséricorde et non le sacrifice car je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs ! »
Mais cette leçon d’amour gratuit ne portera du fruit qu’à la
condition de reconnaître que pour nous « c’est impossible ». Elle nous
interdit à jamais de jauger, de mesurer autrui d’après ses œuvres. Elle
nous interdit de refuser à qui que ce soit, au nom d’une morale devenue
vieille désormais, même au pire des pécheurs, même au pire des voleurs,
même au pire des divorcés qui le désire, ici, aujourd’hui, l’accès au
don de Dieu, le don de son Corps et le don de son Sang, cette chair
transfigurée qu’il offre à la chair de tout homme pour la sauver. Jean 5
:16.
Tout l’évangile témoigne de cela : la parabole sur le fils prodigue Luc
15:10-32, les ouvriers de la onzième heure, Matthieu 20 : 1-16, la
samaritaine en Jean 4 : 7-26. Cette femme, la première femme à qui il
révèle être le Christ est considérée par les religieux de la religion de
Jésus comme étant hérétique, une femme qui a eu 5 maris et qui vit alors
‘’à la colle’’. Et pourtant Jésus lui révèle qui il est, et beaucoup de
samaritains crurent.
Pourquoi refusons-nous d’entendre cela ? Pourquoi tant de barrières, de
peurs, de refus. Est-ce que le levain des pharisiens aurait fait
fermenter toute la masse ?
La loi, la justice ne peuvent être accomplies que par l’attention
amoureuse à autrui et à la vérité, et non par des mesures autoritaires
ou volontaristes.
(Mais nous reviendrons là-dessus dans un autre chapitre)
Comment entendre?
A vrai dire, il n’y a pas de recettes. Aucune méthode pour nous apprendre
l’espérance, le tendre accueil du véritable, l’équité, la divine brûlure,
le juste souci de l’autre. La dilection. C’est donné, on ne s’en empare
pas. Et justement parce que c’est offert à tous, il est impératif de
veiller, de ne pas laisser l’écoute se fermer, celle qui accueille
humblement cela qui vient. « Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? ».
Et cette fermeture peut avoir lieu insidieusement, la nuit, quand l’homme
dort. Il se lève et l’ivraie est dans son champ.
Mais il reste toujours du bon blé. Rien n’est jamais perdu tout à fait.
Ainsi la lumière peut venir d’une toute petite chose au plus profond de la
ténèbre, d’un rien si insignifiant qu’on n’y a pas prêté attention. C’est
comme lorsque l’eau de la source coule à nouveau au désert après une
longue sécheresse. C’est d’abord une goutte d’eau qui tombe de la fontaine
asséchée. Et voilà qu’elle dégoutte et ruisselle sur la terre craquelée
pour finir par couler et s’écouler. Ainsi ce qui était sec, assoiffé ou
moribond reçoit l’eau du Vivant en abondance.
Comment entendre celui qui a fait l’expérience de cette goutte de lumière
? Ici, il est nécessaire, pour éviter le malentendu, de ne pas perdre de
vue la dimension paradoxale et ineffable que les mots prononcés ne peuvent
traduire. Ce qui s’exprime là a sa source dans un champ tout autre qui
échappe à la logique commune et au principe de non-contradiction. Toute
écoute ou interprétation rapide ne peut que réduire, amputer la
profondeur, la hauteur, la largeur, la plénitude de cette survenue.
Par exemple, c’est avec des mots de l’amour charnel qu’une personne dira
le plaisir ou la jouissance ressentis lors de la venue en soi d’Amour,
ainsi que le feu amoureux qui s’ensuivra. Les mêmes mots pour dire l’amour
humain et l’amour divin. On le voit, il y a une impossibilité. Comme
quelqu’un qui essayerait de décrire la 3ème ainsi que la 4ème dimension
dont il vient, à des êtres plats qui ne connaissent que 2 dimensions,
largeur et profondeur. Combien il sera difficile de trouver un langage
approprié, juste. Il faudra du temps, toute une vie pour y parvenir et
encore, de manière très approximative. Le décalage qui toujours demeure...
Et pourtant confier ce trésor, cet extraordinaire de l’Amour qui vient de
se manifester est une urgence. Comme un feu qui consume, comme un souffle
ardent qui pousse. Cette nécessité de dire l’Amour, je le répète, durera
toute une vie. Et ce feu qui pousse utilisera tout de l’être, le cri, le
corps, la danse, le chant, le souffle, la colère …
Amours humains, divin amour. Passions. Les mêmes mots pour dire deux
états si proches, car il y est toujours question de désir, de plaisir et
de jouissance. Proches et pourtant si différents. Il y a en effet dans la
blessure d’amour laissée par Dieu en l’intime de l’âme, une altérité telle
en même temps qu’une intériorisation et appropriation de l’âme à
elle-même, une telle attirance d’elle-même vers son centre en même temps
qu’une poussée de l’intérieur en direction de son Amour, une telle
légalité agissante vivant de la vie et du vouloir de Dieu désormais en
elle que la confusion n’est pas possible pour celui qui vit cette œuvre du
Souffle, le Saint.
Mais pour ceux qui reçoivent un tel témoignage et qui n’ont pas connu ce
divin transport affectif, il pourra sembler que cette personne est
amoureuse de Dieu comme on peut l’être d’un homme ou d’une femme, avec la
même passion et il y a de cela (surtout à l’endroit du Christ pour qui
vient et était attaché à la tradition chrétienne), mais avec cette
différence que cet amour qui œuvre dans le fonds intime, désormais et
toujours, même durant les absences, même au cœur de l’abîme et des
souffrances (nous parlerons de tout cela plus loin), éduque le regard et
l’écoute et modifie par là même le rapport au monde, radicalement. Les
passions entre humains n’édifient pas toujours.
Compte tenu de la difficulté de reproduire, de représenter fidèlement ce
qui fut vécu là, il faut s’attendre à ce que les divers témoignages
voulant rendre compte du toucher d’union comportent des variantes et des
imprécisions, voire quelques trahisons. Et pourtant nécessité du
témoignage.
Témoignage approximatif, source de malentendu pour celui qui a des
oreilles pour entendre mais n’entend pas.
Témoignage incomplet, imparfait, mais pourtant suffisant pour celui en
qui, déjà, cette Parole travaille à son insu. Alors les mots entendus
accrochent, rappellent quelque chose, s’imposent comme des signes qui
frappent et ensemencent l’oreille. Il y a écoute d’un ailleurs d’exister.
« A vous a été révélé le mystère, mais pour ceux qui sont du dehors tout
se passe en paraboles. Ils voient en images aussitôt projetées tout
alentour et entendent la parole en identification. Croyant voir, ils ne
voient qu’eux. Croyant entendre, ils entendent mal. Que celui qui a des
oreilles pour entendre entende et sorte de l’enfermement ! »
Voilà pourquoi le témoignage est nécessaire. Pour que ceux qui entendront
et recevront cette parole malgré le voile, croient et connaissent que sa
Source vient du Père.
« La lumière brille dans les ténèbres mais les ténèbres ne l’ont pas
arrêtée. ». Voir aussi Jean 5 : 25-27et 30
Doute et certitude
Nous avons compris qu’un déséquilibre est né de cette rencontre qui fait
apparaître des nécessités nouvelles.
D’une part s’est créé un lien affectif entre l’âme et son
Dieu-qui-échappe, tellement intense et réel entre l’âme et Christ, que la
personne est dans l’obligation presque physique de partager la joie
qu’elle a reçue et qui déborde malgré elle. Pourtant déjà, dès le
commencement du cheminement, un manque l’affecte qui deviendra chaque jour
qui passe plus douloureux.
D’autre part, l’esprit éduqué selon la raison humaine et les lois
naturelles est écartelé entre doute et adhésion, recul critique et
ouverture à ce qui fut donné. Ces tensions diverses, ces contradictions
vont contribuer (mais pas seulement elles, loin de là) à entraver par la
suite toute participation passive en toute simplicité à l’amour qui se
donne gratuitement dans le fond intime de l’âme.
Affectivité et raison ne sont jamais confondues. Le physicien qui vient
de réussir une équation importante ne confond pas l’objectivité
intellectuelle de ses opérations abouties et la subjectivité de sa joie.
Dans le cas du toucher d’union, ce sont l’amour, la jouissance, une
connaissance intime immédiate qui précèdent la démarche pour une
compréhension intellectuelle. Nous avions parlé plus haut d’une Pensée
avant toute pensée. Mais aussi d’une nécessité d’amour qui met en marche.
Dans Matthieu 13 :44 l’homme ne vend pas tout ce qu’il a pour pouvoir
partir à la recherche du trésor, mais c’est parce qu’il l’a déjà trouvé
qu’il peut vendre tout ce qu’il a. Cet aspect des choses augmente la
difficulté d’un tel parcours, surtout de nos jours où seule l’objectivité
est prise en compte.
Aussi devons-nous bien comprendre combien sera difficile et mentalement
périlleux le parcours dans lequel est introduite la personne ainsi touchée
par Amour. Elle est, n’en doutons pas, appelée à vivre un exode intime et
social. Son parcours est un et pourtant double. Chemin de lumière, à la
fois d’intériorisation et de relation en vérité à l’autre. Il est
important de comprendre ici combien ce qui lui arrive intimement ne peut
être seulement considéré comme une impression subjective. Subjectivité et
intériorisation ne peuvent être ici confondues. La rencontre, le contact
qui l’orientèrent vers une voie d’intériorisation lui ‘‘tombèrent
dessus’’. C’est passivement qu’elle a subi la relation des relations ainsi
que l’altération des facultés intimes consécutive à la rencontre. Et si la
subjectivité joue un rôle, c’est au niveau de tout ce que la raison pourra
échafauder comme explications provisoires pour comprendre ce
bouleversement qui a lieu. Le reste, ce qui est subi, est de l’ordre du
fait.
Cet événement constitue le fait nouveau qui n’est plus dans les objets
mais dans la Parole ou Pensée venue en soi, qu’il restera certes à
énoncer.
Chez ceux qui ont connu ce ravissement et ont cette certitude qu’ils ont
été aimés d’amour, demeure paradoxalement un doute dès le début, alors
même que le souvenir du ravissement est très présent et très certain.
Aussi est-il important de comprendre où il se situe pour éviter tout
malentendu.
Il ne s’agit pas des doutes et des tourments qui assailliront l’âme
lorsque plus tard - des années - elle entrera dans l’ultime phase critique
de la « purification de l’esprit » (dont parle par exemple St Jean de la
Croix) et dans laquelle elle aura l’impression de sombrer dans une grave
dépression.
Remarque : Cela ressemblera à une grave dépression mais avec des
différences importantes. Notamment, la légalité intérieure dont nous avons
parlé (qui est le Verbe incarné agissant) œuvrera à la purification des
facultés et des sens et de l’esprit pour une autre relation à autrui et au
monde, pour une autre spiritualité. Le bouleversement des rapports qu’elle
opèrera et la clairvoyance qu’elle donnera provoqueront certes des
souffrances, des effondrements et un anéantissement vécu vraiment comme
une mort, une perte de tout, mais il ne pourra y avoir destruction car en
cette descente-là, et alors même que la personne ne pourra le comprendre,
là où elle en sera alors, c’est le Vivant qui œuvrera.
Le critère sera que durant les rares moments de répit, elle pourra
constater les fruits de cette œuvre cachée en elle. Elle entreverra
qu’Amour est vraiment en train de la bonifier et qu’elle est lentement,
profondément transformée en Lui. Mais lorsqu’elle replongera, tout cela
sera oublié et la terrible épreuve du passage ensevelira tout dans des
tourments et une ténèbre très profonde.
Mais replaçons-nous au tout début du parcours qui mène de l’union d’un
moment à une union plus constante. Tout l’être s’active afin de retrouver
Amour, afin de comprendre ce qui lui arrive. Il y a certitude et comme une
ébullition intérieure. Pourtant il y a doute. De quel genre est-il ?
Nous vivons une époque où l’esprit critique et la pensée scientifique
encadrent et canalisent le culturel au point de lui interdire toute
impossible, tout impensable. « Déconstruire, déstructurer, disséquer, oui
! Mais l’impensable, vous n’y pensez pas sérieusement ? »
Parce qu’il est devenu normal, presque réflexe de poser là devant les
choses de la vie afin de créer les conditions de la vérification, de
l’expérimentation, de la maîtrise, de l’analyse avec objectivité, tout
phénomène intime, que l’on dit forcément et à tort ‘‘trop subjectif’’,
tout ce qui est de l’ordre de l’intériorité est de fait non pris en compte
ou suspecté, c’est à dire dans tous les cas soumis à la critique.
Ceux qui aujourd’hui connaissent ou ont connu ce toucher d’amour sont
victimes eux aussi de cette tendance du regard et de l’écoute. Aussi s’ils
ne doutent pas de l’événement, s’ils ne doutent pas d’Amour qui les
affecte malgré eux, ils doutent d’eux-mêmes et plus particulièrement de
leur équilibre mental. Ils ne peuvent s’empêcher de suspecter ce phénomène
par trop intérieur, étranger à la normalité, au champ du scientifiquement
vérifiable et ''objectivable''. « Ce qui m’arrive n’est pas possible. J’ai
un sérieux problème psychologique. »
En effet l’Amour qui est à l’œuvre dans l’intime pour engendrer la vie
sera suspecté longtemps par la raison de celui-là même qui en aura connu
les assauts, non pas comme étant la création d’une imagination trop avide
de Dieu, qui prendrait son désir projeté pour la réalité, car cette âme
continuera de sentir les effets de cet amour, saura tout le chemin
parcouru par une sorte de nécessité amoureuse, constatera les fruits de
l’Esprit à son insu en cette voie, mais comme les possibles effets d’une
maladie mentale, car seule une perte de lucidité grave peut expliquer
cette certitude qui l'habite si celle-ci ne vient pas de Dieu.
Nous avons vu qu’ il y a d’une certaine manière certitude du cœur. Certes
il y a eu et il y aura tel un éclair un peu de lumière en Présence, mais
l’être ploiera quand même sous la pesanteur du quotidien. Seul face à tout
ce qui ne cesse de le rappeler ou de le forcer à l’ordre du monde et à sa
norme, il doutera bien des fois. La raison doutera de la certitude du
cœur.
Et si les choses étaient aussi simples ? Mais non ! Le cœur à son tour
vient troubler la raison qui doit bien convenir que l’attachement à
Lui-qui-est-venu est plus fort que tout, plus fort que la décomposition
qui s’opère, aussi fort que la mort qui s’annonce, car cet amour est
toujours là et il résiste et il se renforce et il ne cesse de gémir et
d’appeler l’autre : « Où es-tu ? »
« Il s’est passé quelque chose qui a tout bouleversé en moi. Je ne suis
plus le même en mon intimité. Une autre pensée veille sur ma pensée, une
autre Parole me soutient malgré mon incompréhension. Je suis lié à lui
désormais, je ne peux que le constater. La chair de ma chair lui
appartient, mon esprit est obnubilé par ce qu’il a contemplé. La Parole
fut contemplée et goûtée. C’était, c’était… Dieu.
Mais si je dis cela je vous égare. Dieu dont jamais on ne m’avait parlé,
que je croyais connaître, mais que je ne connaissais pas. Un
je-ne-sais-quoi-dieu qui est venu en moi, un appel amoureux vers lequel je
suis sorti, une parole que j’ai contemplée sans mots et qui m’enseignait
le Véritable, que je connaissais déjà quelque part mais que j’ignorais
connaître et qui m’échappe, mais qui Est j’en suis sûr ».
Je ne sais pas si tout ce que j’ai dit jusque là est bien compréhensible, mais je ne vois pas d’autres façons de dire cette séparation dans l’être.
Exode
Tout déséquilibre tend à être compensé. Aussi le déséquilibre né de la
rencontre, pousse et oblige notre nature à chercher un équilibre nouveau.
Le retrouver dans l’expérience afin d’obtenir une confirmation.
Vérification.
L’absence et le manque poussent et obligent notre nature à combler le vide
ressenti et cela dès la disparition des effets du toucher malgré une joie
nouvelle.
En ce commencement, l’âme ne sait pas encore rester écartelée, en
déséquilibre sans appuis, vide de toute présence sentie comme
envahissante. Il y a souffrance car elle ne perçoit pas encore que tout
est là désormais comme don gratuit qui offre sans cesse du nouveau, et
elle interprète encore les déséquilibres et les manques soit comme les
signes d’une absence, soit comme signes d’un impossible. Si elle comprend
qu’ils sont la conséquence de cette rencontre, elle ne comprend pas encore
qu’ils sont la condition radicale de l’union immédiate. Car Il est là,
présent. Mais elle ne sait pas, elle ne peut pas encore le contempler hors
manifestations fortes d’un toucher d’amour. Elle est encore trop
grossière, trop pesante. Trop d’impuretés, trop de mensonges en elle. Elle
ressent seulement la nécessaire mise en mouvement et quête vers ce
Dieu-Amour, plus obligée que recherchée.
Ainsi s’impose tout naturellement et humainement la nécessité d’un
commencement d’exode, d’un questionnement et d’une remise à plat. C’est le
début d’une phase active où la personne agit et cherche à assimiler, à
s’adapter à cette situation nouvelle aussi bien extérieurement
qu’intérieurement et sonde les êtres et tout ce qui pourrait lui rappeler
de près ou de loin ce contact qu’elle vit comme perdu, afin de rejouer, de
remettre en situation cet événement impossible et ainsi peut-être de
trouver quelqu’un qui lui dise : « Moi aussi j’ai vécu cela. » Solitude.
Remarque : Cette nécessité à ce stade, d’une mise en mouvement, ne veut
pas dire que l’âme n’était pas en quête auparavant soit de Dieu, soit de
vérité ou bien de justice ( ou de tout cela à la fois et peut-être
confusément) et sûrement était-elle en recherche et en souffrance depuis
longtemps pour que le dieu véritable la visite ainsi à l’improviste. Mais
cette quête depuis ce contact pénétrant a pris une tournure tout autre. Un
lien étroit est comme tissé d’être à être, et c’est toute la personne,
tout son désir, toutes ses ressources qui sont aimantées et orientées en
Lui. Une rencontre a suffi pour que l’esprit n’entende plus tout à fait
les choses comme avant, pour que le cœur soit tout à l’Amour qui l’a
touché, et ce fut si fort qu’il se désespère maintenant de l’amour absent.
Cette phase est comme les autres paradoxale, car si une certaine
ignorance est la cause de cette activité qui par bien des aspects fera
obstacle au don gratuit qui se donne en toute simplicité, cette mise en
mouvement, cette quête avide où l’inquiétude tient une bonne place, sont
le signe qu’il y a vraiment eu rencontre personnelle, puis manque d’un
Amour qui se donne mais dont on ne peut s’emparer. Désormais il ne s’agit
plus pour cette âme de progresser vers un Dieu dont elle a entendu parler,
mais d’œuvrer en proie à l’impatience inquiète afin, espère-t-elle, de
connaître une autre rencontre personnelle.
Ainsi néglige-t-elle la révélation qui a été faite en son fond intime,
l’Esprit du Fils qui la fait participante de la vie de Dieu, car elle est
en quête plus des effets que de la cause divine en son intimité.
Gémissements ineffables
Une autre façon de dire
Présences
Une autre façon de dire la Trinité
En ce contact, une Pensée l’inonda. Un Dire l’éclaira.
A la Présence intime coïncide une Pensée sans paroles, une Parole sans pensées avant toute pensée et toute parole, avant tout commencement, au principe. Elle est reçue en un éclair. Présence et Parole intimes simultanément.
La Parole introduit dans le lieu que toutes les pensées ont cherché et
cherchent à saisir depuis toujours. C’est le lieu du mystère vers lequel
est tendu le désir, l’appel de tout fils d’homme. C’est le lieu autour
duquel tourne et s’en retourne toute parole qui cherche à nommer le
Véritable pressenti, sans jamais pouvoir le dire en vérité car il échappe
au pouvoir de saisir et de nommer.
Or, en cette Pensée qui m’inonde et m’éclaire, ce lieu se dévoile.
Retourné, il prend pour moi le nom de Révélation du Réel. Présence
inaccessible à nos savoirs et représentations.
« Le réel appartient au Christ ! ».
« La lumière a traversé jusqu’à moi et j’ai contemplé le voilé ici
dévoilé.».
Le sentiment qui demeure est que la lumière est venue à nous et avec elle
la véritable Relation. Dans le secret celle-ci nous ouvre au « Oui du
Christ ».
Dès lors un « oui » monte dans la ténèbre à travers séparations et
distinctions.
Ouverture infinie et pourtant mise à part absolue, séparation. Paradoxe.
Présence immédiate et séparation.
L’affectivité et l’esprit sont en présence de Vérité et d’Amour
immédiatement. (La Présence, ce fait nouveau, est pour le corps et
l’esprit d’abord. Elle fera signe pour la raison ensuite. L’événement est
dans cette Parole venue en soi qu’il restera à énoncer pour le Corps. Un
chair à chair, un corps à corps pour tout le Corps.).
Cette opération divine œuvre d’abord dans une séparation absolue pour une
relation unique par contact réel à Dieu-Personne-Amour, pour un avènement
(le retour de Christ ressuscité).
Cette Présence « sans intermédiaires » est un l’un dans l’autre,
expérimenté sans savoir, sans emprise, sans représentations, sans
distance, sans participation des facultés telles que la raison, la
mémoire, l’imagination.
Paradoxe :
1er lieu : La Parole intérieure œuvre au niveau intime du sanctuaire et se
reçoit en Présence dans une mise à part absolue. Révélation.
L’âme ne peut plus ignorer le dieu véritable. Elle le connaît par contact,
par présence et pourtant elle ne sait rien, ni pourquoi, ni comment, ni
d’où, mais elle se meut. Elle est déplacée. Exode intime.
2ème lieu : Mais un autre lieu s’ouvre. Le Souffle de la Parole. Souffle,
mais aussi feu. « Je n’ai d’autre lieu que ce Souffle pour le Corps. »
Exode social.
Ouverture et re-présence.
Le Souffle de la Parole, une ébullition et un jaillissement qui pousse à
trouver où s’écouler (Niveau relation du sanctuaire), où s’annoncer
(Niveau collectif). La Parole déborde pour devenir fontaine d’eau
jaillissant en vie éternelle.
Le Souffle. Il y a nécessité de déploiement, de mise en circulation au Nom
de mon Père, au Nom de Celui-là.
En d’autres termes, La Parole intime donne à l’âme l’Esprit de la Parole
de Jésus. Il deviendra mon souffle pour le feu.
Parole intérieure et paroles de Jésus sont indissociables en vue de
l’autre.
Mais le monde ne La reçoit pas. Elle est d’un autre ordre, d’un ailleurs. Pourtant toute parole cherche cette lumière. Or la Lumière vient gracieusement. Vouloir saisir, essayer de dire, c’est aussitôt voiler la Parole en nous avant tout langage. En vérité, cette Lumière est impossible à partager si au même moment elle ne s’écoule et n’éclaire celui qui écoute. Et elle est toujours éclair. « Si l’on vous dit, Il est ici ou là, ne le croyez pas, car comme l’éclair sera la présence du Fils de l’homme ! »
Disons-le autrement.
La révélation du réel rompt avec l’imaginaire et le symbolique pour les relier autrement.
Désormais l’imaginaire, enflammé de ce qui le relie au Réel en ce lieu
intime du sanctuaire où réside la flamme, ouvre un espace à la parole pour
l’autre, pour un ‘‘là-au-milieu-de-nous’’ qui servira de lieu à la
Présence autrement, à la relation autrement en vue de l’autre, à la
déclination du nom de notre Père.
Passage d’un lieu à un autre espace. Nous ne sommes plus ici au même
niveau de la Présence. La Présence n’est plus intime mais entre nous. Il y
a présence autrement. La Présence n’est plus un l’un dans l’autre, mais se
fait chair-visage. La Parole s’écoule et s’entend entre nous. Un l’un pour
l’autre. L’Esprit de la Parole de Jésus s’écoule au milieu de nous et
unifie les cœurs.
Car même si la Parole reçue immédiatement dans l’intimité d’une chambre
intérieure est d’une certaine manière voilée lorsqu’elle est criée sur les
toits en terrasse ou re-dite en assemblée (petite ou grande), cela donne
quand même à voir et à entendre du feu et de l’eau jaillissante (par
exemple) en tant que cela découvre la Présence d’amour et expose celui qui
parle. (Réf : les 3 sanctuaires). « Il vous baptisera d’eau et de feu ! ».
1 corinthiens 3 :16-17
Hébreux 10 :19-22
Remarque : A l’instant même de la rencontre, dans certains cas, une
lumière a été vue. Cette lumière, qui d’ordinaire signifie sur le plan
symbolique ou bien figure dans les projections imaginaires comme par
exemple quand est imaginé dans certains récits la « lumière du paradis »,
a été réellement vue, immédiatement, sans qu’aucunes facultés
imaginatives, sans que la mémoire ni autre volonté n’exercent quelque
emprise ou contrôle que ce soit. De symbolique elle est devenue réelle
pour moi. « En voyant la lumière, j’ai vu, connu. J’ai su et j’ai aimé. »
Autant dire qu’une telle expérience fait sauter instantanément toutes les
distinctions, les catégories, oppositions ou cloisonnements et jusqu’aux
évidences.
Remarque encore : Reste la question du sujet.
Dans la Parole « Je » s’infuse en « je ». « je » parlera en place de « Je
» en vue de l’autre mais ne pourra rien capter. Pourtant en ces
maintenant-là, en toute autorité, « je » sera réellement sujet de cette
parole.
Si je ne sais rien par moi-même de la Parole, je sais cependant qu’il
m’est donné de la recevoir. Alors en ces instants je sais que je sais.
Jubilation.
Un je ne sais quoi du Verbe demeure en moi et est moi dans un l’un dans
l’autre en ce temps, en cet instant même où « je » parle. Ici, un je ne
sais quoi de ma parole et de la sienne ne fait plus qu’un.
De l’écoute et du regard: Je vois et écoute autrui par Lui.
En d’autres termes, en présence, le regard et l’écoute ne se projètent
plus de la même façon qu’auparavant. Autrui est reçu et pénètre réellement
mon esprit et ma chair. Il est présent, ressenti. Réellement regardé,
entendu.
Parler et entendre en ce maintenant-là coïncident. Le monde est écouté
pareillement.
La tradition parle d’un « discernement des esprits » comme d’un don que
Dieu accorde à ceux qui ont part à sa Lumière. C’est un don de l’Esprit,
le Saint.
La Pensée de Dieu qui demeure en eux sous mode de ‘‘Présence d’absence’’
leur permet de reconnaître les esprits, c’est à dire de distinguer si la
pensée avec laquelle ils entrent en relation sort de chez Dieu ou ne sort
pas de chez Dieu, si la parole qui s’écoule entre nous est pour la mort ou
pour la vie. En ce lieu, la séparation n’est pas entre parole et parole,
mais dans la parole même, ni entre acte et acte, mais dans l’acte même, ni
entre ce qui est bon et bon, mais dans la bonté même. La séparation n’est
pas seulement entre l’un et l’autre, mais également en l’un même.
Le don de l’Esprit est grâce du Vivant en soi qui donne à dire et à
entendre, à lutter énergiquement pour la vie entre nous. Luc 13 :23 - 30
Le discernement des esprits est également une modification du rapport
entre réel et imaginaire.
« Je suis qui je suis ». « Mes enfants prophétiseront.»
Remarque encore.
En ce chapitre, de fil en aiguille, mais sûrement pas innocemment, alors que je cherchais pour certains un moyen de mieux donner à entendre et à croire, ma parole s’est, j’en suis bien conscient, sophistiquée. Voilà que je me suis retrouvé à jouer avec des mots et des concepts récupérés chez certains érudits ou philosophes pour les mettre à ma sauce. Quel toupet ! Certains pourront trouver cela quelque peu aventureux d’autant que je n’ai pas vraiment les moyens d’une telle spéculation. Mais après tout, pourquoi ne me risquerais-je pas un peu à ce petit jeu du moment que j’en discerne les limites ?
J’ose m’en amuser, mais je ne perds jamais de vue que le plus sage pour
moi est de rester simple.
En cette voie de contact que j’essaye de préciser, je sais que le mieux
est de rester sobre, car seul le « chair à chair » importe. Qui ne mange
pas la chair de Jésus et ne boit pas son sang dans l’intimité, peut avoir
tous les talents intellectuels ou dons de l’esprit, il ne sentira pas le
Père. Parce qu’il n’aura pas part au Corps du Christ en plénitude, il ne
recueillera pas l’Esprit du Fils dans sa chair.
En cette voie, il s’agit d’abord de manger la chair du Bien-Aimé, et
seulement ensuite de la penser pour mieux l’annoncer. Un chair à chair qui
fait toute la différence entre mystique et mystique par exemple, entre foi
et foi, contemplation et contemplation, etc.
Epître aux Colossiens 2 : 8-17, matthieu 11 :25-30 et Matthieu 7 : 21-22
Pourtant il me faut bien rejoindre un lieu où d’autres ont déjà tenté
quelque parole. Et c’est en pleine connaissance de mes limites que je fais
feu de tout bois car le bois (entendez les mots) me manque.
Je sais qu’il ne me sera pas possible d’éviter la ‘‘fiction’’ ni le
mensonge (le ‘‘ce n’est pas cela’’) mais il faut le croire, même en ces
chemins périlleux pour moi, je m’applique de tout mon esprit, de tout mon
coeur et de toute mon âme, à demeurer en Sa présence et dans l’attention à
Son commandement qui vit en moi. Hors de Lui mon Amour, je ne peux rien
faire qui dévoile le Vivant. Hors de sa Présence tout n’est que ténèbres,
illusions, mensonges et toujours ils menacent.
Je dis tout ceci et j’ai dit tout cela pour l’édification de mes sœurs et frères, pour qu’ils croient l’Esprit, le Saint à l’œuvre et pour qu’ils en appellent toujours à Sa Présence. « Je veux un simple mais suffisant chair à chair ! » disent les vrais amants.
Présence d’absence et séparations
« Que la joie demeure ! La joie d’une relation très intime, unique qui a
retourné ma vie. Une joie qui était avant moi, qui est éternelle, que tu
m’as donnée et que nul ne pourra m’enlever. Je le sais mon amour.»
Hélas ! Bientôt, dans le mouvement même du souvenir de ce baiser d’amour
qui monte et jaillit en chant d’allégresse, l’inquiétude se glisse en
l’âme ignorante, jusqu’à tout imprégner. Elle ne sait rien de Celui
qu’elle aime. Il est parti et quoi ? « Je l’aime à mourir. »
Bientôt un manque et une douleur intime que personne ne pourra consoler
pèseront en cette âme. Cette mystérieuse rencontre, puis la déchirure de
l’absence, finiront par l’obséder jusqu’à l’obnubilation.
Pourtant une joie demeure, parfois à peine perceptible, comme la certitude
qu’au-delà de ce qu’elle ressent déjà comme une séparation de corps, elle
est à lui éternellement.
Elle l’attend. Le temps passe. Des années peut être. Elle s’habitue. Le
souvenir se brouille. « Et si j’avais rêvé tout ça ? Pourtant la lumière !
Et puis ce manque de Lui, je ne l’invente pas ? Mon amour tu me manques !
»
A l’espoir de le revoir vite, succède au fur et à mesure que le temps
passe une certaine résignation. « Il faut te faire une raison mon garçon !
Tu es désormais bien seul.» Malgré la pesanteur qui l’accable, quelque
chose résiste pourtant. Quand le doute s’engouffre au plus profond, il
rencontre la trace de Lui. Une certitude, une joie à peine perceptible.
« Je sais que je suis connu de Lui. Je porte sa marque en ma chair. Je le sens, je le sais. Mon cœur le sait. Quand j’écoute Sa Parole, j’entends le chemin, je reconnais Sa Voix. J’aime sa Voix, j’aime Sa Parole, oui je l’aime. Elle est mienne.»
Après que l’éclair a paru, la Lumière demeure chez elle en l’intime de
l’âme. Pourtant le monde en l’âme ne peut encore clairement la recevoir.
Il sera tourmenté.
Aveugle et aveuglée, sourde et abasourdie, l’âme marchera à tâtons et
zigzaguera dans la ténèbre, seulement orientée par cette Pensée infusée à
son insu et tendue vers Son Amour insaisissable.
Juste un je-ne-sais-quoi-autre comme une trace, une bonne odeur de son
Amour, des repères intimes, que Dieu lui a laissé en son fond intime et
un-je-ne-sais-quoi d’absent qui est attendu.
Nous retrouvons ici les deux pôles de l’espace divin, une intimité et un
ailleurs d’exister, une venue ou présence en soi et une sortie de soi.
Disons-le autrement
Le toucher d’union est relation réelle de chair à chair et d’esprit à esprit (venue en soi et sortie de soi ) qui Le révèle et infuse une connaissance immédiate. Il est connu, mais la relation échappe. « Où es-tu mon ami ? ». Cette connaissance offerte gratuitement dans la lumière tourne à la quête dans la nuit.
Mais cette relation originelle instaure aussi un nouveau vouloir au moment même où elle échappe. Ne demeure donc qu’un vouloir marqué par cette première relation échappée. Mé-prise, mais simultanément inflammation d’amour, passion. Manque et attente en vain qui vont faire douloureusement sentir la nécessité d’une relation à retrouver. Orientation du vouloir tendu-vers Amour disparu.
Remarque : Le « Volo ».
« Je veux », « Je l’aime », apparaissent ici. C’est le début de l’exode.
Lui et rien d’autre.
Un vouloir né du Vouloir d’un Autre, un amour enflammé de l’amour d’un
Autre. Un vouloir non autonome, car encore dépendant de la jouissance de
Lui. Un « je veux » suspendu au bon vouloir du Bien-Aimé tant attendu,
tendu pour un retour.
Elle ne sait rien mais elle ne veut rien d’autre que Lui. Elle ne veut que
le Bien-Aimé qu’elle a goûté. Il est beau, pur, saint.
Elle sait n’être rien de tout ça. Mais elle ne sait pas encore qu’elle est
loin d’avoir contemplé le pire sur la réalité de sa personne.
Disons-le autrement.
Au commencement, elle pense que le seul rapport vivant et réel au dieu véritable est cette sorte d’amour qu’elle a connu lors de la première rencontre, un amour bouleversant, ce Souffle violent à la surface de sa chair liquéfiée qui pénétra ses ténèbres.
Par la suite, souvent longtemps après, elle connaîtra d’autres touches
différentes, d’autres transports, comme un coup de pouce quand sa chair
sera trop lourde et son esprit empêtré dans les brumes et quand le cœur
sera près de succomber au chagrin, trop désespéré de se croire mauvais,
indigne, perdu, seul.
Amour viendra et il enflammera l’âme à nouveau. Ainsi elle recevra du
réconfort et la force de poursuivre sa marche. Mais cela ne durera pas. Ce
feu allumé, brûlera et continuera de brûler le monde en elle à son insu et
il continuera d’illuminer toujours plus son mensonge, sa violence,
l’homicide qui la fonde et toutes ses bassesses. Elle contemplera le
Véritable, mais elle ne comprendra pas encore l’Amour à l’œuvre.
Elle ne comprendra que l’évidence, c’est à dire son mal en elle, sans
prendre vraiment conscience qu’une inflammation d’amour plus fidèle, peu à
peu plus constante, l’unit déjà à son Amour. C’est cette seule
inflammation d’amour qui accomplira tout le travail de transfiguration
pour une création nouvelle. Œuvre non pas d’une volonté d’homme, ni d’une
volonté de la chair, mais de Dieu-Amour seulement, pour une chair
transfigurée. Un survouloir.
La personne dès le début du chemin d’union c’est à dire sitôt après le toucher d’union, n’est plus en relation au monde par le moyen de ses sens et des organes que sont la peau et le cerveau, organes de contact et d’échange avec l’extérieur, et qui sont comme en périphérie de l’âme, mais est en contact depuis le cœur de l’âme qui vit de l’appel de Dieu et de Sa Vie. Le rapport aux choses est modifié. Le désir est réorienté.
Ce ‘‘moi’’ qui me sépare de l’autre.
Ce chemin d’intériorisation dont nous parlons n’est pas du tout
cheminement subjectif, car la pensée n’est pas seule avec elle-même. Elle
chemine par cette Pensée même en dépôt qui précède toute pensée. Or cette
Pensée est Lumière pour le monde, pour la relation entre nous. Aussi ce
chemin d’intériorisation est chemin d’extrême attention aux réalités.
Oui, par sa « présence d’absence », le Verbe, la Lumière qui s’offre au
monde en nous, libèrera d’une certaine manière d’être de l’imaginaire,
c’est à dire du mal entendre et du mal voir.
Cela se traduira dans le temps par le fait que tout ce qui fait mon monde
et me sépare de l’autre, sera passé au crible, au feu. Baptême de Feu.
Liens et refuges en cendre, car ici ce qui me lie à l’autre est justement
ce qui me sépare de lui.
Le feu fond et délie la relation fausse pour la relier autrement.
Mon rapport au monde sera retourné, mensonge débusqué après mensonge
reconnu, illusion dépassée après illusion traversée.
Autre séparation.
« Si ton œil te fait trébucher, arrache-le. » Une épée nous a été remise
qui tranche pour nous. Un impératif amoureux.
Et cette séparation passe partout, en tout acte, en tout sentiment, en
toute pensée. Elle est rupture avec l’ancienne manière de voir et
d’entendre. L’âme discernera tout ce qui est de Lui et tout ce qui n’est
pas de Lui.
Par exemple elle verra qu’il y a des bontés qui propagent le mensonge et
la mort comme la peste. Elle discernera des violences qui sauvent. Elle
comprendra que tout dépend de l’Ordre d’où sortent l’acte, le sentiment,
la parole, la pensée. Ordre du monde ou Ordre du Verbe. Ainsi par exemple,
l’acte aussi bon, généreux ou saint qu’il apparaisse, en lui-même ne
prouve rien, car tout dépend du lieu d’où il est sorti. Attention à l’ange
de lumière ! Mathieu 7 : 21-23
Matthieu 6 : 22-23
Les obstacles et les ennemis de la Voie demeureront nombreux et ils
feront mal, car tout ordre du monde germant et croissant en soi (telle
l’ivraie) qui ne sera pas de cet Ordre-là, séparera de l’Amour. Divisera
l’amour entre l’Epouse et l’Epoux.
Nous l’avons dit, malgré les égarements, les fautes, les erreurs, ce dépôt
qu’Il laisse en se retirant est comme un discernement immédiat avant toute
parole, toute pensée projetée, toute argumentation réfléchie. L’âme sait
quand c’est du Seigneur et quand cela n’est pas du Seigneur. Même si elle
ne sait pas dire pourquoi, même si elle semble dans le brouillard, même
s’il lui arrive de s’égarer, au fond elle sait. Mais elle mettra longtemps
à oser y croire et à faire confiance à ce don reçu. Aussi tout croîtra
ensemble. Contemplation et doute, lumière et obscurité, connaissance et
ignorance.
Autrement dit, en présence d’absence elle discernera le Véritable et
d’une certaine manière il y aura séparation, mais pourtant rien ne pourra
être encore arraché (par Dieu) vraiment, à cause de l’inertie des
habitudes ( manière de fuite ou de refoulement) et du doute à l’œuvre à
son insu. Le doute dont il est question ici est certes le doute sur son
état mental dont nous avons parlé plus haut, mais il deviendra au fur et à
mesure que la relation se fidélisera et que des lumières seront données
sur la réalité de la Présence et sur la réalité de sa condition, un doute
sur soi. Le poids de la culpabilité. « Je ne suis pas digne ».
Tout cela est l’ivraie semée la nuit : le manque de foi en l’amour
gratuit, l’incapacité de regarder sa condition de pécheur sans
culpabiliser et sans culpabiliser autrui ou condamner, le poids de l’ordre
du monde, l’œuvre du mensonge. Matthieu :13 :24-30
Dieu est Amour, et s’il nous offre la lumière, c’est afin que nous nous
en nourrissions. Ce n’est pas pour nous condamner, mais pour nous sauver
de ce qui nous tue, de « ce qui fut un homicide dès le commencement ».
La lumière nous révèle ce qui est et ce qui est nous fait mal ou peur.
Aussi nous la fuyons. Ainsi nous sommes nos propres accusateurs, ainsi
nous nous jugeons nous-mêmes et ce jugement nous fige dans des œuvres
trompeuses.
Lui nous donne à voir ce qui est, pour notre salut, mais par lâcheté nous
préférons être esclaves du mensonge qui nous égare, des ténèbres qui nous
enlisent dans une vie qui n’est pas la vie du Vivant parce que le Menteur
est moins douloureux à l’âme que la Présence de Dieu, mais il la tue.
Ainsi la séparation n’est pas seulement entre la vie et la mort mais entre
la vie et la vie, la mort et la mort. Jean 8 :34-47
Apocalypse 21 :8
L’âme aimée connaîtra donc l’écartèlement entre ce qui constitue la vie de chaque jour, pesante et absorbante, avec ses innombrables nécessités, ses illusions et ses mensonges et une autre Présence, légère comme un souffle, une vie de la vie, un ailleurs d’exister qui se nourrit d’une autre chair, Sa Chair. C’est le commencement de la déchirure. Une autre séparation.
Plus tard elle connaîtra la sécheresse, le désespoir, la chute, mais elle ne sera pas détruite grâce à ce petit quelque chose, ce je-ne-sais-quoi, cette joie-force en dépôt, ce don d’amour, ce Verbe gravé en son ventre, en lesquels elle s’abandonnera totalement lorsque plus tard encore, elle se trouvera acculée jusqu’à l’extrême, la dislocation et l’anéantissement du monde en elle. En ce lieu conduite, elle ne sentira plus rien. L’absence sera totale. Seulement le souvenir de ce don d’amour.
Ce don d’amour est une marque, non pas envahissant tout l’être comme lors
de la première rencontre, mais imprégnant le fond du cœur, de la mémoire,
du vouloir et de la raison, de la présence de Dieu absent.
Esprit de Jésus qui suractive le souvenir de Lui, l’intelligence de sa
Parole et lui donne un corps et une odeur. Tendresse et consolation au
cœur même de l’absence. Cette ‘‘présence d’absence’’, dont nous venons de
dire quelque chose, à peine, infuse toute opération des facultés ou pour
le dire autrement, est comme un filtre. Contemplation infuse.
Ma Nuit Dernière
Ni la Nuit de Nicodème
Heure du lâche rendez-vous
Comme une vie se risque
Ni la Nuit de la Transfiguration
Heure de l’exode incliné
Par le visage en l’autre
Toutes deux sont accomplies
En Présence chaque jour
Mais Nuit de l’Agonie
Celle toujours devant
Qui offre au fond de l’abîme
Le tréfonds notre enfer
Son doux chant murmuré je perçois
En l’En-Bas qui m’y plonge
Et m’écartèle l’Amour Absent
Il n’est plus parmi nous humain
Et nul ne l’entend plus ni ne voit
Le désespoir qui dessèche même La Source
Abba ! Abba !
La claire voie du passage
Lama sabactani !
Désespérance notre grâce
Plus d’abri des cavernes
Où enfouir le repos
Comprenez la Nuit du Divin mort
Tout fut donné par un
Perdu de vouloir prendre
Mais il reste ses traces
Et j’en sais la présence
O frères je vous le dis
Je vais y renoncer mon âme
Du tout au rien
Ne puis faire autrement
Car j’aime Son Absence
Qui me fait passage
Présences d’absence et absence
(le cœur de la « nuit passive de l’esprit »)
Rappelons que l’âme en ce « chemin d’union mystique » a expérimenté et expérimentera (contemplera est le terme exact ) deux sortes de présence :
- La première sorte de présence est plutôt un contact-union de personne à
personne, plus ou moins intense, avec plus ou moins d’envahissement.
Nous avons évoqué un bouleversement radical, une sortie de soi
expérimentée par l’esprit et une venue en soi d’un Dieu-amour-Personne
perçu par le corps et qui révèle le fond intime de l’âme.
Il s’agit là des prémices, de la promesse d’une union plus accomplie.
- La deuxième espèce de présence est en général consécutive à la première
rencontre. Elle retentira jusqu’au dernier souffle de la personne ainsi
tombée en amour. Nous l’avons appelée selon la tradition « Présences
d’absence ». (Merci Hadewijch).
Elle commence par une perte. C’est ce qui reste une fois le toucher
d’union disparu. C’est une présence cachée dans le fond intime de l’âme
dont elle a, au commencement, si peu conscience qu’elle est persuadée de
l’absence de son Amour dont elle cherche seulement à jouir.
Cette « présence d’absence » évoluera dans le temps au fur et à mesure que
les amants se risqueront à la séparation pour se re-trouver.
Chronologie :
C’est d’abord une forte impression laissée par la rencontre d’union. Puis
retentissement. Apparaissent, coïncident et augmentent amour passion et
manque de Lui. C’est le temps où l’âme attend, mais généralement le
Bien-Aimé ne se manifeste pas.
Comme elle ne sait pas encore profiter du don gratuit, c’est à dire de la
contemplation infuse gracieusement offerte et que son ancienne manière de
foi n’est plus, l’âme reste en attente d’une autre touche. Comme celle-ci
ne vient pas, elle se retrouve suspendue dans le vide, dans l’angoisse
d’avoir tout perdu. Mais elle l’aime. Et cet amour est un vouloir
puissant.
Ensuite vient le temps très paradoxal où la présence devient agissante à son insu, travail de l’Esprit Saint suractivant le désir de Lui (Jésus ressuscité) au point qu’elle ressent en sa poitrine et en son ventre comme une blessure lancinante, comme un feu qui la consume, à tel point que s’impose la nécessité de réagir et d’essayer de se conformer à Amour. Il y a manque, un fort sentiment d’absence malgré la présence dans le fond intime d’une Légalité, d’une Pensée qui est de Dieu. L’âme par une sorte d’intuition ( peut-être grâce à cette présence encore mal perçue, parfois goûtée par touches plus ou moins fortes), le plus souvent dans l’obscurité, dans le flou et alors même qu’elle traverse une sorte de crise, où joie et doute se côtoient, ne se sent pas complètement abandonnée. Enfin pas encore. Ce sera pour plus tard.
Encore dans l’espérance, mais aussi dans l’ignorance d’elle-même (pas pour
longtemps), présomptueuse donc, elle sait qu’elle doit le retrouver.
Elle demeure en joie dans son fond intime alors que dans le même temps,
elle est dans les tourments de ne pouvoir jouir de Lui et du fait de
l’absence, dans le doute sur son état mental.
Elle cherche une façon de Le dire, un espace où Le dire, quelqu’un à qui
Le dire.
Mais dire quoi ?
Peu à peu cette Présence d’absence fera sentir toute la distance entre
l’être de Dieu et sa pauvre manière d’être qu’elle vivra alors comme
misérable. L’âme est nourrie et commence d’être humiliée à son insu. Ce
qui lui est très utile pour grandir en « esprit et en vérité. »
Ainsi l’âme de présence d’absence en présence d’absence, de lumière en
lumière, d’obscurité en obscurité, sera acheminée vers le temps et le lieu
(nous l’avons évoqué plus haut) d’une absence vécue comme véritable, très
cruelle.
C’est le temps de l’absence totale.
Remarque : Dès le début de la « présence d’absence » il peut être admis que le cheminement est bien avancé, du seul fait qu’il y a eu toucher d’union puis présence agissante dans le fond intime. Mais ici, quand commence l’absence totale, s’ouvre la voie spirituelle, contemplative véritable (contemplation infuse et non pas acquise).
Parfois celle-ci (l’absence totale) peut survenir assez rapidement en
cette voie de contemplation spirituelle, notamment parce que certaines
personnes aujourd’hui, qui sont ainsi touchées, n’ont pas de culture
religieuse ou bien ne sont pas du tout préparées spirituellement à vivre
cette forte relation à Dieu ainsi que ces ruptures.
Les différentes manifestations de « présence d’absence » que la personne
vivra effectivement se heurteront à une grande ignorance et au doute que
nous avons expliqué plus haut, la suspicion d’être mentalement malade par
exemple. L’écartèlement sera terrible. Les séparations d’avec ce qui était
‘‘mon’’ monde feront souffrir. La séparation de soi à soi, celle qui passe
en soi, sera ignorée ou incomprise, parfois assez longtemps. La séparation
d’avec le Bien-Aimé sera vécue comme réelle et rapidement comme
irrémédiable et cela même si la puissance de l’Esprit, le Saint, soutient
et donne des lumières et met pratiquement la Parole dans la bouche.
Le doute et l’ignorance mettront la raison à rude épreuve et le cœur
violemment enflammé d’amour pour ce Dieu qui est venu le ravir, se tordra
comme sur le grill et se disloquera sous l’effet d’un manque douloureux et
sans personne pour le réconforter. ( Hélas ! La tradition mystique, qui
pourrait être une aide, est aujourd’hui oubliée du grand nombre et ses
écrits et témoignages ignorés.)
Des erreurs et des fautes seront faites par ignorance ou par désespoir,
ou simplement pour alléger une solitude terrible, ce qui amplifiera en
retour la culpabilité, le sentiment d’indignité et donc la distance entre
les amants.
Si vous ajoutez à cela le travail de la lumière divine qui parfois donne à
voir les choses comme elles sont, parfois aveugle, c’est l’horreur !
Je ne sais encore comment il se peut que ces personnes-là traversent
l’épreuve et passent. Mais c’est sûr, à la faiblesse, la grâce vient en
aide et surabonde. De cela je témoigne. 2 corinthiens 12 : 8-10
Dans tous les cas ce qui sera vécu ici comme une absence totale, aura pour
effet de précipiter l’âme dans une mort, une descente dans la fosse.
En cette absence vécue comme totale, l’âme aura le sentiment de perdre
toute lumière, toute présence, tout Esprit et vivra l’insupportable
douleur de se sentir perdue, indigne, pourrissante. Arrivée à cet état, il
ne lui sera plus possible d’entendre cette parole : « Si le grain ne tombe
en terre et ne meurt, il ne porte pas du fruit. »
D’ailleurs, elle ne pourra plus rien entendre. Pour elle n’existera
désormais que cette réalité : « Dieu est mort. Il n’est plus là pour moi.
Comment vivre sans lui quand je l’aime tant ? Je me sens mourir. » Alors
vraiment elle mourra.
Lorsqu’elle aura le sentiment que son Amour n’est plus, son « chemin », sa
« vérité », sa « vie » s’écrouleront ou s’effaceront. Elle vivra vraiment
cela et rien, ni personne ne pourra la persuader du contraire. J’insiste,
il y aura des périodes où il n’y aura plus de Dieu et donc plus rien.
Vraiment elle mourra.
Reprenons mais autrement.
Le toucher d’union a provoqué une rupture entre une manière de foi
d’avant et une contemplation infuse immédiate (c’est à dire maintenant,
ici, sans intermédiaires, sans moyens). Mais cette rupture sera mise en
question, nous l’avons dit. Ce qui fut donné gratuitement sera perdu ou
mis en doute. Ce qui fut donné immédiatement lors du contact restera à
re-trouver, à re-parcourir. Exode sur les traces de Lui.
Cet exode est parcours de foi à foi. Une certaine foi antérieure qui était
faite de croyances, de convictions, de méditations et pour certains de
contemplation acquise commence de s’effondrer au moment même du contact
car un-je-ne-sais-quoi-Dieu-tout-autre a été contemplé.
Passage de foi ancienne à foi nouvelle. Contact d’abord immédiat. Perdu.
Puis à re-passer.
Les figures historiques de ces deux espèces de foi sont Jean le Baptiste
et Jésus de Nazareth. Au départ un précurseur Jean et d’une certaine
manière un adepte Jésus. Une même foi, une même conscience des signes des
temps, même appel à la repentance, même mise en question de la prêtrise du
temple, même intuition de l’œuvre de l’Esprit, même appel à l’intimité
avec Dieu. Pourtant lorsque Jésus est baptisé par Jean le Baptiste,
quelque chose se produit qui est autre chose. L’Esprit de Dieu descend sur
Jésus. « Celui-ci est mon Fils, le Bien-Aimé qui a toute ma faveur. »
Si auparavant Jésus avait conscience d’être Fils du Père (Luc 2 :48-50), à
ce moment précis s’opère une confirmation (annonce révélatrice pour
autrui) de la condition de Fils pour une autre manière de foi. Présence du
Père par venue en soi. Présence désormais offerte à tous. Don gratuit.
« Et il vit l’Esprit de Dieu descendre, comme une colombe, et venir sur
lui. Et voici une voix : « Celui-ci est mon Fils, le Bien-Aimé (notre
Bien-Aimé), qui a toute ma faveur (notre faveur) ».
Commencement d’un autre ministère, l’oeuvre de la Nouvelle Alliance.
Rupture avec Jean. Par exemple, divergences sur le sabbat. « Je suis
seigneur du sabbat .»
Cela se concrétisera rapidement, par exemple, par la séparation entre les
amis si proches de l’Epoux et l’Epoux, entre l’Epouse, c’est à dire les
appelés de Jésus dont certains viennent de chez Jean, et les disciples de
Jean restés attachés à son enseignement.
Après chaque acte, après chaque parole, Jésus et ses disciples quittent un
peu plus la foi ancienne. C’est l’exode. Il se poursuivra jusqu’au
passage, dans la perte de tout, pour une résurrection. « Eli lama
sabactani » suivit d’un « Je remets mon esprit entre tes mains ».
Ce chemin « étroit et escarpé » qui traverse de foi ancienne à foi
nouvelle, cette transfiguration de la lettre par l’esprit, cette rupture
du voile de la chair pour une Alliance nouvelle en place de l’Ancienne,
cela a été accompli par Jésus le premier-né d’une multitude. Mais reste
toujours à parcourir pour chacun d’entre nous, avec l’aide de l’Esprit, le
Saint ; dans la lutte sans condition, à mort.
« Je vous prépare une place et je reviens. Je vous montrerai le chemin et
vous ferez les œuvres que je fais. Et vous recevrez l’esprit de vérité que
le monde ne peut recevoir parce qu’il ne le voit ni ne le connaît. »
La vie historique de Jésus devient signe pour tous ses frères et sœurs qui
suivront. Sa vie spirituelle est prémices des cheminements spirituels des
âmes amoureuses de son âme. Ce qui a achoppé dans son contact avec
l’esprit qui est dans le monde est avertissement du combat spirituel
qu’auront à mener assurément tous ses sœurs et frères, qui auront à
surmonter les mêmes épreuves du fait du témoignage d’un Royaume, d’un
ailleurs d’exister, qui échappe à l’emprise de la chose immonde qui est
sur le monde. Jean 14 à 17
« Jésus-Christ se déclare pour l’âme quand il engage sa vie pour la
sienne dans le combat contre ses ennemis, qui sont aussi les siens. Il
chasse Satan et tous les esprits mauvais, là où il les rencontre
personnellement. Il arrache l’âme à leur tyrannie. Il découvre sans
ménagement la méchanceté humaine quand elle s’oppose à Lui de manière
aveugle, sournoise, endurcie. Par contre à tous ceux qui reconnaissent
leur culpabilité ( c’est à dire leur responsabilité, sans culpabilité
excessive, ce qui aurait un effet inverse : écrasement, refoulement ou
dénie), confessent leur péché avec repentir et implorent une délivrance,
Il tend la main, mais Il exige d’eux qu’ils le suivent sans condition, et
renoncent à tout ce qui s’oppose en eux à son Esprit. Ce faisant Il
suscite la rage de l’enfer et la haine de la méchanceté et de la faiblesse
humaines qui vont se déchaîner jusqu’à Lui préparer la mort sur la Croix.
C’est alors qu’Il acquitte, dans les suprêmes tortures du corps et de
l’âme, et plus encore dans la nuit de l’abandon du Père, les dettes
accumulées envers la justice divine par les péchés des hommes, et qu’il
ouvre des écluses de la miséricorde du Père sur tous ceux qui ont le
courage d’embrasser la Croix et le Crucifié. En eux se déversent sa vie et
sa lumière divine, mais celles-ci ne cessant d’anéantir tout ce qui leur
fait obstacle pourront paraître d’abord causer la mort. C’est la nuit
obscure de la contemplation, la mort crucifiée du ‘‘vieil homme’’. Plus la
sollicitation de l’amour divin se fait puissante, plus l’âme s’y abandonne
sans réserves, plus noire sera la nuit et douloureuses les affres de la
mort. L’écroulement progressif de la nature humaine fait une place
grandissante à la lumière surnaturelle et à la vie divine. Celle-ci va
s’emparer des forces naturelles, les spiritualiser, les diviniser. Ainsi
s’accomplit en quelque sorte une nouvelle incarnation du Christ dans le
chrétien, et une véritable résurrection à partir de la mort de la Croix.
L’homme nouveau porte en son corps les stigmates du Christ (ceci en dit
long sur les épreuves rencontrées et assumées), comme un rappel de la
misère du péché, de laquelle il est venu vers la vie divine, et du prix
qu’il a fallu payer pour son rachat.»
Edith Stein
Remarque : « Un disciple n’est pas plus grand que son maître, s’ils n’ont
pas écouté Sa Parole, ils n’écouteront pas la vôtre ! En vérité vous
pleurerez et vous vous lamenterez, mais votre chagrin se changera en
joie.» Qu’on est loin ici d’un christianisme tendance, réduit à la seule
solidarité ou à la recherche d’un mieux-être ou des accommodations
chrétiennes au siècle. Les chercheurs de sens doivent faire bien attention
à la manière dont ils entendent, car le combat ne se passe peut-être pas
dans le lieu où beaucoup de chrétiens le situent. Ce qui est en question,
c’est la vie et la lumière, au prix d’une longue et douloureuse traversée,
dans la lutte contre toutes les forces spirituelles, les oppressives, les
perverses, les homicides qui s’opposent au Vivant. « La coupe que je bois
vous la boirez ! » Nous avons une aide le ‘‘Paraclet’’, le Consolateur.
Combien de fois consolera-t-il ce désespéré qui contemple le Juste quand
tout l’accuse de folie ?
Aujourd’hui encore celui qui croit le Verbe est appelé à souffrir le même
chemin que Lui pour que demeure la Parole du Père, toujours. Pour certains
ce parcours commence au moment où est cru l’enseignement d’un Jean le
Baptiste. Ce qui est de l’ordre de la foi acquise et d’une connaissance
approximative deviendra dans l’épreuve et la lumière, présence infuse.
Pour d’autres cette voie débute par l’annonce dans le désert de cela qui
vient. Puis la Présence (immédiate) du Vivant pour un « oui » envers et
contre tout, par amour pour le Bien-Aimé et sa Parole de vérité.
Disons-le autrement. Ce cheminement dont nous parlons est un long passage
fait de passages, un déplacement marqué par des pertes.
Perte d’identité: « Je ne suis plus ce que je croyais être ».
Perte de repères: « Je ne suis plus là où je croyais être. »
Perte de foi : « Je ne crois plus en ce que je croyais. Je ne crois plus
en ce ‘‘Dieu’’ dont on m’avait parlé. »
Perte des faux liens: « Je n’ai plus de mère, plus de père, plus de
frères, plus de maison, plus de champ, etc. »
Perte du désir : « Je n’ai plus goût à rien ».
Perte du monde en soi: « Le monde en moi est dénoncé .»
Et enfin perte d’Amour: « Où es-tu ? »
Nous voici, de pertes en pertes, arrivés au cœur de cette terrible épreuve
de l’Absence totale. Que reste-t-il ? Rien.
Le « Je veux croire !»*, le « Je veux L’aimer ! » apparaissent ici. A ne
pas confondre avec le « je veux » ou « je l’aime » du commencement de
l’exode. C’est ici, non plus le « vouloir » de l’exode seulement
tendu-vers, mais le « vouloir de l’Agonie ». * Paroles de notre sœur
chérie Thérèse de l’Enfant-Jésus
Quand le « vouloir » de l’exode tout enflammé de la rencontre, quand les
motivations chargées d’illusions et déterminées par l’attente d’un retour
prometteur s’énonçait en un « Lui et rien d’autre », le vouloir croire
prend, lui, la tournure d’un « plus rien mais rien d’autre ». C’est ici le
vouloir autonome, malgré l’absence, l’angoisse et la mort qui menacent.
Ce ‘‘vouloir croire’’ est paradoxal. Un vouloir poussé à l’autonomie par
l’absence totale de l’Autre. Un « je veux croire » et aimer, même sans
retour, même sans signes, malgré le trou ou le « mur ». Même dans le
sans-plus-d’espoir, à cause de la Lumière qui fut entrevue et du contact
avec le Juste et le Véritable Amour.
Plus rien mais rien d’autre ! « La transfiguration du monde ne peut être
sans Toi. Je le sais. Je T’aimerai toujours. Je ne désire plus rien qui ne
soit éclairé par ton amour et si tu n’es pas, rien n’existe plus pour moi,
en réalité. Tout n’est que mort et mensonge. Je veux croire au Vivant. »
C’est le passage où naît le libre et véritable Amour gratuit et sans
retour. Egalité et fidélité entre amants séparés. Egalité dans le don
gratuit. Fidélité justement parce que l’autre est absent. Création du
Temple Nouveau entièrement consacré à Cela qui est absent mais qui est le
Vivant.
Paradoxe : C’est au cœur de ‘‘la nuit passive de l’esprit’’, alors même
que les motivations ont subi passivement une purification radicale que se
manifeste une volonté autonome.
Agonie :
« Eli lama sabactani » est un « Je veux croire » autonome malgré la perte
profonde de toute présence de Lui.
« Je remets mon esprit entre tes mains » est Abandon à la mort dans la
confiance de l’Amour autrefois goûté et contemplé. « Et cet amour
désormais en moi continue de crier et de gémir au cœur même du néant. Et
ce gémissement porte en germe le fruit du Vivant. » Entière remise dans
Ses mains. Entier abandon à Dieu qui recrée, car demeure désormais cette
connaissance intime que hors de Lui tout n’est que mort. « Pardonne-nous,
nous ne comprenons pas ce que nous faisons. »
Remarque : L’absence totale semble surgir de manière inattendue. C’est
oublier la longue période de travail dans le fond intime de la « présence
d’absence » à l’insu de la personne qui vit certes du « je veux », de la
pulsion d’origine et de la tension-vers, mais qui connaît des pertes
aussi. De pertes en pertes et de dépassements en dépassements (d’illusions
par exemple), elle s’achemine vers le plus rien.
L’ Ancien Temple est démoli. L’ancienne foi n’est plus.
Ce travail dans le secret masque longtemps toute l’ampleur d’une rupture
radicale dès l’origine, mais un jour brutalement elle se manifeste à la
lumière. Le « je veux croire » est la manifestation de ce travail accompli
dans le secret.
Nous sommes ici au coeur de la voie passive spirituelle. Il ne s’agit plus
d’accompagner, ni de « pousser à fond », encore moins de provoquer cette
démolition. Elle ne peut être qu’entièrement subie, dans l’anéantissement
et dans l’abandon. Or c’est dans cet anéantissement de tout, je le répète,
que naît le vouloir autonome. Et il tient. Sans plus rien il tient, car
l’amour véritable demeure toujours dans le temple nouveau qu’est le cœur
recréé.
1 corinthiens 13 : 8-13
N.B : Tableau récapitulatif des modalités de la Présence.
|
Evénement
|
Présence (d’absence)
|
|
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Pour l’intime | Pour autrui | |
| Unité | Union | Parole Immédiate | Relation |
| Contenu | Amour- Plaisir | Tension- jouissance | Gémissements ineffables |
| Fonction | Don gratuit | Révélation | Communication |
| Référence | L’instant | Le Véritable | Le Corps |
| Effet | Rupture | Exode intime | Exode social |
L’Esprit, le Saint manifesté dans la ténèbre
L’Esprit, le Saint est agissant dans l’âme alors même que la conscience
qui n’est pas maître du jeu n’a pu encore pleinement intégrer ce qui lui
est remis de neuf. Pourtant des fruits sont produits immédiatement tant
sur le plan de l’amour et du vouloir que sur le plan de la mémoire et de
l’intellect.
Il arrive par exemple que l’âme soit enflammée et brûle d’amour pour Dieu
et se répande en libation pour l’humain. Elle est tirée hors toute
culpabilité, toute mémoire douloureuse, tout ressentiment. Plus de peur,
plus de cette angoisse de fond qui est le propre de tout être vivant.
Essentielle à la survie, à l’adaptation, à l’attention aux dangers, elle
garantit la conservation de l’être au détriment des autres. A sa place, le
chant du Corps, la caresse du Souffle. Elle sait alors la joie de la
victoire sur la mort, dans la communion des saints et s’y abandonne. Une
immense tendresse l’envahit et s’écoule ; un pardon pour tout, pour tous.
L’Amour promis à tous.
Il arrive également que telle Parole soit grandement ravivée en la
mémoire et dans le même temps éclairée, si bien que la conscience pénètre
très profondément son sens profond, demeuré caché jusque-là.
Il arrive que le cœur et l’esprit soient ensemble enflammés par l’Esprit,
le Saint. C’est ainsi qu’elle contemple et goûte tout ce que cette Parole
porte de feu et d’eau, de colère et de charité pour le salut du monde.
L’âme est transportée à la fois par un souffle guerrier et par un souffle
plein de compassion. Cette puissance qui vient d’Amour, le Véritable,
incline l’esprit qui se trouve submergé de joie et introduit à de hautes
connaissances sans qu’il y ait eu le moindre effort de méditation.
Il arrive que l’Esprit, le Saint, se fasse consolateur. Alors de manière obscure, elle expérimente cette attente amoureuse où l’intuition intime d’une Présence d’absence l’aide à supporter l’attente. Quand ce Consolateur n’œuvrera plus, elle aura le sentiment de s’éteindre.
Nous ne devons pas penser qu’il s’agit là d’événements imaginaires, car la personne est si passivement transportée en ces moments qu’elle ne peut faire autre chose que de subir, puis de constater les altérations et mutations que ces touches intimes provoquent. Ce qui l’amènera effectivement à entreprendre par la suite un travail sur elle-même, sur son savoir et ses certitudes. Ce travail-là, pour comprendre, restera subjectif. Il ne pourra réduire la distance d’avec ce qui se donne en ces transports. Et ce qui se donne-là immédiatement, gratuitement, dans l’intimité d’une tendresse, produit du fruit, métamorphose l’être, et le reconduit à l’Amour véritable qui n’est semblable à aucun amour en ce monde, car il n’attend rien en retour. Il veut seulement chanter, caresser, oser pour autrui. Il est création gratuite et allégresse.
Mais toujours cela s’en va, car Il échappe à l’emprise. L’extrême douleur due à l’absence totale n’est pas non plus imaginaire.
Elle ne pourra pas s’approprier ce qui fut ainsi reçu au risque de tout perdre. Elle ne pourra pas faire autrement que de refléter avec justesse ce qu’elle a connu, pour donner en partage ce qu’elle sait être la bonne nouvelle d’une libération, d’une altération qui affranchit des affres de la mort. Vraiment il faut le croire, en présence, elle s’oublie et devient serviteur et consolateur de tous. En ces moments précieux et offerts, son moi est complètement oublié, agrégé à celui qui est Vivant. Et il s’agit bien de moments offerts, car ils ne sont pas le résultat d’efforts méthodiques, d’une ascèse du corps, d’une discipline de l’esprit, mais d’une gratuite survenance divine.
Lorsqu’il n’y a plus de manifestation ressentie certifiant la présence
d’Amour, l’âme redescend où elle était auparavant, dans l’obscurité ou
dans le trou, selon. Elle se lamente et souffre.
Sa vie, elle ne peut la recevoir que du dieu-amour désormais en son
intériorité, en son cœur intérieur et en son esprit intérieur. Qu’il lui
semble seulement qu’il lui a retiré cette grâce, le don du Vivant, et tout
est anéanti.
Amour donné en obscurité ne veut pas dire qu’il n’y a pas don fait à l’esprit en sagesse. La connaissance est donnée en cette gestation d’ « enfant de Dieu » en même temps que toute tendresse et toute caresse. Et si la personne ne sait pas dire ce qu’elle a contemplé en vérité, elle sait de façon sûre dans tout ce qu’elle rencontre ce qui est dans l’esprit du dieu-amour et ce qui n’est pas dans l’esprit du dieu-amour. Ce qui est ainsi donné est remis d’ailleurs, dans le fond intime de l’âme où nul esprit ne pénètre par lui-même sinon avec et en Amour, si bien que l’intelligence avide et le besoin naturel de comprendre ne peuvent s’en emparer. L’esprit qui a été illuminé, malgré les obstacles dressés par l’esprit du mensonge et que lui même ne cesse de dresser à cause de son besoin d’agir, son souci de maîtrise, ses préjugés, ses réflexes de pensée et ses habitudes comportementales demeure dans l’obscurité. S’il constate aisément certains effets produits en lui-même en chacun des rares contacts, il reste ignorant du comment et pourquoi et ne peut comprendre au-delà, car il est encore tout imprégné du bien et des vertus sociales qui ne sont en fait qu’un arrangement avec le mal.
Un bien au-delà échappe à l’âme, mais elle ne peut y renoncer car tout
son désir se porte désormais sur ce bien qui est ce dieu-amour qu’elle
aime plus que tout, plus que sa vie. Il lui faudra traverser tout le mal,
beaucoup de souffrances, la solitude, beaucoup d’infidélités et d’échecs
pour que soit accepté ce chemin d’obscurité. Lorsqu’elle aura épuisé tout
espoir de parvenir à se hisser par ses propres efforts jusqu’à ce Bien,
alors humiliée, abaissée , vaincue, elle abandonnera son souffle à la
fidélité et à l’amour de Dieu pour que s’opère une durable transformation
en profondeur et en vérité.
Mais toujours est-il qu’elle demeurera en cette vie dans l’ attention
amoureuse. Même durant le temps de l’abandon, quand il n’y aura plus rien
pour elle et qu’elle ne voudra rien ; même dans l’abondance, lorsque la
lumière qu’elle recevra, éclairera la ténèbre par laquelle elle est
passée. Même lorsqu’elle sera devenue elle-même source d’eau jaillissant
en vie éternelle, elle demeurera assoiffée de l’eau dont elle est inondée.
Amour donné en obscurité signifie aussi qu’il y a connaissance du cœur.
Cette connaissance affective fut première. Cette connaissance est œuvre de
l’Esprit, le Saint communicant l’amour du dieu. Elle aide l’âme à entendre
la Parole de Fils avec une affection et une intelligence recréées. Ce don
d’amour fait l’âme captive de la personne de Jésus, du Christ et du Fils.
Ainsi devient-elle participante aux motivations de Jésus, du Christ et du
Fils. Cet attachement de cœur à cœur, de chair à chair à la personne du
Fils est essentiel, car la raison et l’intelligence logicienne pourront
s’en nourrir.
Je prends un exemple : deux homme à l’intelligence égale peuvent très bien
défendre des points de vue tout à fait opposés sur une même question et
œuvrer en conséquence au point parfois de se combattre. Pourquoi ? Parce
que chacun s’emploie à démontrer de façon raisonnable, logique, méthodique
ce que le cœur soit aime, soit appréhende, ce qu’il a déjà choisi ou
rejeté, ou bien a connu de manière fugace. Là où est notre cœur, là est
notre trésor.
Cela, il est possible de le constater dans de nombreux domaines où les
hommes sont en concurrence, comme par exemple en politique, dans le
domaine des applications scientifiques, en philosophie, ainsi que dans
tout autre aspect de la vie courante.
En d’autres termes, il se trouve qu’une intelligence humaine dans les
domaines en rapport avec l’humain, lorsque l’affectivité et l’imaginaire
sont en question, n’est jamais libre d’une certaine prééminence du cœur.
Et combien souvent, nos motivations véritables sont bien cachées,
enfouies. Combien de fois derrière de beaux projets, de belles
considérations, de belles oeuvres se cachent l’amour de l’argent ou la
peur d’une certaine vérité sur soi ou une angoisse existentielle ou une
haine de l’autre ou de soi, etc, etc, etc. Alors juger d’après nos œuvres
!…
Dans le cas qui nous intéresse, le cœur épris du dieu-amour éclairera
l’intelligence naturelle qui oeuvrera en conséquence.
Cette parole, cette lumière dans le cœur, dont nous parlons, se donne une
fois au moins à chaque humain, mais dans quelle terre tombera-t-elle ?
Hélas ! Où est-il celui qui en prendra soin, celui qui ne la pervertira
pas, ne la trahira pas, ne l’oubliera pas. Où est-il l’humble cœur qui la
recevra comme un trésor ?
Matthieu 13 : 3-2
Amour donné en obscurité c’est aussi, lors de la manifestation de l’Esprit, le Saint, une âme qui s’oublie totalement. Elle n’est que pour dieu-amour et en amour. En ces moments, rien ne peut l’arracher et la disjoindre de son Amour qui se donne à elle. Tout bien, toute vie lui viennent de Lui. Rien ne compte que l’amour qui lui vient de Lui. En cette manifestation, elle subit tout passivement, incapable d’œuvrer, de faire le moindre geste, le moindre pas vers Lui. Elle n’a plus aucunes ressources, ni intellectuelles, ni physiques. Lui vient à elle, en elle et lui remet sa personne. L’âme est alors dans une humilité profonde, dépouillée de son « je » qui en ces heures est comme inexistant, oublié. Le devenir de son moi n’a alors aucune importance. Elle peut mourir, être anéantie, disparaître disloquée, tout cela ne compte plus. « Dieu est tout. »
L’Esprit d’amour parti, elle sait son néant, non pas dans le sens qu’elle
est indigne d’être aimée car jamais elle n’a connu un tel don d’amour, une
telle force d’amour, une telle reconnaissance, un don si plein, si total.
Mais parce qu’elle sait désormais toute l’insignifiance, toute la misère
de la créature si Lui n’est pas avec elle. Mais elle n’est pas accablée
car elle se sait aimée. Et elle est très accablée car elle sait tout ce
qui la sépare de son Amour. Il lui arrive parfois de contempler à la fois
son néant et la glorieuse liberté des ‘‘enfants de Dieu’’.
Depuis qu’elle se comprend comme telle, il lui arrive de ressentir une
vraie tristesse de ne pouvoir rien offrir d’autre à son Amour que ce moi
qui n’est pas grand chose. C’est cela son élection, une participation à la
Vie d’Amour, une réjouissance, une attente impatiente très intime que rien
ne peut éteindre, en même temps que la contemplation de plus en plus
douloureuse de toute sa misère, de son incapacité foncière.
L’âme contemple son néant, mais comme rien de ce qui lui est donné de
vivre en cette présence d’absence ne demeure de manière continue, elle
oublie à chaque fois son néant. Aussi ne pourra-t-elle s’empêcher d’avoir
à nouveau des prétentions, de penser qu’elle peut œuvrer grâce à son amour
sincère par elle-même. Ainsi oublie-t-elle encore et encore que tout ce
qu’elle porte de neuf, tout son trésor nouveau est reçu d’ailleurs que
d’elle-même. Ainsi agit-elle à nouveau de façon volontaire pour
s’approprier ce qui pourtant lui est déjà donné, au risque de tout perdre.
Heureusement, chaque fois, elle finit par faire le constat de ses
égarements et comme elle a déjà accès d’une certaine manière à la sainteté
du vrai dieu, tout égarement lui rappelle l’infinie distance qui la sépare
de son Amour, et toute absence, l’irréductible éloignement de son Amour
Saint.
Voilà ce qu’elle vit douloureusement qui finira par devenir insupportable.
Pareillement toute faute, tout manquement qui l’éloigne de son Amour, finiront par devenir extrêmement douloureux, aussi en arrivera-t-elle à ne plus pratiquer le péché, ce qui ne veut pas dire bien sûr qu’elle ne péchera plus. Mais chaque faute la faisant se tourmenter de la crainte de le perdre et souffrir du chagrin de n’être pas assez belle et vierge pour le recevoir à cause de l’amour pur qu’elle porte à son Bien-Aimé, elle ne pourra pratiquer le péché. Elle se moque de perdre la vie, d’être écartée d’une récompense. Elle se moque de la récompense. Ce n’est pas pour cela qu’elle évite la mal. C’est uniquement par amour. Amour de son Bien-aimé et amour des humains qu’elle ne veut plus blesser. Et pourtant elle continuera de blesser. Mais elle ne le veut plus, non elle ne le veut plus. Mais si elle veut la tendresse, elle veut aussi la vie entre nous, c’est pourquoi elle ne peut s’empêcher de s’opposer avec force au mensonge, à l’oppression, à la perversion, c’est à dire à celui qui « est homicide depuis le commencement du monde », c’est à dire à la puissance mortifère qui rôde partout et surtout au milieu de nous et en nous. Qui comprend cela ? Qui comprend son écartèlement, ce qui l’écrase ici ? Sur les pas de son Amour, elle devient serviteur souffrant. Elle paye ainsi le prix fort à cause de la violence qui est dans le monde.
C’est par ce mouvement de flux et de reflux, ce chemin de rencontres et de séparations, de manifestations et d’absences, de tendresse et de puissance que Dieu la conduit en voie de sainteté et d’enrichissement. On voit que cette voie qui est voie de contact est la cause même de sa souffrance.
Ce n’est pas la lumière que le vrai dieu donne qui provoque l’obscurité.
La lumière qu’il donne est amour et cet amour veut introduire le tout de
l’être dans la vérité, car si dieu est amour il est aussi vérité.
L’âme jusqu’alors nourrie de la pensée du monde c’est à dire
essentiellement d’imaginaire et n’étant pas encore parvenue là où Amour la
veut, ne peut encore recevoir la lumière, ni voir ‘‘ce qui est’’.
N’étant pas encore purifiée, ni retournée c’est à dire non encore passée
par la mort du monde ancien en elle, elle ne peut recevoir celle-ci sans
être douloureusement affectée. Aussi la lumière donnée tendrement par
Amour, ne peut tout d’abord que la perturber et l’aveugler.
Des repères naturels étant enlevés dans un premier temps, puis ce qu’elle
avait toujours cru être l’évidence étant dénoncé, puis des illusions étant
éclairées, elle perd progressivement pied et ne sait plus que croire.
N’étant pas encore arrivée là où dieu-amour la veut, elle est comme
suspendue entre deux rives au dessus d’un gouffre prêt à l’engloutir.
Certes des résistances à ce qui est réellement demeureront, car il est
impossible de voir ce qui est en face totalement, mais son Amour
l’entraînera loin sur la voie de la lucidité. Si jadis elle cherchait
vraiment la justice et la vérité, maintenant ce sera malgré elle qu’elle
sera introduite en cet éclairage sur elle-même, sur les choses et les
êtres. Cette illumination divine pénétrera l’âme. Elle l’éclairera à son
insu et lui révèlera d’abord la réelle condition humaine, sa propre
condition qu’elle voit en face. Toute sa misère et tout le mal.
Ainsi va-t-elle d’illusion en illusion dépassée. Et cela est de plus en
plus douloureux. Elle voit si bien sa misère, ses défauts qu’elle a
l’impression de chuter. Comment ne pas s’enfoncer, sombrer en cette
contemplation ?
Tout ce qui pouvait auparavant dans ses illusions lui donner des raisons d’espérer et de vivre, ne peut plus tenir et s’écroule. Aussi finit-elle par penser que « Dieu est mort » pour elle. Ou bien qu’elle n’est pas digne. Ou bien que c’est fini, qu’il n’y a plus d’espoirs, qu’elle est allé trop loin sur ce chemin de lumière pour croire encore. Ce sera dur, beaucoup de pleurs, de chagrins, mais elle aime son Bien-Aimé avec une telle passion qu’elle aura du courage pour supporter tout cela. Nous l’avons vu : « Rien mais rien d’autre .»
‘‘Tout cela’’, ce sera aussi la solitude, l’étrangeté, de trop aimer la Parole d’un être qui « n’est pas de ce monde », le décalage d’une conscience qui ne peut plus accepter les arrangements et accommodements d’une vie compromise, le chagrin de constater que son Bien-Aimé est mal entendu, mal aimé, la souffrance de voir tant de personnes perdues, malades, abandonnées comme des brebis sans bergers.
De plus comme elle ne demeure pas encore dans l’ union d’amour avec son bien-Aimé, elle n’aura aucune compensation à ‘‘tout cela’’. Elle n’aura pour tout bien que cet amour qu’Amour a allumé et déposé en elle lors de sa Venue. Elle l’aime et fait tout ce chemin par amour, mais durant de longues années, elle ne recevra aucun signe clair, lui signifiant qu’elle est vraiment aimée de son Bien-Aimé. De temps en temps quelques touches d’amour lui apporteront du réconfort, parfois la transporteront, mais elles seront très vite mises en question, car l’épreuve se prolongera. Les obstacles, les doutes et les craintes se multiplieront.
Plus elle voit clair en elle, plus elle touche le Mal, et plus elle
touche le Mal plus elle a l’impression que son dieu n’est plus.
C’est la Lumière divine qui œuvre en elle et qui éclaire ainsi le péché.
Par celle-ci, l’âme regarde son mal en face. Le mal en elle, car elle voit
d’abord ce qui est le plus proche d’elle, puis ensuite le Mal partout dans
le monde qui fait obstacle à l’amour divin et à la dilection fraternelle.
Et ce Mal-là, n’est pas ce qu’elle croyait auparavant. Il est très Malin.
Elle regarde et souffre. Elle regarde et se sait misérable. Elle regarde
dans une extrême attention. C’est ici la prière qui donne la vie.
Mais attention, regarder le mal en face ou bien regarder tout simplement
ce qui est, cela ne veut pas dire pas juger.
Certes elle exerce un jugement, mais exercer un jugement ne veut pas non
plus dire juger dans le sens où on l’entend d’ordinaire, c’est à dire
condamner. Comment pourrait-elle juger, jauger, mesurer autrui ou le monde
dans le sens de condamner quand le vrai dieu lui donne de contempler sa
misère, le violence et le meurtre en elle, tout son mensonge ? Ainsi
est-elle suffisamment humiliée pour ne pas condamner autrui. Mais humiliée
elle peut regarder ce qui est car elle n’a plus rien à cacher. Elle n’a
plus à se sauver par elle-même. D’avoir contemplé elle sait cela
impossible. Elle ne veut plus que de cette lumière qui sauve.
« Le péché c’est de ne pas se nourrir de Lumière.» La lumière portée sur
soi et sur autrui ne sert pas à condamner ni à détruire, mais à donner la
vie.
Mais attention, pour côtoyer ainsi la Lumière et la Ténèbre, il faut être
agi par le véritable dieu qui fait ce long chemin de purification avec
nous, sinon il y a grand risque de perversion ou de mort. Nous sommes trop
aveugles et trop ‘‘tordus’’ pour diriger nous-mêmes nos pas. Jérémie 10
:23-24
« Moi non plus je ne te condamne pas, vas et ne pèche plus. »
Ici, il faut être très clair. Le Père éclaire progressivement notre misère
irréductible ou bien c’est que nous n’avons pas part à son Esprit de
vérité. Et la vérité, que le Père dépose en notre cœur avec l’aide de
l’Esprit du Fils, nous donne la vive conscience de notre péché individuel
et collectif. Quiconque prétend être plus juste que son frère est homicide
deux fois. Premièrement parce qu’il croit au mensonge, deuxièmement parce
qu’ignorant son mal, il ne pourra que faire du mal, même au nom de Dieu,
même en voulant bien faire.
Mais attention, refuser de juger, de jauger n’est pas refuser de porter
attention, ni de voir les choses comme elles sont.
Trop souvent refuser le mensonge, lutter pour le Véritable sont confondus
ou pris pour du jugement ou de la présomption. Parce qu’il résiste et fait
savoir pourquoi, le fils de l’homme dérange, irrite. « Qui es-tu pour nous
juger ? »
« Moi, je ne juge absolument personne. La parole que j’ai dite voilà qui
vous jugera. »
Le respect de l’autre et pourtant la plus grande fermeté. Désirer et
faire effort pour regarder ce qui est, notre condition humaine comme elle
est, regarder le mal là où il œuvre, sans condamnation de l’autre, sans
culpabilisation excessive, discerner le mensonge, la parole retournée,
sans condamner, c’est être à la fois en amour et en vérité. Cela n’est
possible que si nous avons laissé la lumière divine illuminer notre propre
misère.
Un possible fragile, un regard partiel toujours, et toujours le risque de
la dérive. Mais l’important est que notre volonté de bien faire
s’abandonne, libérée, parce qu’il n’y a plus rien à défendre, à
sauvegarder, plus rien de rien, que la joie de connaître, on ne sait
comment tant la nuit fut profonde et la chute terrible, le repos et le
pardon de dieu-amour, sa tendre caresse pour tout humain.
Cette fermeté n’est pas pour tuer mais pour protéger le vivant. Et
pourtant elle peut déclencher une opposition, un refus, faire grincer des
dents et provoquer l’enfermement dans une attitude orgueilleuse qui risque
de conduire l’autre à la mort. Transferts et contre-transferts dirait un
psychanalyste. Or il y a ici plus insondable que cela. « Notre lutte n’est
pas contre la chair et le sang. »
Fermeté coupable, responsable ? Elle ne fait que révéler un mensonge
meurtrier qui était déjà à l’oeuvre. Matthieu 12 : 31-32
Reste alors la supplication : « Prends pitié et dirige nos pas, nous ne
savons pas ce que nous faisons, ni la différence entre la droite et la
gauche. » Jonas 4 :11
Le Mal.
Il est communément admis qu’une personne qui ne voit pas le Mal est
bienheureuse. Or ne pas voir le mal c’est ne pas bénéficier des lumières
de Dieu. C’est une forme de déni. Voir le mal est un critère que la
Lumière passe. D’ailleurs comment mener deuil , comment avoir soif et faim
de justice, comment souffrir et être persécutés à cause de la justice,
comment faire œuvre de paix si l’on ne voit ou ne veut rien voir de ce qui
cause la violence, le meurtre, le mensonge ?
« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ! ».
Matthieu 5 : 5-14
Le miracle du véritable dieu c’est de donner à voir le Mal sans que le
cœur ne maudisse ou ne s’endurcisse. Il y a souffrance, mais il n’y a pas
ressentiment. Il y a lucidité mais il n’y a pas cynisme ou quelque chose
comme ça. Le miracle c’est l’amour né comme une fleur nouvelle au milieu
des immondices. Il n’y a plus d’innocence, mais l’enfance demeure.
Nous devons bien entendre ici que l’amour du dieu est indissociable de la
lumière de vérité. Lorsque la Lumière dévoile notre péché dans la douleur
et l’obscurité, c’est par amour véritable, pour qu’une attention amoureuse
et compatissante soit portée sur nous-même et sur autrui, comme une veille
pour la vie. Alors elle fait la vérité et la vie en nous. Nous devenons
ainsi des sujets de notre parole et de nos œuvres, responsables en vue
d’autrui. Mais si nous n’aimons pas cette Parole elle ne pourra rien
opérer en nous. Jean 3 :16-21
Je dis cela parce qu’il me semble qu’il y a beaucoup de confusion et de zones troubles quand on parle aujourd’hui de tolérance, de solidarité, du respect de la parole de l’autre et de la relation ici, maintenant.
A ce sujet, j’aimerais raconter une petite histoire.
Il fait nuit. Des hommes sont allongés près d’un feu de camp, dans un
clairière. L’un d’eux dit à un autre : « Je te remercie de m’avoir sauvé
la vie aujourd’hui. Tu aurais pu toi-même y rester. » Et l’autre de
répondre d’un ton très doux, très humain: «C’est normal de risquer sa vie
pour ses amis. »
Les autres hommes ayant entendu cette conversation approuvent tous d’une
même voix, et les voilà qui se témoignent mutuellement des marques
d’affection fraternelle et se promettent d’être toujours vigilants les uns
pour les autres. L’émotion et le bonheur se lisent sur tous les visages.
Puis ils se couchent le cœur réconforté par tant d’amitié et s’endorment.
Le lendemain matin de bonne heure, ils descendent vers le village tout
proche et exterminent femmes et enfants.
Cet exemple terrible pour montrer clairement combien l’amour peut côtoyer
le meurtre. Exemple extrême certes, mais ne croyons pas être exempts de
ces puissances de mort et de vie qui cohabitent en nous grâce au
cloisonnement. Nous sommes cloisonnés. C’est ainsi que nous pouvons bénir
et maudire, aimer et tuer sans que cela pose problème.
Exemple de cloisonnement : C’est comme ce patron qui fait tout pour
maintenir de bas salaires dans son usine au nom d’une gestion nécessaire
et d’une certaine idée du travail et qui en privé devant son poste de
télévision est sincèrement affecté par ce qu’il voit de la misère et du
quart monde en son pays. Question de rapports.
La lumière du véritable dieu-amour abat les cloisonnements et relie, c’est
à dire donne de quoi faire des rapports éclairants.
Aimer, c’est au moins respecter l’autre, sa vie. C’est répondre pour
l’autre. C’est au moins désirer l’autre vivant plutôt que mort, heureux
plutôt que malheureux. Ainsi tout ne se vaut pas. Il n’est donc pas
possible d’accepter que tout soit mis dans un même panier au nom de
l’amour, du respect d’autrui sans aucun discernement.
Ce qui tue la vie du corps, tue la vie du corps, et ce qui tue la vie de
l’âme, tue la vie de l’âme. Une résistance s’impose. La parole de l’autre,
oui. L’écoute, oui. Mais accepter n’importe quoi sous prétexte d’amour,
c’est justement ne pas respecter autrui, ni la vie, ni la relation.
Aimer c’est donc savoir dire Non. C’est savoir dire : « c’est mal. » C’est
au moins refuser l’indifférence.
Mais je connais l’argument. « Attention, lorsqu’on commence à se mêler de
la vie d’autrui, il y a danger d’emprise, de mise au pas, de négation de
l’identité et de la liberté de l’autre, de l’autre tout simplement.
Risque de toute-puissance aussi ». Sûrement, mais alors ?
Si je ne m’en mêle pas, la relation est marquée par la fuite,
l’indifférence, la non responsabilité. Si je m’en mêle, il y a risque de
perversion de la relation, de ‘‘phagocytose’’. Impasse donc ? Comment
résister sans peser sur autrui ?
Ce qui importe c’est la motivation qui sous-tend l’acte. De la motivation juste découle l’écoute juste, la parole juste, l’acte juste.
Je le dis, mais ne puis le prouver, c’est l’Esprit, le Saint, qui
communique la juste motivation. La juste motivation du Fils de l’homme.
Ce chemin dont nous parlons est travail de purification de l’esprit pour
que nous recevions l’Amour et la Lumière du Père c’est à dire :
- l’Esprit de Jésus qui nous conduit jusqu’à l’agonie. Cette agonie
signifie la perte de nos motivations narcissiques, ego centrées.
L’épuisement du vouloir- être au détriment d’autrui.
- L’Esprit communique aussi l’Esprit du Christ qui est Esprit de
responsabilité. Il est responsable pour le monde et le sauve. Cet Esprit
exerce un jugement non pour condamner mais pour sauver. Qui croit cet
Esprit est déjà sauvé parce qu’il a cru en la Parole.
- L’Esprit communique aussi l’Esprit du Fils. C’est le cri de voir la
perversion et la trahison au Nom du Père. Il communique l’attente de
l’adoption de tous les enfants du Père dans des gémissements douloureux.
Tout cela a à voir avec la rencontre-union qui fut charnelle, avec une communion de chair à chair. L’Esprit-Saint est le ‘‘chez-nous’’, l’ entre-nous véritable de tous les hommes, de toute la création. Entre-nous à l’image du Père qui est Amour. Il communique une nécessité de l’amour. Amour malgré tout ce qui fait obstacle en nous et notamment une autre nécessité qui est volonté d’être. Et cette volonté-là cherche à « s’accroître et à se conserver » au détriment de tous les autres. Elle est homicide. La volonté née du Père, elle, sauve parce qu’elle est responsable en vue d’autrui. Amour gratuit et sans retour.
L’écartèlement entre 2 nécessités, voilà ce qui sera vécu longtemps
douloureusement, qui finira par devenir insupportable.
Pareillement, toute faute, le moindre manquement et péché parce qu’ils
éloignent d’Amour, finiront également par devenir très douloureux, aussi
en arrivera-t-elle à ne plus pratiquer le péché. Ce qui ne veut pas dire
qu’elle ne péchera plus, mais chaque faute la faisant souffrir de chagrin
à cause de l’amour qu’elle porte à son bien-aimé, elle ne pourra pratiquer
le péché.
Ce cycle de sentiments opposés, cette lutte entre la chair et l’esprit se reproduisent bien des fois tout au long du chemin d’union, en vagues successives au cours du long temps que dure ce cheminement, si bien que l’âme a l’impression que jamais elle ne sortira de ce temps où tout est à chaque fois à refaire et qui semble sans cesse se reproduire, jusqu’à ce que les prétentions déchues, les échecs douloureux finissent par enfoncer dans la chair et l’esprit de cette âme l’acceptation totale de son incapacité fondamentale à être bonne et conforme au vouloir de dieu-amour. Alors s’installe la certitude apaisante que toutes ses œuvres, même celles faites au nom de la justice, de la paix et de l’amour ne sont que vanités et poursuites du vent sans la main du Père pour œuvrer à notre place. Alors anéantie, elle voudra toujours lui laisser toute la place, comme elle espère qu’un jour le monde Lui laissera toute la place, afin qu’il œuvre à notre place. Mais elle est lucide et sait que le monde n’en prend pas le chemin. Mais elle espère : c’est sa prière.
Le serviteur souffrant
Je ne veux plus
Mangez-moi ‘‘bouffez-moi’’
Déchiquetez mes chairs
Je vis de me vider pour vous
Et s’il me faut pour vivre de l’autre la peau
A vif je préfère ma mort d’aimer
Je ne veux plus seulement survivre
L’ombre de vos êtres me griffe
Je ne peux plus lutter pour être
Et je me fiche pas mal
S’il me faut pour vivre de l’autre la peau
Du sort qui m’attend
Du mal qu’on peut me faire
Je ne veux plus
Si dans la fosse j’expire
Mon cœur lui bat toujours
Par un ailleurs j’existe et
Je vous aime
Et s’il me faut pour vivre de l’autre la peau
Plutôt vos coups que le mensonge
Plutôt ma mort que l’homicide
Je vous touche
Je vous caresse
Tout de vous résonne
Et vous veille la nuit
Quand vous pleurez du mal du jour
Dans la Présence je supplie
Pour qu’Il vous garde en vie
Je réponds de nous tous
Et porte tout le mal
Tous nos songes
Tous nos mensonges
Tous nos meurtres
Et s’il me faut tricher gagner
Courir vaincre
Et s’il me faut enfouir compter
Dissimuler trahir
Et si je dois brouiller nier
Accuser mentir
Si je dois agir maîtriser
Contrôler dominer
Lutter voler appauvrir
Ecraser blesser
Combattre saccager détruire piétiner meurtrir
Juger jauger condamner mesurer exécuter
Alors qu’on en finisse
Je ne veux plus
Brisez-moi les os
J’en ai fini avec la crainte
Par souci de vous tous à venir
Non je ne puis taire l’Amour
Qui fait grincer des dents et
Dénonce nos petites navigations dans l’ombre
Et s’il me faut pour vivre de l’autre la peau
Ma peau je vous l’offre
Moi je ne juge absolument personne
Nos verbes nous révèlent
Amour manifesté dans la ténèbre
( Un peu de chronologie)
Poussée par une nécessité d’amour, que différentes grâces et touches
divines puis ce qu’elle prend pour de longs temps d’absence entretiennent,
l’âme qui ne sait pas encore contempler Amour en toute simplicité continue
activement sa quête. Les années passant, d’extérieure celle-ci devient de
plus en plus intérieure; l’amour qu’Il infuse à son insu fait son œuvre en
son intimité. Ainsi elle connaît de grandes modifications dans son
comportement et son positionnement dans le monde, dans son rapport à
autrui, au social, au pouvoir et à la force, au fur et à mesure de sa
transformation intérieure.
( C’est de cet exode extérieur, social résultant directement de l’exode
intime qu’il sera question au chapitre suivant). Les dépendances troubles,
physiques et affectives, aux choses et aux êtres se délitent peu à peu et
péniblement. Cette contemplation infuse et obscure offerte par le
véritable dieu qu’elle ne sait pas encore contempler paisiblement, en
repos, dans la présence comme dans l’absence, fait faire cependant à l’âme
qui se trouve pour cela même souvent dans le tourment, de grandes avancées
sur le chemin du vivant.
Au début, bien qu’avancée par le seul fait de la première rencontre, elle est une débutante sur le chemin qui va de l’union à l’union, et elle n’en est qu’aux premiers degrés sur cette voie. Aussi les courts moments de présence et les transports et jouissances occasionnés par les touches qu’elle connaît de temps en temps au fil du temps constituent-ils comme des gages de ce qu’elle vivra lorsqu’elle sera parvenue à une contemplation et une union plus régulière, plus constante. Ils sont pour la faiblesse de l’âme non encore purifiée mais déjà dans l’épreuve d’un grand secours.
Plus tard quand tout ce qu’elle croyait être encore vrai, toute sa façon d’entendre ses références morales, intellectuelles, finira par ne plus tenir et quand tout deviendra dérisoire et sans goût, jusqu’à sa façon d’aimer autrui ( ce qui ne veut pas dire du tout qu’elle n’aimera plus ), jusqu’à sa foi qui sombrera, quand éprise de son Amour absent elle finira par ne plus trouver sens à rien, perdue en cette absence presque totale, l’âme se souviendra de ces rencontres avec nostalgie ; quand elle sentira qu’elle est en train de mourir *, elle se cramponnera à ce souvenir.
*. ‘‘ Job ; Satan à Dieu : t’aime-t-il vraiment gratuitement ou pour tout ce que tu lui accordes, biens matériels et spirituels? Si profond et authentique que soit cet amour d’avant, il y a un moment de rupture où il succombe et c’est le moment qui transforme, qui arrache du fini vers l’infini, qui rend transcendant dans l’âme l’amour de l’âme pour Dieu. C’est la mort de l’âme.’’ S.Weil chérie.
Vraiment c’est à de telles extrémités qu’elle est acculée. Et ce n’est pas là encore la fin de l’absence et de l’abîme. Son anéantissement, son dépouillement se poursuivent. Car si elle a été éclairée, elle est maintenant amenée à poursuivre un long temps dans le noir. S’il y a eu une présence aimante et une absence édifiante, elle connaît désormais des abîmes sans fonds où elle côtoie la désagrégation, la malédiction et la mort de très près. Ce n’est pas une sorte de perte du moi dans un pur infini, mais bien plutôt une longue descente dans un trou noir aux froides et lisses parois.
Commence ainsi à se former au cœur de la nuit quand sombre puis meurt tout un monde un esprit nouveau. Appelée à naître d’En-Haut quand dieu-amour l’a couverte de son souffle, une personne nouvelle est alors construite par le Verbe dans de l’Esprit-Saint à l’insu de tous et d’elle-même, dans le silencieux secret d’une chambre intérieure, et avec beaucoup de larmes.
Bien que tout cela soit douloureux, l’âme finit par connaître cette certitude intime que son chemin est le bon, qu’il ne peut en être autrement, aussi accepte-t-elle de souffrir silencieuse et dans une solitude qu’elle sait inévitable et qui est totale, car bien que dans l’attention amoureuse, abandonnée, non seulement elle est encore séparée de Lui qu’elle aime, mais comme elle est sortie de son ancienne manière d’être au monde et qu’elle est si au loin sur le chemin, nul ne peut plus l’aider. Là, en ce lieu où elle s’effondre par amour, elle sait être seule jusqu’à sa mort psychique et physique, alors même qu’elle se tient attentive, à l’écoute, au milieu des humains qu’elle aime comme sa propre chair d’un amour nouveau, effacé. Elle se tient désormais en silence dans le repos de ses œuvres et dans l’attention amoureuse, car son ancienne manière d’être au monde, de peser et d’agir en ce monde ne peut plus être.
En ce passage ultime, se révèle et se donne l’amour véritable, amour
gratuit affranchi de tout retour, de toute possession, et cela de part et
d’autre. Le vrai dieu est toujours avec l’âme et Il souffre avec elle.
Ensemble ils risquent tout. Mais lui n’intervient plus de façon
renversante et forte. Il est avec elle dans l’abîme et Il est alors sans
puissance. Seul leur amour mutuel, rendu parfait dans la perte de tout,
l’amour sans puissance doit triompher dans l’abaissement. Alors seulement
le monde sera vaincu, le Malin menteur et meurtrier démasqué et le péché
sans poids. Alors seulement entre l’âme et son Dieu sera-t-il question
d’amour non contraint et d’union ; amour véritable sans qu’il y ait
pouvoir de l’un sur l’autre.
Vient le temps des caresses gratuites, de la joie d’être lavé et parfumé,
de l’ouverture, abandonné, offert à ce qui vient.
Ainsi Il est là. En place du rien, parce qu’elle ne voulait plus rien pour
elle, Il demeure toujours. Il demeure et Il est absent.
Le reste comment l’exprimer ? Peut-être ce chant :
Je n’ai plus d’avenir en ce monde je ne suis plus en
devenir
Ton être à demeure j’ai cessé de m’accroître
Trois soleils montent en mon âme autre je suis
Trois lumières gonflent en ma chair et déchirent
De la liste du monde sur des tables en terre
Je viens d’être effacé je ne peux plus peser
Tendre aurore peut croître par un ailleurs d’exister
Je m’ondule et m’écoule et je décrois caché
En ce lieu solitaire je réponds de nous tous
Et le sang de vos âmes je recueille en calice
Au sortir de cette terrible épreuve qui durera des années, la présence
d’absence se sera transfigurée en une présence nouvelle. Là où il y avait
une blessure lancinante et un feu qui la dévorait, restera une douce
tendresse amoureuse et la flamme du vivant toujours. Là où l’amour était
tourmenté, ne se vivra plus que l’abandon et une suave jubilation d’amour.
L’absence et une ferme attente aussi. Toujours. Mais autrement.
Le vrai dieu nous laisse être hors de Lui par amour, sa justice réclame
l’amour autonome. Mais Il ne cesse de nous appeler hors du monde des êtres
« intéressés » pour nous recréer dans son amour. Il ne cesse d’implorer la
trace de Lui en nous, de semer sur notre terre.
Il n’a pour nous faire autrement croître que l’amour. Et cet amour est
faiblesse pour le monde, mais vraie puissance quand le Vivant se
communique.
Celui qui croit et demeure dans son amour reçoit une force qui n’est pas
selon les puissances de ce monde ni selon l’ordre de la nature terrible
pour les débiles et les faibles. Jacques 3 :13-18
Celui qui croit Amour traverse tout le Mal pour être recréé dans la
faiblesse.
Matthieu 19 :27-30
1 corinthiens 15 :39-53
Semé corps psychique, il est relevé corps spirituel.
Oui, je vais vous dire un mystère : nous ne nous endormirons pas tous dans
la mort.
Contemplation
Ce qui meurt
Un je ne sais quoi du vouloir être
Un trop plein de chose
Epuisé à mort
Par trop plein d’amour
De l’Amour
Cher Amant
Ce qui vit
Ce Fils tant attendu
Longtemps guetté
Avant toute origine
Longtemps perdu
Là désormais pointé
Au cœur même de l’aven
Le contact
Vent dans la bouche
Pour toute la chair
Pour tous les membres
Frissons sur l’oreiller
Feuilles sur le cœur
Pour un « Dire » d’Epoux
Un Dire
Sans énoncé sans écriture
Verbe d’Amant d’avant
Sans mots qui masquent
Sans parenthèses qui trahissent
Dire sans dits
D’un air ressuscité
Au-delà
Autrement que force vitale
Vérité devenue souffle
Non
Mon Amour n’est pas de là
Où vous croyez l’entendre
Mon verbe n’est pas « oracle »
Ni parole d’oracle
Oui
Mon Epoux est le Dire
Immédiatement
Je réponds
Exode Social
L’appel mystique
la deuxième fois
Jésus était parti.
Il avait donné un peu de la Lumière aux hommes, tant qu’il était avec eux.
Puis était parti.
Messie ressuscité était parti. Tous l’attendaient.
Beaucoup l’attendent. Dans la foi ou ignorants, peut-être sans même savoir
que c’est après lui que leur cœur crie en ces temps incertains.
Il revient, la deuxième fois, pour une union.
Il est déjà venu. Présence à la manière d’aujourd’hui.
Il est déjà revenu, depuis le premier jour où l’Esprit, l’Envoyé, le
Saint, souffla dans les cœurs un vent nouveau. Du neuf pour une Alliance
Nouvelle.
Mais nous ne le recevons pas car le monde en nous fait encore obstacle à
l’union.
« La lumière véritable qui illumine tout homme vient dans le monde. Elle
est dans le monde, et par elle le monde paraît, et le monde ne la
reconnaît pas.
Elle vient chez elle, et les siens ne l’accueillent pas. Mais à tous ceux
qui la reçoivent, elle donne pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux
qui croient en son Nom, qui ne sont pas nés du sang ni du vouloir de
chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. »
Jésus, la lumière du monde, vient appeler la deuxième fois,
personnellement, par contact réel et direct.
Celui-là a déjà la foi, comme Jean.
Peut-être celui-ci est-il déjà passé dans sa quête de lumière par des
épreuves, une ascèse, parfois sévère, une « nuit des sens » ?
Cet autre est une personne de ‘‘mauvaise vie’’ comme la Marie-Madeleine.
D’autres sont des gens ordinaires tout simplement, comme Pierre.
D’autres encore, des hommes de pouvoir ou des spécialistes en argent et
spéculation comme Matthieu.
Sûrement y a-t-il aussi, nombreux, il l’a dit, des gens de rien, des
tout-petits sortis de je ne sais quelle campagne ?
Et puis ces quelques-uns qui viennent de sectes comme le disciple dit le
‘‘Zélote’’, etc.
La liste est longue.
Et Jésus, le Jésus ressuscité, Celui dont ‘‘ l’apparaître ’’ change tout
le temps, jamais fixé, comme un éclair, vient les chercher. Il les
rencontre personnellement.
En un instant, emportés par son charme divin, ils voient, entendent,
touchent. Il n’est pas ce qu’ils croyaient savoir. Mais ils le
reconnaissent quand même à un-je-ne-sais-quoi, une façon de souffler, une
manière de caresse, une joie répandue, un style de parole.
Ils croient le Vivant revenu et sont aussitôt guéris de leur maladie, de
leur désir malade, de leur grande détresse.
Il dit à chacun : ‘‘Lève-toi ’’, ‘‘suis-moi ’’, ‘‘marche ’’.
Sitôt ils laissent tout. Ils sont désormais captifs de son tendre amour.
Plus rien ne peut les retenir, ni familles, ni maisons, ni argent, ni
champs. Ils quittent tout. Ils ne savent pas où ils vont.
Au début, c’est la joie car l’Epoux, le Bien-Aimé est avec eux ; parfois
l’un d’eux repose sur son sein. Il les emmène avec Lui par tout le pays
des hommes et les enseigne personnellement, par petites touches, sur la
pesanteur du monde et sur les beautés du royaume, trop fragiles pour ne
pas être cachées aux volontés toujours trop fortes.
Mais un beau jour Il casse en eux les leurres marchands, illusions et
prétentions.
« J’abhorre le mensonge et l’homicide ! Partout où ils se trouvent, je
suis aussi. Un fouet à la main, je renverse. »
Comme il est sévère avec leurs espérances, leurs croyances et leurs
préjugés !
Comme il est juste et bon.
« Tout fils de l’homme doit être livré au monde et mourir pour que
celui-ci vive.
Oui, vous serez perdus comme des brebis sans berger. Vous me renierez
parce que vous aurez encore un esprit de mensonge. La peur vous fera
renier la lumière ou me maudire. Vous me perdrez par crainte de mourir
avec moi.
Pourtant je sais que vous m’aimez. Derrière les reproches, les fureurs, je
sais votre amour.
Dans la tourmente vous cheminerez cependant. Vous sortirez de la large
route de la Grande Ville sans même vous en apercevoir. Et vous n’aurez
plus d’endroit où aller. Déjà, vous ne faites plus partie de l’ordre du
monde. Le baiser que je vous ai donné vous a consacrés. Vous serez seuls.
Seuls contre l’esprit qui est dans le monde. Seuls contre cela qui est
homicide, qui dégrade l’amour et tue les fils de l’homme, les enfants de
mon Père, de notre Père.
Mais je reviens, je ne vous laisserai pas orphelins, je vous donnerai
l’Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir. L’Esprit de consolation
aussi, afin qu’il vous donne ma joie au cœur du malheur.
Vous pleurerez et vous vous réjouirez.
Quand la fragilité de l’amour sera rendue manifeste, quand vous connaîtrez
le gouffre ou l’écrasement, Celui-là vous infusera ma joie et la douceur
d’amour. Vous connaîtrez Amour malgré toute votre misère et la fragilité
de la chair.
Cette chair, votre chair je la caresserai et je la sauverai.
Faites-moi confiance, je viens à vous.
Le monde se réjouira et vous pleurerez.
Vous vous lamenterez. Ils ne me verront plus. Mais vous, vous me reverrez
parce que je suis vivant pour toujours et que vous vivrez. Ce jour là vous
saurez que je suis en mon Père et moi en vous et vous en moi et que nous
sommes un. » Jean 17 : 14-23
Comme il l’a annoncé, le soir tombe et les cœurs sont saisis par la peur
et l’angoisse, par ce qui reste quand Lui s’en est allé, la violence et le
meurtre du Juste.
C’est en cette nuit pourtant qu’est dévoilé son chemin. Chemin de lutte,
celui du serviteur souffrant, celui du fils lié au Fils.
Il étouffe, il ne veut plus seulement survivre en un monde où les morts
sont enterrés par des morts. Ce fils veut la vie. Et il reçoit la vie. Il
voit et dénonce l’usurpation, il enrage et souffre de ce qu’en place de la
voix d’amour du Père, une autre voix se fasse entendre, celle de celui qui
est homicide depuis le commencement. Cette voix-là a le ton malade et sème
la peste.
Malheureux ! Il voit, il entend. Elle est aussi en lui. Elle couvre la
Parole du Fils et l’imprègne. Ainsi ce qui devrait donner la vie au monde,
blesse et massacre, ment et tue la guérison.
En proie au doute et à l’angoisse, il est perdu.
Pourquoi Celui qu’il aime tant et à qui il a offert tout son devenir, pour
qui il a tout laissé, l’a-t-il abandonné encore ? Pourquoi encore ? Il ne
comprend pas.
« Pourquoi ta Parole si chérie ne vit-elle plus en moi ? »
Alors il crie, silencieux. Un long cri réduit au silence. Un grondement
intérieur, un gémissement dans le souffle. Il l’attend. Il l’attend. Il
lui faudra désormais vivre d’une douleur, caché.
Pourtant ce qui est ainsi soustrait au regard avide, enfante dans la
douleur une nouveauté.
La nouveauté c’est d’être pris, saisi par Amour. Un contact, un l’un dans
l’autre. Puis le noir quand l’âme se voit privée du sentiment de cette
présence.
« La nouveauté c’est la douloureuse blessure d’amour et l’ardent désir qui
reste lorsque Amour est enlevé ».
En cette nuit, Il transfigure des cœurs.
« Quand je m’en serai allé, que je vous aurai préparé une place, de
nouveau je viens et je vous prendrai auprès de moi. »
« Je suis revenu et vous ne comprenez pas encore ? Votre place est
pourtant auprès de moi, là où je suis quand je reviens. Votre place est là
où je suis auprès de vous sur la terre, pour que vous soyez auprès de moi,
vous qui m’aimez. Vous que j’ai choisi et que j’aime, ma Bien-Aimée.
Où je m’en suis allé, vous savez le chemin. Je suis le chemin qui vient à
vous, la vérité qui vient à vous, la vie qui vient à vous. Je viens à vous
pour vous faire connaître le Père. Dès à présent vous le connaissez et
vous l’avez vu, car vous me connaissez.
Je suis depuis le début avec vous, avez-vous besoin que je vous montre le
Père, vous qui dans la nuit des épreuves, dans l’échec et la solitude, qui
malgré la peur, entendez ma voix ?
Voyez mes fruits en vous et demeurez fidèles à ce que je suis. Si vous
savez que je le suis, c’est que déjà vous entendez le Père. Si vous
croyez, vous ferez des œuvres plus grandes que les miennes. J’ouvre en
cette nuit le passage pour vous. Je ne suis plus seul, vous suivrez. Mais
je ne dois pas faire obstacle. Moi toujours avec vous, vous ne grandiriez
pas. Il vous faut être seuls pour recevoir en nouveauté et accomplir le
chemin.
J’ouvre la voie et je vous laisse seuls. Je vous donne un baiser d’amour
pour que vous suiviez mon chemin poussés par une nécessité d’amour. En
vous la Loi est accomplie par mon amour. Vous serez rendus parfaits par
l’amour, car nous sommes un par l’amour que j’ai pour vous et par l’amour
que vous avez pour moi.
Et vous demanderez, et vous ne cesserez de gémir, en cette nuit, en mon
nom, en souvenir de moi. Ainsi votre cri vous donnera encore plus la
Parole. Celle-ci vous fortifiera et vous introduira dans toute la vérité,
afin que le Père soit glorifié dans ses fils. Vous serez fils par le Fils
en vous.
Vous avez reconnu la Vérité en ce que j’ai fait et dit, en tout ce que
je suis. Et je prierai le Père pour qu’il vous garde dans son amour. Pour
qu’il vous donne une aide, le Paraclet, afin qu’il soit avec vous à
jamais. Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements, les miens. Vous
garderez mes commandements parce que le Père vous aime.
Vous sortez errants, sans savoir ni comment ni pourquoi ?
La nuit vous entoure et vous brise ?
En ce cri, l’Esprit, le Saint, a déjà dévoilé ma Parole.
Oui, tous ceux qui aimeront la Parole du Père que j’ai mise dans le monde
pour sa guérison, ceux-là seront assistés par l’Esprit de Vérité. De
siècles en siècles, ils seront une même voix chantant un même chant parce
que le même Esprit demeure chez eux.
Il sera en vous l’Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir parce
qu’il ne l’entend ni ne le touche. Vous qui m’aimez tel que je suis, vous
qui gardez ma Parole, le reconnaîtrez quand il viendra. Vous me goûterez
et vous me toucherez à nouveau. Je suis la Vérité et la Vie venant à vous.
Faites-moi confiance, je viens à vous. Vous serez seuls et vous ne serez
plus jamais seuls. Je vous délie et je vous relie, au ciel, à la terre,
aux hommes et à tous les saints. Et vous verrez les anges monter et
descendre pour servir le fils de l’homme.
Le monde qui a cru me voir mais ne m’a pas connu ne me verra toujours pas.
Mais vous, vous me reverrez, car je suis vivant pour toujours et parce que
vous vivez.
Vous garderez l’Esprit, le Saint et vous recevrez la vie. Je serai là et
pénètrerai la ténèbre jusqu’à votre cœur pour y déposer mon visage à
jamais.
Alors vous verrez et comprendrez tout. Que je suis en mon Père et moi en
vous et vous en moi. Que je suis absent et pourtant là désormais en votre
cœur, en votre chair, en votre vie par l’Esprit. Esprit du Fils à la
gloire du Père. Que vous êtes fils conduits par l’Esprit. Que nous sommes
un.
Celui qui entend bien mes commandements et les comprend sans en pervertir
le sens, c’est celui-là qui garde mes commandements. Celui-là m’aime
vraiment et mon Père l’aime vraiment et moi je l’aime et je me
manifesterai à lui. Il recevra encore plus d’Esprit car à celui qui a, on
donnera encore plus.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole. Alors mon Père et moi ferons
chez lui notre demeure. Oui, nous enverrons l’Esprit du Fils et l’Esprit
du Père qui l’introduira dans la Vérité et dans l’Amour.
Mais celui qui ne m’aime pas vraiment pour ce que je suis, ne pourra
garder ma Parole. Parce qu’il n’aura pas compris mes luttes et mes
colères, il n’aura pas compris mon amour. Il ne pourra connaître la
vérité, même s’il croit la connaître, car à celui qui n’a pas on enlèvera
même ce qu’il croit avoir.
Je vous dis cela maintenant, parce que déjà vous recevez le Paraclet.
Vous comprendrez le sens divin de tout ce qui arrivera. Alors vous
contemplerez en face tout ce que je vous ai dit. Vous connaîtrez, comme
moi je l’ai connu, tout l’amour qui vient du Père en vérité.
N’aillez pas peur. Il faut que je m’en aille, ma Bien-Aimée. Mais je
reviens.
Si vous m’aimez, réjouissez-vous de ce que je m’en suis allé au Père, car
il est plus grand que moi. Je ne suis pas l’ultime étape pour vous. Le but
c’est le Père pour que Dieu soit Tout en Tout.
Je vous donne la Paix. Je vous donne ma Paix.
Je vous dis cela maintenant pour que lorsque cela arrivera, vous croyiez.
Si vous aimez ma Parole, cela arrivera.
Le chef de ce monde est venu. Il n’a rien pu faire. N’ayez pas peur. Que
peuvent faire un monde aveugle et la mort lorsque la vie qui vient du Père
est déjà chez vous, au milieu de vous, entre vous ?
Le monde connaîtra que j’aime le Père, car rien n’éteindra plus ma parole
ni mes œuvres en vous, pas même le menteur et l’homicide qui est dans le
monde depuis l’origine. Pas même la peur. Ils n’ont plus prise sur qui vit
en moi et moi en lui et nous dans le Père.
Là sont l’Alliance Nouvelle et le miracle nés du Père. Prenez courage,
j’ai vaincu le monde. En vous il n’a plus de prise. La perversion en votre
vouloir ne sera plus. »
« Réjouis-toi, femme stérile ! Il va mais Il revient ; non sans laisser
toujours plus d’Esprit de Vérité qui prépare en toi la demeure pour que
descendent et le Fils et le Père .
Ainsi de la femme stérile il fait une vierge et de la vierge une épouse
féconde. Dans la nuit sa lampe se met à luire. Elle veille et attend
pendant que tous dorment. »
Il lui faudra supporter la séparation qui fait souffrir, les retours trop brefs où parfois Il se montre, toujours autrement, et accepter l’absence qui la met à une distance infinie. C’est nécessaire, car c’est dans cette période de « présence d’absence » et de manque douloureux que s’accomplit tout le chemin vers l’état d’homme nouveau, de femme nouvelle qui garde à demeure l’Esprit du Père et l’Esprit du Fils.
Comme il fallait que Jésus s’en aille pour que les apôtres passent de
l’état de dépendance à la Loi à l’état de vie dans la Foi, ainsi faut-il
qu’Il s’en aille pour que ces âmes passent de l’état de dépendance
affective, psychique à l’état de vie spirituelle libre dans l’amour
fraternel véritable, gratuit et sans retour.
Car l’amour véritable est sans retour et il est gratuit. S’accroître? Même
se conserver ne l’intéresse pas. Il sait trop que cela signifie la mort à
l’œuvre. Il préfère le souffle vivant. L’Union est dans le vent et la
brume.
Jérusalem notre Mère
Tous ceux-là viennent d’horizons différents,
Des quatre coins de la terre.
Il les rassemble en un seul cœur, son temple, des montagnes.
En chœur ils chantent un même chant.
« Elle est fondée sur les montagnes saintes !
L’Eternel Yahvé aime les portes de Sion
plus que toutes les demeures de Jacob.
On dit de toi des choses glorieuses cité de Dieu !
Je mentionne Rahab et Babel parmi ceux qui me connaissent,
voici la Philistie, Tyr, avec l’Ethiopie :
c’est là qu’un tel est né. »
Mais à Sion l’on dit : « Mère ! »
car tout homme y est né, et Lui l’a établie, le très Haut.
Yahvé inscrit au registre des peuples : « ici un tel est né » ;
chanteurs comme danseurs tous ensemble te chantent :
« toutes mes sources en Toi. »
Psaume 87 (86).
« La Jérusalem céleste est libre et elle est notre mère.
»
Galates 4 : 26-27.
La perte
Amour s’en est allé.
Plus de contact, plus de lumière. Amour divin s’en est allé.
Passés les effets de la joie et de la dilatation du cœur que le premier
toucher d’union provoque, les sens et l’esprit commencent à connaître un
obscurcissement. Il deviendra de plus en plus noir.
Tout est si bouleversé, ses tendances, son désir, ses motivations, que
vraiment elle ne sait plus ‘‘où elle habite’’.
Elle a subi une véritable rupture. Plus rien n’est plus comme avant. Plus
une journée, plus un moment où elle ne pense à son Amour divin. Sa vie,
elle la vit maintenant comme si elle se trouvait en fin de journée, au
crépuscule, comme si les dernières lumières d’une vie révolue étaient en
train de s’éteindre.
Elle ne sent pas encore trop les effets de cette rupture, tant son cœur
est joyeux de goûter à cette ouverture, cette dilatation qui la gonfle
d’amour et de reconnaissance. Pourtant sa manière d’être au monde, sa
façon d’existence habituelle n’est plus, tout est déjà du passé. Le
décalage est désormais grand. La rupture trop radicale.
Des angoisses et des souffrances commencent à apparaître puis augmentent,
des questionnements intimes, et le doute : « Mais qu’est-ce qui m’arrive ?
Je ne vais pas bien dans ma tête ». Elle L’attend, elle L’attend.
Désormais il y a manque. C’est l’incompréhension. Mais Celui qui manque,
attire. Attraction irrésistible vers un je-ne-sais-quoi-Dieu qui échappe
et dont il a été reçu seulement des prémices bien obscures. Sa marque, sur
le front. Dans la chair sa marque.
« Je l’aime ! Lui et rien d’autre.»
Nécessité d’amour ? Vouloir non autonome, suspendu à l’autre qui s’en est
allé?
En tout cas, tout le chemin est à reprendre, autrement.
« Je sais bien mon Amour que tout est différent aujourd’hui. Je sais que
je ne retournerai plus chez moi, là où j’étais. Je n’ai plus de chez-moi.
Je n’ai plus de monde. »
Ainsi les épousailles sont uniques. Chaque épouse est unique. Le chemin
est toujours neuf.
Les cheminements sont multiples. Ils dépendent de Celui qui appelle.
Du caractère aussi et du tempérament de l’appelé, de sa psychologie, de
son milieu social, de sa culture, du rapport qu’il entretenait déjà
auparavant avec la Parole de Dieu, etc…
Demeure une constante cependant : l’absence se fera sensiblement sentir
qui contraindra à l’exode.
Remarque importante :
Il ne fait aucun doute que des personnes psychiquement affectées
(névroses, psycho-névroses, psychoses) peuvent faire l’expérience du
contact. Le surnaturel s’offre au naturel malade et l’ensoleille par-delà
l’être malade.
Ainsi en est-il du physique comme du psychique car Amour vient appeler les
mal portants. Surtout les mal portants. Enfin, ceux considérés comme tels
par un monde aveugle et sourd, dur aux fragiles, aux sensibles et aux
tendres. La violence en ce monde et le ‘‘malentendre’’ sont la cause de
toute souffrance, physique, psychique, de toute extinction du Vivant.
Ecoutez !
Combien il peut être très préjudiciable pour une claire pénétration de ce
qui s’opère-là, d’assimiler le spirituel au seul psychisme. Lorsqu’une
personne névrosée dit que Dieu s’est fait connaître à elle, ceux qui
l’entendent ne voient que sa névrose. Ainsi sa parole ( parole toujours
difficile nous l’avons vu dans Exode intime) n’est reçue que comme parole
de névrosée, voire plus grave encore, de psycho-névrosée, de psychotique.
Et pourquoi l’amour de Dieu ne toucherait-il pas les psychotiques ?
Si j’ai bien lu l’Evangile, Jésus se fait connaître aux malades, à ceux
qui ont un esprit de « possession » et les bien-portants s’irritent de ce
qu’Il fréquente les maudits, les’’pauvres types’’, les simples d’esprit et
qu’il soit cru par eux ?
« Croire vraiment Jésus ? Laissons cela aux gens trop simples ou aux
débiles. »
Jean 9 : 24-34
Malheureux sommes-nous si nous croyons tenir quelque chose.
Notre volonté de puissance nous permet de faire et de défaire des mondes.
Combien de civilisations avant nous ? Mais combien nous restons toujours
aussi ignorants du réel.
Par exemple, Homo sapiens sapiens psychologicus à partir de quelques
expériences intimes et observations, d’ailleurs aussi vieilles que
l’humanité, a décidé de rompre avec la fixation, la déviation et l’usure.
Ainsi il remplaça des mots, des signifiants par d’autres. Il changea de
grilles de lecture pensant ainsi progresser dans le secret des âmes. Le
souffle d’Eros, par exemple, est devenu la « libido », le poids du péché
se dit désormais « culpabilité », les « vieux démons » se sont glissés
dans « les pulsions et compulsions », et « le Verbe en un moi ressuscité »
est devenu « sujet de ma parole » etc, etc.
Et les pauvres, les simples, ceux qu’on a oublié dans le partage et la
transmission de toutes ces richesses spirituelles nouvelles ? Perdus, ils
ne comprennent rien à ce nouveau langage. Je dis bien perdus et non pas
désenchantés, car le « monde désenchanté » n’est pas leur monde. Il y a
très, très longtemps qu’ils déchantent. Ils n’ont plus rien que les
miettes qu’on veut bien leur dispenser. Pas trop. Vous comprenez, trop
simplifier en ces domaines de l’esprit, ce serait se moquer du monde. La
vérité est exigeante.
N’oublions pas le clou, le top. Homo sapiens sapiens marchandus. Celui-là
a désormais la science exacte. Aussi la technologie. Une mémoire immense
et le sens des affaires. Ainsi il peut lancer des produits à tours de bras
mécaniques, des concepts aussi, toujours plus, toujours nouveaux. Plus les
bras tournent, plus ils lancent produits et concepts, plus il ramasse.
Et les pauvres ?
- Vous commencez à être rengaine avec vos pauvres. A la poubelle ! Avec
les surplus.
Quant à votre serviteur, si vous prenez tout ce qu’il écrit et ce qu’il
lui reste à écrire à la lettre, vous faites erreur. Ses écrits vous
égareront.
Car ce qui est en question croît par-delà nos représentations, au milieu
des mots que nous échangeons, entre les lignes de vie, ailleurs et
autrement que là où nous croyons entendre et voir.
Entendez-vous le souffle qui nous relie ? Sentez-vous le vent qui nous
transporte dans un ailleurs d’exister là où la caresse n’a nul besoin de
mots ?
Là où goûter le Vivant comble de joie lumineuse, là où les gémissements
ineffables disent la réalité de notre communion. Vivez-vous cela ?
Ignorants nous sommes, mais Amour demeure pour toujours maître en sa
maison.
Mais il me semble que je m’égare. Revenons à notre tâche, plus sérieuse.
Je vais vous faire une confidence, je n’en sais pas plus aujourd’hui que
le premier jour où Amour « m’a pris ». La première fois : transfiguration.
J’ai contemplé la Vérité. J’ai contemplé la vérité sans comprendre, tout
en comprenant tout.
Aujourd’hui je ne suis plus là où j’étais, je l’aime, et je ne comprends
toujours pas. Ni comment, ni pourquoi, ni pourquoi moi, ni comment je sais
que je parle en Lui et Lui en moi. Quand je ne contemple pas, je doute et
je l’attends comme je l’attendais au commencement.
Où en étions-nous ?
Ah oui, à la perte et à l’attente du commencement.
Les sens et les sentiments sont comme suspendus, en manque et en
attente. En désir de ce toucher, de ce doux contact.
Un manque nouveau, mais non pas comme ‘‘manque à être’’, cette faille en
vérité impossible à combler qu’elle connaît comme tout humain.
Le manque très précisément d’une personne. Ce divin Amour dont elle a été
aimée. Dont elle est aimée. Elle le sait, ils s’attendent.
Elle n’a pas de culture chrétienne ? Elle n’appellera pas tout de suite
Celui qu’elle recherche au lendemain de la rencontre, Jésus, mais saura
avec certitude que cette rencontre est l’Amour véritable. La seule vérité.
Qu’Il lui manque. Que c’est Lui qui toujours lui a manqué.
Elle possède une certaine culture chrétienne ? Elle saura immédiatement
que c’est le Christ. Sans hésitations, cœur de son cœur, chair de sa chair
de toute éternité.
« Plus rien ne compte vraiment désormais, excepté ce Cœur qui a ravi nos cœur pour n’en faire plus qu’un ; le cœur de tout le Corps ; Corpus Christi ».
Ce nouvel état affectif, cet amour, n’empêchent pas les sens de jouir des créatures et des plaisirs dans le monde, mais cette jouissance-là n’est déjà plus le but. Non pas que cette personne soit devenue chaste en un clin d’œil, indifférente aux autres, à la chair des autres, à la beauté des choses, à la bonne chère. Non pas que son corps connaisse comme une extinction de tout désir, une sorte de mort qui le séparerait désormais du commun ou de toute réalité physique. Loin s’en faut !
Non, ce toucher aurait plutôt réveillé quelque chose qui ressemble à un
désir intense qui va la mettre en marche, en quête de Lui, en quête de
rencontre de l’autre, en quête de relation en vérité et comme une sorte de
présence joie du vivant qui même plus tard lorsque le chemin sera devenu
douloureux et désertique ne quittera plus le fond de l’âme.
Elle a été unie à dieu-amour. Le plaisir puis la jouissance qu’elle a
connus ne ressemblent en rien à ce que les êtres peuvent se donner à
jouir. Toute la personne est désormais captive de cette relation-là. De
cette relation de tendresse. « Oui, c’est cela, cette relation à l’autre
divin est la relation des relations. »
La certitude d’avoir goûté le Véritable, d’avoir été aimée par Lui, ne
pourra plus être démentie, ni par la réalité, ni par le trou. Tout
l’essentiel était là. Retentissement immense dans la vie de la personne,
sur son comportement, ses choix et orientations de vie.
« Où es-tu mon ami ? » Le sentiment douloureux d’être séparé de ce qui
est Vivant, même s’il en reste quelque chose en soi. C’est le début de la
quête, nous l’avons vu. Quête de Lui mais aussi de « mes frères et sœurs
ma chair ». Une promesse a été faite : « Des frères et des sœurs te seront
donnés, au centuple. »
Quête de la relation vraie surtout, à cause de cette relation d’une nuit.
De la communion, de l’entre-nous sans tout ce qui fait obstacle en nous et
à l’extérieur.
Que sont nos biens, notre savoir pour le savoir, notre volonté d’être, nos
visages multiples, nos accommodements et tout ce qui constitue l’économie
humaine en comparaison du bonheur, de la vibration, de la joie, de la
chaleur, de l’amour ressentis en cette relation d’amour ? Divertissements
ou pire poursuite du vent. Toute la vérité était là.
Une trace a été laissée dans l’âme qui servira d’étalon, de repère. Enfin
c’est quelque chose comme ça. Ce qui n’est pas selon Lui est devenu très
sensible. Douloureux ce qui est corrompu par la mort, douloureux le
mensonge, douloureuses les relations qui n’en sont pas. Celles qui mangent
l’autre, celles en miroir, celles faussement ouvertes qui se protègent ou
haïssent, celles qui ont peur, celles qui ne sont que codes, les apprises
et répétées, inlassablement répétées, celles intéressées, toujours avides
de prendre, de vider, de conquérir, les apparentes, les manipulatrices,
les profiteuses aussi, etc.
« Non ! Mon Amour n’est pas là. Si l’on vous dit que c’est ça l’amour, ne
le croyez pas. »
Ne le croyez pas, mais ne condamnez pas. Nous sommes tous malades parce que nous sommes séparés de Lui et tout ce qui est séparé de Lui est dans une sorte d’erreur d’être ou de mauvaise orientation du désir. Son lieu est dans un ailleurs d’exister, dans cette montagne où il nous faut monter, « là où un tel est né». « Là où tu nais, là où je suis né ». Rien à voir avec l’exclusion de l’autre, celui qui n’est pas de la famille. Rien à voir avec cette séparation imaginée par ceux qui se croient purs : « Les bons à ma droite, les mauvais à gauche, et que ça saute ! » Non rien de tout cela.
Car la séparation ne passe pas entre nous et les autres. Ni entre ce qui
relève d’un ‘‘savoir’’ et ce qui vit le malheur, l’ignorance, la ténèbre
ou le chaos. Je peux dire par exemple qu’elle passe au cœur même de ce qui
vit la ténèbre. La séparation passe en tout humain pour sauver le tout de
l’humain, et s’il y a séparation c’est pour sauver de ce qui tue l’homme.
Et nous le connaissons déjà cet « homicide depuis l’origine».
« Je veux croire et je veux la vie entre nous ! »
Cela a à voir avec la rencontre-union qui fut charnelle, avec une
communion de chair à chair. Le ''chez-nous'' est l’entre-nous véritable de
tous les hommes, de toute la création. Entre-nous à l’image de Dieu Amour.
Nécessité de l’amour.
Amour malgré nous. Amour malgré tout ce qui fait obstacle en nous, et
notamment une autre nécessité qui est volonté d’être qui toujours cherche
à « s’accroître et à se conserver » au détriment des autres.
« Ô ! mon Amour, je brûle dans l’attente de ce qui vient.
En présence, lorsque la peur n’est plus et que le cœur s’ouvre, je peux
discerner le corps de lumière dans les corps, la chair spirituelle de tout
un chacun, la face lumineuse de tout visage ».
Montée puis descente puis montée puis… etc.
« Pienichehaut oienichebas la nuit hibounichenihautnibas » chante l’enfant
en elle.
Timidement inquiète, car encore ignorante des visées de l’Amour à son
égard, elle finit par ressentir un appel vers le bas, un décrochage, un
‘‘déphasage’’ par rapport à tout ce qui était et faisait sa vie jusque-là.
Paradoxalement encore, malgré la relation amoureuse et intime qu’elle
entretient désormais avec Celui qu’elle aime, tout le bouleversement
intérieur qu’elle connaît effectivement et cette nécessité de l’exode qui
force ses pas et son chemin, elle est loin de savoir encore s’abandonner
en toute quiétude dans ses mains et recherche toujours les sécurités et
les assurances qu’offrent la vie courante et les structures humaines. Mais
elle a goûté et contemplé le Véritable Amour.
Et cette contemplation la tirera hors de l’ordre du monde. Elle traversera
le mal et goûtera le vrai malheur. Sur les traces du premier né, malheur
social, familial, intime, descentes, pertes et mort, pour la seule raison
qu’elle a eu contact avec la Lumière et que l’Ordre du monde ne supporte
pas cette lumière-là. Vous ne me croyez pas ? Relisez l’Evangile. Nous
lisons que même la propre famille de Jésus pensait qu’il avait perdu la
raison. Marc 3 : 20-21
Il faut dire ici que Jésus n’a pas donné sa vie parce que son Père
voulait qu’il se sacrifice, comme ça, juste pour racheter les hommes selon
les exigences d’une loi de compensation, œil pour œil, dent pour dent,
comme un contrepoids selon le modèle archaïque des sacrifices d’animaux.
L’antique sacrifice animal n’était qu’un « ombre des choses à venir » et «
la chair et le sang ( psychiques ) ne servent absolument à rien, c’est
l’Esprit qui donne la vie » car « combien plus le sang du Christ qui, par
un Esprit éternel, s’est offert à Dieu sans tache, purifie-t-il notre
conscience des oeuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu
Vivant ! »
Le Don du Père est toujours premier et gratuit, hier, aujourd’hui et
demain. Et ce don, c’est le Vivant qui vient à nous. Malentendu donc.
Que faut-il entendre alors par sacrifice nécessaire pour le rachat des
péchés ?
Le Don du Père c’est le Fils, la Lumière envoyée gratuitement dans le
monde. Mais le monde ne supporte pas la gratuité et encore moins la
Lumière.
Jésus meurt car il éclaire justement ce que la plupart ne veulent pas voir
en face.
Parce qu’il n’a rien voulu concéder au mensonge et aux puissances
mortifères, ceux-ci l’ont tué.
Il s’est dressé en travers de « l’homicide depuis l’origine » par Amour,
mais l’égarement est tel, que le juste meurt comme un malfaiteur. Isaïe 53
Et s’il est allé jusqu’au bout c’est parce que tout recul devant cette
terrible échéance aurait signifié que la mort est plus forte que l’amour,
le mensonge plus réel que la vérité, la force plus puissante que la
faiblesse et aurait eu pour conséquence d’arrêter le processus de prise de
conscience chez ceux qui commençaient à entendre la Parole, Sa Lumière.
« Passe derrière moi Satan » lança Jésus à Pierre qui voulait lui éviter
la mort. « Tu penses non pas selon les pensées de Dieu, mais selon celles
des hommes. »
Matthieu 16 : 21-23
Ainsi il a donné sa vie, ainsi il a porté les péchés d’un grand nombre.
« Heureux l’homme qui contemple le fils de l’homme, brûlant d’amour,
dressé en travers du Mal. C’est pour anéantir l’œuvre du péché qu’il s’est
dressé, dans les ténèbres, à en mourir. » Voir Nombres 21 : 8 - 9
Le meurtre du juste en pleine nuit, fait prendre conscience du meurtre, de
la violence et du mensonge en nous depuis le commencement. Il faut
vraiment que nous soyons méchants et enténébrés pour vouloir la mort d’un
homme qui fit tant de bien. Mais la vérité et l’amour qu’il révélait,
venaient contrarier l’idée que nous nous faisions de l’amour et de la
vérité ; que nous nous faisons aujourd’hui encore.
Par cet acte d’amour libre, consacré tout entier à la vérité, le Fils a
été relevé dans la gloire du Père parce que lui seul a entendu son
commandement.
Ainsi il a donné sa vie pour ses amis, ceux qui, à sa suite, sont appelés
à accomplir tout le chemin et qui en Présence de l’Esprit, le Saint, se
verront ouvrir la Porte qui mène hors de l’emprise du menteur et de
l’accusateur.
Ainsi donc il apparaît « une seconde fois, sans péchés, à ceux qui
l’attendent pour leur salut ». Et comme lui, ils devront traverser tout le
Mal.
Il ne faut pas entendre là que dieu-amour nous appelle à une vie
consacrée toute entière à la douleur et au sacrifice, comme si la
souffrance était en elle-même le moyen de montrer son amour, comme si la
mortification de la chair était la seule garantie d’une conversion réelle
ou d’une vie en Christ fidèle. Ces motivations, toujours un peu suspectes
à l’homme d’aujourd’hui, ne résultent pas du Vouloir et de l’influence
directe de dieu-amour.
(D’ailleurs si Jésus a jeûné, il a aussi mangé très bien et sans
scrupules, au point que ses détracteurs qui ne comprenaient rien à la joie
et à la liberté de l’Epoux disaient de lui que c’était un « glouton et un
buveur ? » Et son Epouse aussi est joyeuse, qu’on se le dise.)
A quoi servent le sacrifice et la mortification s’il n’y a pas l’Amour. Et
« l’Amour supporte tout, croit tout, espère tout, endure tout. » Ce que
veut Amour c’est la compassion, la justice et la vérité dans l’amour et
pour l’amour de tout ; du tout de l’humain, du tout de Dieu, du Vivant, de
la Joie entre-nous et au milieu de nous. Le feu. Un serpent brûlant en
place du serpent qui donne la mort. L’homme brûlant au lieu de l’homme
mort.
Pourtant il y aura souffrance. A cause de la Lumière que le monde en soi
et autour de soi ne supporte pas. Ici, la souffrance et le malheur ne sont
pas recherchés, mais ils résultent de deux pensées, pensées de Dieu et
pensées des hommes, qui se rencontrent en ce monde et aboutissent au lieu
de la Croix.
Mortifications, moralisme rigide.
Ces comportements et ces orientations, sont, chez beaucoup, la seule
réponse première qu’ils puissent offrir à Dieu comme preuve de leur
bonne-volonté ou d’un repentir sincère. C’est en quelque sorte la réaction
première (et je dirai naturelle), au contact de la Parole, d’une chair
malade ou d’un psychisme blessé qui n’arrive pas à entendre, dans toute sa
portée, l’Amour donné gratuitement. (On pourrait dire la même chose de
celui qui rejette Dieu). Ce que j’avance là ne veut en aucun cas signifier
que la relation à Dieu de ces personnes soit imaginaire ou folie. Leur
relation à Amour est réelle. Nous avons insisté plus haut pour dire
combien justement le Christ s’adressait aux malades et aux blessés de la
vie.
« Venez à moi, les blessés, les mal portants, vous tous qui peinez et
souffrez, car ma charge est légère et mon joug est doux et je vous
prendrai auprès de moi. Tout est pardonné, je vous guérirai. »
Seulement comme elles sont justement des brebis malades, fragiles, souvent
blessées (abîmées) par la violence qui est dans l’ordre du monde (n’est-ce
pas notre cas à tous ?), elles sont dans l’impossibilité ou n’osent pas
entendre l’appel de l’Epoux dans toute sa puissance rédemptrice, dans
toute sa gratuité joyeuse, sa simplicité aussi.
« Lui, peut sauver tout l’homme, ici, maintenant. »
Comme elles ne peuvent croire qu’elles sont ainsi aimées gratuitement,
elles veulent montrer des preuves de leur amour, de leur bonne volonté. Et
comme en plus ces soi-disant exigences d’un Dieu d’amour sont
re-présentées ou imposées par d’autres, des « Maîtres » ou des « Pères »
qui n’arrivent pas eux-mêmes à croire vraiment tout l’amour qui vient du
seul Père, bien qu’ils ne cessent d’en parler, elles se retrouvent avec de
lourds fardeaux sur les épaules. Ce qui augmente leur peine ou les
tourments.
Tous ceux-là veulent montrer, croyant bien faire, combien leur amour est
capable de sacrifice et d’oeuvres, mais c’est en réalité qu’ils n’osent
pas croire que Amour guérit vraiment, gratuitement, ici maintenant. Alors
ils imaginent l’œuvre de salut à développer et se développant dans le
temps et dans l’Histoire au nom de Dieu, oubliant que Dieu accomplit
surtout son dessein par la Présence qu’il réalise en chaque âme,
personnellement.
Sœurs et frères bien-aimés, recherchez la Présence de Celui qui sauve ici,
maintenant, car quiconque expérimente le contact avec Amour (plus ou moins
complet) accède à un au-delà de tout processus temporel. Ainsi il a la Vie
éternelle à demeure. Vie en Dieu qui est l’alpha et l’oméga, le même hier,
aujourd’hui et demain.
Le désir de bien faire cache une angoisse, celle de ne pas être digne, une
culpabilité, une faute d’exister que nous ne pouvons que projeter dans nos
actes. Ainsi nous restons prisonniers du Menteur, de celui qui accuse et
tue depuis l’origine.
Ne rien accomplir en son nom si l’on n’est pas poussé par Dieu-Amour.
Et Dieu-Amour ne peut agir en nous que si nous l’avons à demeure.
Et nous ne pouvons le recevoir réellement que dans la rupture avec une
ancienne manière d’être au monde.
Si nous sommes tourmentés, c’est à cause de notre manque de foi et
pourtant nous sommes sûrs d’avoir la foi, mais nous nous trompons, sinon
nous pourrions soulever des montagnes. Les choses sont si simples et si
évidentes.
« Et j’ai compris ce passage : « Aujourd’hui si vous endurcissez vos
cœur, vous n’entrerez pas dans mon repos ». Je n’avais pas la paix parce
que je n’acceptais pas d’entendre sa voix qui parlait en moi ; il y avait
quelque chose de différent. Je ne reconnaissais pas l’Esprit du Christ et
comme je me faisais cette remarque, en moi Il a dit : « Aujourd’hui tu es
mon fils, mon bien-aimé ». Je compris que c’était mon Père qui parlait en
moi. Je ne sais comment, mais je savais qu’il me remettait une autorité
spirituelle et qu’en me faisant entrer dans son repos, il me faisait
pénétrer dans son Amour. Là où j’allais pouvoir me reposer de mes œuvres.
Et je compris que le péché vient de Vouloir Bien Faire, alors que l’on
écoute pas la voix de notre Père en nous.
Et je compris comment en voulant bien faire et bien penser, Adam et Eve
ont péché. Ils n’étaient pas méchants, ils voulaient juste bien faire. Ils
croyaient peut être faire plaisir à Dieu en faisant des efforts pour
devenir comme Dieu. Et ils firent, sans penser à mal ; mais avec élan,
sans s’occuper de la Volonté de Dieu.
Il a suffi d’une encouragement pour que tout bascule. Ils inversèrent la
Voie de Dieu. Et quand celle-ci se fit entendre, ils eurent peur car ils
ne la reconnaissaient plus comme la voix d’un père aimant.
Bientôt ils ne comprirent plus du tout et furent obligés de s’appuyer sur
leur seule volonté de bien faire. Ils étaient désormais seuls et nus.
C’est ainsi qu’apparu le péché : la peur et le doute d’abord parce qu’ils
n’entendaient plus sa voix aimante, puis la confusion compensée par
l’entêtement et l’orgueil, puis les conflits intérieurs se manifestant
dans les rivalités, puis les échecs compensés par les mensonges, les
faux-semblants, les dénis, puis l’accusation de l’autre, puis la haine et
enfin la guerre. Puis les victimes. »
Mais la voix de l’époux insiste : « Paix aux hommes de bonne volonté. »
« Pourquoi ne crois-tu pas ma parole ma bien-aimée ?
Ne t’ai-je pas dit que si tu croyais, tu vivrais ? Car celui qui croit ma
parole a la vie éternelle.
Tu es noire ma bien-aimée, mais je t’aime comme tu es. Ne te fais pas de
mal en cherchant à me plaire. Tu me plais comme tu es. Comme tu es je te
sauve. Crois seulement mon amour. Je suis venu et j’ai été élevé pour
cela, pour que quiconque me croit, soit guéri et vive. Tu n’as plus rien à
prouver, ainsi en a décidé le Père lorsqu’il m’envoya dans le monde. Crois
seulement ma parole et la joie que je te donnerai te sauvera. »
Avec le temps cette voix sera peut-être entendue, alors la relation
deviendra plus paisible.
A l’opposé il est des croyants qui sont animés par une telle joie du
Seigneur et une telle certitude d’être sauvé que le doute ni le trouble ne
semblent plus les habiter ; le ’’Seigneur quoiqu’il arrive, quoi que tu
fasses est là pour toi’’.
On est en droit il me semble en ce qui concerne de tels croyants de se
demander s’ils ne se sont pas fabriqué un Amour à leur mesure qui leur
éviterait l’épreuve de la réalité? On est en droit de se demander comment
ils entendent cette parole de Jésus qui dit que pas un iota de la Loi ne
passera ? Matthieu 5 :17-20
Dans ce cas, il se pourrait que leur Dieu ne soit qu’une idole de plus.
Voir II thessaloniciens 2 : 3-12
« Oui parce que le Fils désire la fin de la perversion de la Loi, il
l’inscrit et l’inscrira dans les cœurs de chair. Ainsi Amour triomphera
dans la justice et la vérité. »
« Je compris qu’il fallait que je me mette au travail. »
Mais nous avons bien parlé de la souffrance du juste et de la traversée
du mal ?
Qu’est-ce qui sera la cause de la traversée du Mal ?
Qu’est-ce qui fait que le malheur bien que non recherché sera goûté ?
Mon impavide Amour
Mon impavide Amour
Mon impavide Epoux
Ma tendre Mère
En votre absence
Combien j’ai souffert d’oser
Le Trou
Tout la haut trou là où
Toi-moi criions d’abandon
En cette Absence
Combien combien nous manquions d’air
La Croix
Petit bout de Corps sans souffle
Ne recevait plus jouissance de Lui
En ce manque
Combien combien il était déchiré
Mais trou dans le mur
Pourtant jouir de peu
Non ! Je ne pus m’y résoudre
Par ce rien néanmoins
Aujourd’hui nous vibrons de nous connaître en vie
L’Epouse renversée
Moins-de-jouir
Plaisir en feu
Feu le repos
Repos de flamme
Nécessité d’Amour et nécessités d’êtres
(Une autre manière de dire la Croix)
Une nécessité d’amour (présente en tout humain « créé à l’image de Dieu »)
est réveillée, réorientée et suractivée désormais en la personne par la
trace très présente et très forte de cette expérience divine qui a tout
bouleversé en elle et comme ôté le sol de sous ses pieds.
Sans qu’elle le réalise encore bien, tous ses appuis commencent à
s’écrouler. Tout ce qui alimentait ses désirs. Cela devient secondaire à
cause de l’obnubilation qu’elle a de son Amour divin.
Au début c’était une sorte de « blessure délicieuse ». Elle deviendra avec
le temps un véritable mourir d’amour ; il lui semblera alors couler à fond
et périr. Jouissances et souffrances ne la quitteront plus. Cependant
paradoxe, en ce vide elle avance en assurance.
Quels que soient les égarements du marcheur, celui-ci possède désormais
une sorte de boussole intérieure dont l’aiguille lui rappelle
inexorablement la direction d’un pôle dont une force est issue et attire.
Une autre façon de le dire.
C’est le début du travail divin à notre insu. Travail qui dans un premier
temps obscurcit l’esprit et trouble le cœur. Puis, par la suite, emplit
parfois le cœur d’amour et éclaire l’esprit. Contemplation infuse qui met
en contact avec ce qui est.
Connaître ne passera plus seulement par un apprentissage, ni par un savoir
acquis, ni par une expérience intime naturelle, éprouvée ou pratiquée par
un être attentif, mais essentiellement par un contact avec Amour tout
autre, présent-absent, d’où l’impression très angoissante de perdre
progressivement toute référence, tout repère. Joies ou chagrins seront
alors les deux pôles d’une même opération divine ; joie éprouvée
immédiatement par contact ou chagrin à la suite de l’absence de contact.
Ou bien
Joie du cœur à cœur, du contact avec Amour. Joie de recevoir parfois des
lumières, surtout par le moyen de la parole tant aimée. Jubilation de voir
sa conscience s’emplir et s’élargir.
Mais aussi sa contrepartie, la douleur de contempler, de toucher, d’être
pénétré au cœur par l’ordre du monde tel qu’il est ; le malheur, le
mensonge au cœur des meilleures intentions et des sentiments sincères ;
dans nos institutions et nos mœurs, les déviations, le poids du péché
collectif.
L’esprit éclairé ? Douleur de se savoir complice de cet ordre par lâcheté,
ignorance, indifférence.
Joies et douleurs se succèdent, parfois rapidement. Elles sont ressenties
par tout le corps, par tout l’esprit, parfois simultanément.
Meurtrissures. Elles sont un des critères que nous sommes vraiment dans le
réel, que tout nous traverse, que nous passons l’épreuve du réel. C’est le
début de l’écartèlement et de l’humiliation.
Dans la joie et la douleur se fait ainsi l’apprentissage d’un amour qui
impose progressivement la claire contemplation de notre propre néant, de
l’ordre du monde ainsi que l’humble soumission aux nécessités de la
matière.
Dieu nous amène à contempler ce qui est, mais en même temps nous attire,
puis nous arrache et nous déchire par la seule puissance de son amour.
Nécessité de la matière et ordre du monde ne doivent pas, il me semble,
être entièrement confondus.
L’ordre de la matière est aveugle. Hasard et nécessités, semble-t-il,
constituent les lois qui le régissent. Harmonie et beauté émanent de lui.
Nous appellerons ordre du monde l’ensemble des relations et des rapports
qu’entretiennent les êtres vivants et les êtres humains.
Celui-ci n’est pas seulement aveuglement mécanique et inexorable, hasard
et nécessité, il est un instinct, une logique : s’accroître et se
conserver au détriment d’autrui. Paradoxalement, il est aussi besoin
d’amour. Une présence de l’amour au cœur même du chaos et de la violence.
Mais il reste certain que la tonalité générale de cet ordre du monde est
déterminée par le rapport prédateur-victime. Lutte pour la survie et
rivalités impitoyables.
Pour survivre, les êtres vivants doivent nier, tuer, bouffer l’autre. Le
monde du vivant fonctionne apparemment entièrement ainsi. Difficile d’y
trouver la trace de la compassion divine.
Les rapports humains n’échappent pas à cette loi malgré la Loi. Ils sont
plus ou moins marqués et déterminés par cette même volonté inconsciente,
cette nécessité de se « conserver et de s’accroître ».
Dans ce monde du vivant impitoyable existent malgré tout des formes
d’amour, de plus en plus complexes selon le niveau d’évolution de l’espèce
; entre une mère et ses petits par exemple ou au sein d’un groupe quand
existent une conscience et une protection collective de chaque individu.
Mais il reste certain que la tonalité générale de cet ordre du monde est
déterminée par le rapport prédateur-victime. Luttes pour la survie et
rivalités nécessaires. Ainsi même l’amour (la trace d’amour dès avant
l’origine) est ancrée dans cette nécessité. D’où cette incapacité où nous
sommes d’aimer l’autre d’un amour qui ne le dévore pas, qui ne le possède
pas, qui ne le tue pas.
Pourtant l’âme qui a vécu le contact, la relation des relations, saura
désormais dans son retournement que cette nécessité-là de s’accroître et
se conserver n’est pas première. Elle sait que l’amour est premier, dès
avant le meurtre à l’origine, puisqu’il a pouvoir sur le meurtre et le
mensonge en elle, puisqu’il la guérit de la logique de mort.
Cette logique de mort, cet instinct prend dans l’économie humaine des
formes très sophistiquées, jusqu’à même apparaître sous des aspects
opposés. Ce qui est homicide revêt alors l’apparence du Vivant et prend un
habit de lumière.
Le Malin aime faire son lit dans le lieu même où le Vivant enfante.
Vous le reconnaîtrez à ceci : comme il porte la mort en lui, il ne sait
pas créer du neuf. Alors il fixe et répète sans cesse. Ainsi il préfère
les systèmes au vent du large. En lui tout se fige et se pétrifie, mais
comme il sait organiser, structurer, complexifier il donne à croire aux
hommes qu’il y a progrès en humanité.
« Moi, je connais mon Bien-Aimé, comme il est simple et veut l’homme
libéré, il n’aime pas les tours de Babel. Sors d’elle, sors de Babel mon
peuple.» Jérémie 50 :1-7
Comment penser l’Amour de Dieu dans la création quand on sait que cette
sélection très meurtrière est nécessaire à l’évolution, à la qualité des
individus, à la complexification du vivant ? Complexification par la
violence et la ‘‘grande bouffe’’ qui permettra cependant à l’homme à un
moment de l’histoire (sommet de l’évolution ?) de devenir humain, d’aimer
autrui comme lui-même ?
Peut-être que l’amour qui vient du Père se goûte-t-il plus qu’il ne se
pense ? Peut-être faut-il le toucher, être au contact, pour guérir de la
volonté d’être au détriment d’autrui ?
Quelque chose de cette prise de conscience-là apparaît dans l’épître de
Jacques quand il dit : « Mais si vous avez au cœur jalousie amère et
esprit de rivalité, ne vous vantez pas et ne mentez pas à la vérité. Cette
sagesse-là ne descend pas d’en haut, mais elle est terrestre, animale
(psychique), démoniaque. »
Isaïe ne semble pas non plus très satisfait de l’ordre du monde
lorsqu’il prophétise la venue de Celui qui renversera les rapports entre
les êtres :
« Un rameau sortira du tronc de Jessé, et de ses racines un rejeton
poussera.
Sur lui reposera l’Esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d’intelligence,
esprit de conseil et de vaillance, esprit de science et de crainte de
Yahvé.
Il ne jugera pas sur l’apparence et ne décidera pas sur un simple ouï-dire
;
Il jugera les faibles avec justice et décidera avec équité pour les
humbles du pays…
La justice sera la ceinture de ses reins, et la sincérité, la ceinture de
ses flancs.
Le loup séjournera avec l’agneau, le léopard gîtera avec le chevreau ;
Le veau et le lionceau pâtureront ensemble, et un petit garçon les
conduira ;
La vache et l’ours lieront amitié…
On ne connaîtra ni mal ni perversité sur toute ma montagne sainte,
Car la connaissance de Yahvé remplira la terre comme les eaux couvrent la
mer. »
Pourtant le meurtre, toujours.
Que signifie le principe universel de Darwin sinon le constat qu’il n’y a
pas trace de compassion divine dans la nature : « la vie est une lutte
dans laquelle les plus aptes subsistent. »
Mais Jésus est mort notamment parce qu’il refusait cette logique. Parce
qu’il faisait la Volonté de son Père qui est bon, il s’opposa à cet esprit
qui est dans le monde, et celui-ci selon la seule logique qu’il connaisse,
le tua. Ce faisant, il nous libéra de cette logique de mort par sa
résistance jusqu’au sacrifice au menteur et au meurtrier depuis l’origine.
Cet acte d’amour a mis le meurtrier et le menteur dès l’origine en échec.
« C’est maintenant le jugement de ce monde ; c’est maintenant que le chef
de ce monde va être jeté dehors. Et moi, une fois élevé de terre,
j’attirerai les hommes vers moi. » Jean 12 : 31-33
« Prenez courage, j’ai vaincu le monde. »
Je crois en sa résistance, je crois en sa Parole, je crois en son Esprit.
Je comprends son sacrifice et je refuse de transférer à l’humanité ce
principe concernant la nature. L’humain n’est pas que nature, il est aussi
surnature par la trace de Dieu en lui et grâce à Christ ressuscité qui par
son Esprit Saint illumine notre cœur et révèle l’amour du Père en nous.
Le chœur des justes : « Nous T’aimons Seigneur Amour parce que sur terre
tu accomplis la justice, l’amour et la vérité pour la délivrance des fils
de l’homme; toute la Loi à laquelle nous aspirons de toutes nos forces, de
toute notre âme, de tout notre cœur et de tout notre esprit. »
Que dit encore Jésus là-dessus ?
« Vous ne faites pas partie du monde, mais vous êtes dans le monde. Père
veille sur eux à cause du Malin. »
Amour nous tire hors de cet ordre du monde, hors de cet ordre de la
violence et du meurtre, pour nous redonner au monde. Pour servir de
nourriture au monde. Très dur.
« Ne vous opposez pas à celui qui est méchant ; mais à celui qui vous
gifle sur la joue droite, tendez-lui aussi l’autre.» Une sorte de Loi du
talion « œil pour œil, dent pour dent » retournée.
Ceux qui vivent de la logique de ce monde ricanent en entendant cette
parole et crient au masochisme, d’autres jouent et font comme si. Tous
s’accordent à reconnaître cependant que ces recommandations sont
impossibles à suivre.
Quelques sages pieux et courageux ont interprété ces paroles dans le sens
d’une non-violence.
Or Jésus, ici, comme dans beaucoup d’autres paroles, nous parle d’autre
chose.
Que veut dire Jésus quand il dit : « Ne vous opposez pas à celui qui est
méchant ? »
Il nous parle d’une Voie, de la Pensée du Père, du lieu de sa Présence.
Il veut dire que quel que soit notre bon droit, notre bonne foi, il ne
faut pas espérer échapper à l’ordre injuste du monde quand on s’oppose au
mal sur le terrain du mal. Le fait d’agir, de réagir ou de non-agir sur
des bases imposées par un ordre inique, même sans violence, c’est être
appâté par les puissances mortifères qui sont dans les logiques du monde.
C’est au bout du compte montrer qu’on en est captif. C’est finir par
rejoindre et se soumettre à une logique de mort qui est éloignée de la
voie de notre Père.
En ce sens la logique du monde et la voie ouverte par Jésus sont
inconciliables. Ne rien désirer d’autre que la volonté de notre Père.
« L’important pour ses fils est de témoigner de l’impossible, car la vie
éternelle est qu’ils te connaissent, Toi le dieu vrai, Celui qui est tout
autre et qu’aucune pensée, ni volonté humaine ne peut approcher, si tu ne
te révèles à l’homme. »
Heureux celui qui entend. Reste alors à traverser le mal. Le deuil, la
soif et la faim, la solitude, les tourments, les incompréhensions, les
persécutions volontaires et involontaires, les exclusions. « Heureux
êtes-vous quand… »
Cela ne l’intéresse pas de nous délivrer de la pesanteur d’une Loi mal
entendue, source de tant d’injustices au nom de la justice, si c’est pour
que nous allions aussitôt nous jeter sous une autre loi, nous fixer, en
son nom, à d’autres principes, source eux-mêmes de malentendus. « Si votre
justice est semblable à celle des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le
Royaume de Dieu. »
Je tiens à préciser ici que le terme de « pharisien » désigne un type
universel, voire l’ordre du monde même. Rien à voir donc avec le méchant
juif responsable du meurtre du Christ. Trop facile de transférer sur
autrui l’homicide qui nous habite tous.
Mais ce témoignage de l’histoire, consigné dans les Evangiles, doit nous
faire entendre que l’on peut être très religieux, suivre scrupuleusement
la Loi de Dieu, avoir les mots de l’amour et du respect de l’autre, se
croire même sorti de l’ordre de monde avec sa cohorte de meurtres et de
mensonges, et être pourtant grandement dans l’erreur, tout simplement
parce qu’il n’y a pas eu déplacement effectif d’être.
Le fameux passage d’un lieu d’écoute à un autre, de l’homme ancien à l’homme nouveau. Lieu nouveau, la création nouvelle où en Christ il n’y a plus rien de souillé car y règne l’amour libre, juste et véritable au service du tout de l’humain.
Ainsi ces paroles :
« Aime et fais ce que tu veux. » St Augustin
« Je sais et je suis persuadé dans le Seigneur que rien n’est souillé en
soi-même . » Romains 14 : 14
« Si tu sais pourquoi tu travailles le jour du shabbat, tu ne commets pas
de faute, mais si tu l’ignores, tu transgresses la Loi et ton péché est
grand. »
Apocryphes
A quoi sert le sacrifice si l’on ne sait pas vraiment pourquoi l’on
sacrifie ou si suivre la règle relève de la peur de la sanction, du
jugement des autres, de la soumission à la volonté d’un autre, de
l’endoctrinement, de la pression du groupe, en d’autres termes d’une
parole dont nous ne sommes pas le sujet, car dans ce cas ce n’est pas
l’amour qui rend libre qui entend et accomplit la Loi mais en place la
peur, la volonté et la violence pour une Loi-malentendu.
Jésus nous veut dans la Lumière et dans la Vérité. Il nous parle d’une
Voie qui libère du sommeil, du malentendu et de l’homicide. Et Sa Parole
libère.
« Cette parole vient et doit venir au contact des cœurs et des oreilles.
Que celui qui a des oreilles entende. »
Remarque importante :
Je tiens à préciser ici que ordre du monde ne signifie pas qu’il y
aurait d’un côté les justes à l’écart du monde des hommes et de la
société et de l’autre les réprouvés de Dieu. Nous l’avons déjà évoqué,
la séparation passe en chacun de nous. Ordre du monde signifie ce qui
s’accroît et se conserve en nous et dans la société en dehors de la
lumière et de l’amour de Dieu et qui ne peut déboucher que sur des
logiques et des pratiques mortifères, les œuvres de la chair : volontés
narcissiques, ambitions ego centrées, amours dévorants ou possessifs,
prestige social, rivalités, convoitises, amour de l’argent, etc.
Or en chacun de nous et donc dans les oeuvres humaines demeure aussi la
nécessité divine d’amour.
Ecartèlement. Galates 5 : 13-26 et Romains 7 : 21- 25 et 8 :1- 4
Traverser le malheur, c’est d’abord accepter l’ordre de la matière.
Savoir aussi la possibilité du malheur pour soi-même. Ne plus croire ou
espérer illusoirement pouvoir y échapper.
C’est expérimenter profondément l’infinie misère de la nature humaine, sa
très fragile condition aux prises avec les nécessités de l’univers et de
la matière.
C’est savoir son corps dans la chair entièrement livré au hasard et aux
aléas de la matière. Corps percé, broyé, brûlé, noyé, malade, détruit.
Contempler une âme dans la chair si fragile, si instable, entièrement
soumise aux fluctuations somatiques, aux circonstances ; états d’âmes,
vague à l’âme, joies et dépressions, selon.
Cette nécessaire soumission à l’ordre de la matière enseigne à l’âme qui
veut la vérité et qui ne fuit pas la réalité, l’humilité, les limites du
moi, l’acceptation de « ce qui ne dépend pas de nous ».
Dans l’ordre du monde, la personne saura son être social pris dans des
relations et des logiques qui le déterminent et l’éloignent trop souvent
du Véritable.
Comprendre que dieu-amour ne nous protège de la haine et de l’amour malade
que par contact d’Amour ; une caresse, un souffle tendre fortifiant
l’homme intérieur mais si fragile.
Voilà pourquoi, quand elle priera, la bien-aimée ne réclamera rien pour la
sauvegarde de sa propre vie physique. Elle lui demandera seulement de
demeurer dans son amour, de garder toujours, même au cœur de la
destruction et de la mort, sa chair dans l’amour de la lumière.
Autant ce que nous pouvons demander à Dieu sur le plan matériel est
suspect car recevoir, gagner, obtenir, prendre en ce domaine se fait
toujours, dans cet ordre du monde, au détriment de quelqu’un d’autre,
autant nous pouvons inlassablement et dans l’excès Lui réclamer plus
d’amour en notre cœur, plus d’amour pour autrui.
« Plutôt que de bouffer l’autre, donne-moi de rayonner le Vivant, mon Dieu
».
Nous pouvons ainsi demander pour autrui et vouloir le miracle et la
guérison pour autrui comme le fit Jésus.
Remarquez qu’il ne demanda rien pour lui en ce monde, seulement que la
volonté du Père soit accomplie, c’est à dire de demeurer dans son Amour et
dans sa Vérité, même si cela devait déchaîner les puissances de l’enfer ou
signifier d’une façon ou d’une autre la perte de tout prestige social, sa
dégradation sociale, sa mise à mort.
Etre conscient de tout cela, à tout instant, c’est assumer sa condition d’homme, c’est répondre pour autrui. Mais c’est aussi connaître l’écartèlement. C’est véritablement porter sa croix, car d’une part il y a contact avec le vivant, la bonté, la beauté, ce qui ne meurt pas, ce qui est promesse d’un ailleurs d’exister et de l’autre, la contemplation des réalités de l’ordre du monde et notre pitoyable impuissance face aux nécessités. La croix c’est souffrir entièrement cette conscience-là.
J’aimerais raconter une histoire.
Il y avait un homme qui admirait beaucoup un écrivain d’un pays voisin. Il
trouvait dans ses écrits tant d’amour pour les hommes, tant de beauté,
qu’il en était arrivé à le chérir en secret comme un frère. Mais voilà que
la guerre éclata entre ce pays voisin et le sien. Bien que sa conscience
soit déchirée par le choix à faire, il décida de combattre pour son pays,
par devoir et responsabilité pour les siens qui attendaient de lui qu’il
protège leur vie.
Un jour, alors qu’il était en embuscade, il tua deux ennemis. Mais
lorsqu’il arriva près des cadavres, il reconnut un des visages. C’était le
même visage que celui de l’être aimé qui se trouvait sur la couverture du
livre qu’il conservait toujours avec lui sur son cœur.
Pris d’un terrible chagrin, tourmenté par le remord et la culpabilité, il
finit par aller voir un homme pieux resté étranger au conflit (et dont
certains disaient qu’il était irresponsable de se réfugier ainsi dans la
prière en de telles circonstances), pour essayer de comprendre et de
trouver un peu la paix.
« Oh mon ami, j’ai tué l’esprit de l’homme que j’aimais le plus au monde.
J’ai fait le mal. J’ai ajouté du mal au mal. Pourtant, je ne suis pour
rien en cette guerre. »
Le vieil homme lui dit : « Mon enfant, tu as été contraint par la
nécessité.
Moi-même qui suis là dans la prière, je réponds aussi au nécessaire. Ces
nécessités là ne peuvent être le Bien. En ces temps de conflit et de
meurtre, Dieu est en nos cœurs sans-puissance. Il nous faut donc implorer
l’Amour au-delà de nos petites et terribles affaires afin qu’il nous fasse
goûter son infinie tendresse pour les morts comme pour les vivants, ainsi
nous serons sauvés. »
L’ordre de la matière nous contraint à la soumission, nous oblige à
accepter les limites de la chair et de l’ego. Que peut-on contre un raz de
marée, une tempête, une montagne qui s’abat sur des corps de chair ? On a
beau aujourd’hui, à cause de notre peur de la mort et dans notre
prétention à être maîtres de l’univers (les deux face d’une même pièce)
tout faire pour repousser les risques, reconnaître et accepter ici de
subir ce qui ne dépend pas de nous est inévitable. Nécessité.
Cette humiliation imposée par les éléments ne se retrouve plus dans
l’ordre du monde où nous avons toujours le choix de faire comme si notre
chair n’était pas si fragile, comme si le malheur pouvait être maîtrisé,
évité, comme si ce qui est n’était pas, etc. Ainsi nous pouvons toujours
construire un pouvoir, une volonté imaginaire dans un monde peuplé d’êtres
humains objets de notre imaginaire.
Les techno-sciences par exemple qui se veulent concrètes et bonnes pour le
genre humain sont loin d’être exemptes de cette prétention.
Il est une forme de foi active dans le progrès qui relève du déni ou de la
volonté de toute puissance. Dépasser, contourner, ‘‘emballer’’ les
problèmes engendrés par le progrès technico-scientifique c’est à dire nier
d’une manière ou d’une autre (course en avant) la réalité sur notre
misérable finitude, surtout lorsqu’on détient un pouvoir, c’est
inévitablement créer de l’illusion, pratiquer une manière de survie qui
consiste à utiliser consciemment et inconsciemment à la manière des
animaux, tous les moyens pour se conserver ou conserver quelques-uns au
détriment d’autrui. Détermination animale, illusoire (mais parfois
savamment concoctée) mais terrible pour l’autre, objet, trompé sur le sens
de la vie ou exclu de cet ordre.
Fuyez le réel et vous détruirez tout ce qui pourrait vous ramener à lui et
notamment l’autre trop autre, qui par sa seule présence dément vos rêves ;
l’autre qui résiste à la manipulation, à vos visées incestueuses.
« Assurément vous ne mourrez pas car Dieu sait que le jour même où vous
en mangerez, vos yeux s’ouvriront et qu’à coup sûr vous serez comme Dieu
connaissant le bon et le mauvais ». Génèse 3 : 4-5
C’est ici le grand retournement. Il est une forme de vanité qui se veut
résolument dans le réel mais qui procède surtout de l’imaginaire. C’est
d’une manière ou d’une autre fuir sa mort, mais cela aboutit au meurtre et
à la mort que pourtant l’on désirait contourner de toute son âme, de tout
son esprit et de tout son cœur. Une mort pire que la mort puisqu’elle
n’attend pas la mort physique pour tuer. « Laissez les morts enterrer les
morts ».
Que dire encore là-dessus, autrement ?
« Etre humain cela signifie : vivre comme si l’on n’était pas un être
parmi les êtres ». Le désintéressement. Lévinas
« Dieu a consenti par amour à ne plus être tout pour que nous fussions
quelque chose. Il faut que nous consentions par amour à n’être plus rien
afin que Dieu devienne tout. » S. Weil
Synthèse : Soyez parfaits, parachevés, comme votre Père est parfait.
« Pour nous laisser être, Dieu s’est effacé » et s’efface.
« Dés-inter-esse-ment » d’amour. S’effaçant il nous laisse être entre
nous.
Le vrai dieu nous laisse être hors de Lui par amour.
Nous sommes séparés de Dieu mais désirons-nous retourner en son sein, en
son amour ? Combien est impensable l’effacement qui nous unirait de
nouveau à Lui. Aussi, nous demeurons entre nous, ‘‘intéressés’’.
Le retrait de Dieu ayant laissé un espace (un vide), notre volonté
d’être, de créature, se déploie selon une « nécessité étrangère », autre
que cette nécessité d’amour du Père qui est effacement et attention pour
que l’autre soi.
Trop plein d’être, chaque être ‘‘intéressé’’ tente, dans son déploiement
propre, de combler tout l’espace vidé de la Présence. Le manque de Lui se
change en manque à combler coûte que coûte.
Ainsi chaque être par une « nécessité étrangère » à Dieu « exerce tout le
pouvoir dont il est capable. »(Thucydide)
Dans la lutte entre nous pour occuper la place, nous nous entrechoquons
comme des électrons libres, surchauffés et sans noyaux. Nous jouons des
épaules et des cornes. Voir Ézéchiel 34.
En nous laissant être, Dieu nous a-t-il abandonné à la seule logique du
trop plein d’être et à la mort dans le fracas des luttes et des rivalités
?
Pourtant comment Dieu qui est amour aurait-il pu créer autre chose que de
l’amour ?
Si Dieu s’est retiré en créant le monde pour le laisser-être par amour, il
a aussi donné vie à un être humain créé à son image et à sa ressemblance,
trace de son amour.
Deux nécessités en nous donc. Nécessité d’être et nécessité d’amour.
Créatures entre-nous-intéressées, en recherche de tout ce qui peut nous «
conserver et accroître » selon une nécessité infiniment distante de celle
de Dieu qui est Bon, nous restons cependant créés à son image, c’est à
dire effacement et amour « malgré soi », pour que l’autre soit. Ainsi 2
nécessités cohabitent en nous. D’où notre écartèlement constant.
Romains 7 :21-25.
En nous laissant être, Dieu a-t-il ainsi créé le Mal ? Nous a-t-il laissé
à ce Mal ? Comment répondre à ce mystère sans tomber dans l’horreur ?
Mais je sais cependant (par la grâce du contact) que demeure en nous, tel
un don pré-originel, cette nécessité sortie de chez le Père, cet
Amour-nécessité malgré soi .
Quant au Mal qui se tient au cœur même de l’ordre du monde, il est, voilà
tout. Je ne veux pas le nier, et je ne peux pas me l’expliquer non plus.
Mais j’ai expérimenté que Amour me tire hors de cet ordre. Dieu est amour,
cela aussi est sûr. Il n’est ni Menteur, ni Meurtrier. Alors ?
S’Il ne nous a pas laissés au Mal, est-ce qu’Il ne nous a pas condamnés
pour le moins à l’écartèlement et au malheur ? Là encore comment répondre
?
Voilà ce que je sais : Mon cheminement avec Amour a dévoilé l’erreur,
l’apparence, renversé les rapports à la souffrance.
La tension, la souffrance dans l’attention, la compassion, souffrir pour
l’autre malgré moi, cela sauve du Mal et c’est plus fort que moi égoïste.
L’ordre du monde, le malheur, le malheur d’autrui, tout cela devrait
m’écraser mais ne m’écrase plus. J’apprends l’obéissance et mon infinie
misère, notre infinie misère.
Alors monte une louange, un remerciement. Un remerciement dans la chute,
depuis le lieu de l'écrasement. Je ne désire rien pour moi, seulement
demeurer dans son amour.
Et vous les sceptiques, n’allez pas me parler de perversion du jouir, car
je sais la tendresse qui doucement se donne au plus fort de mes chagrins
pour l’autre, au plus sombre de mon trou. Ainsi se glisse la paix pour
autrui.
En toute confiance ma peau je l’offre aux coups de l’ignoble et ne désire
rien. L’abandon me suffit, Amour me porte.
Dieu nous laisse être par amour gratuit et désintéressé. Amour réclame
l’amour autonome, mais Il ne cesse de nous appeler hors du monde des êtres
« intéressés ». Il ne cesse d’implorer la trace de Lui en nous, de semer
sur notre terre.
L’amour à son image en notre fond intime refusera-t-il d’être en dehors de
son amour, sourd à son appel ?
Dieu ne nous a pas abandonné, mais il nous permet le choix ; entre la vie
et la mort, entre deux désirs, l’un puissance, l’autre manque.
Ou la mort, par banalisation d’un désir se contentant du seul
‘‘laisser-être’’, d’un désir enroulé sur lui-même, sur sa seule jouissance
et sa seule plénitude, sur son développement, son évolution et
épanouissement propre jusqu’à occuper toute la place, jusqu’à devenir
comme Dieu.
Ou la vie, par réorientation de tout le désir vers Celui qui nous
‘‘laisse-être’’, dans un refus de ce laisser-être. Refus d’exister, d’être
hors Lui. Refus de vouloir en dehors de son vouloir. Refus par amour.
Refus difficile, pénible, à contre courant de la grande marée qui emporte
les (choses) êtres vers un toujours plus, un toujours mieux ; toujours
plus d’élan vital, et toujours le mieux adapté, toujours plus « de graisse
et de laine » au détriment des autres, de tous les autres.
Ecartèlement.
Deux nécessités donc en nous pour un tiraillement incessant et
irréductible. A moins…
A moins que l’une n’épuise l’autre jusqu’à la déchirure, à mort, et
finisse par prendre toute la place :
Ou malignité, épuisement de la conscience pour l’autre, fin de la douleur
pour l’autre, « animale, terrestre, démoniaque ».
Ou, sainteté, condition d’ « otage pour l’autre », de « responsable pour
l’autre », condition douloureuse, souffrante. Joie souffrante.
Refuser le laisser-être, c’est refuser tout le pesant de l’être, le pouvoir d’être, c’est refuser les fausses plénitudes, les fausses grandeurs. C’est laisser le trou en carapace en béance, sa peau sur les ronces. Ce refus toujours solitaire et risqué est aussi appel d’écorché. Une voix crie dans le désert. C’est l’appel d‘‘Elie’’ qui déchire le ciel et ouvre le chemin de Sa Venue pour tous. Seule la venue de Dieu en nous épuisera à mort l’entre-nous-intéressé.
Pour l’heure, Il arrive par grâce.
L’Esprit du Fils de l’homme, serviteur souffrant, «responsable» pour tout
autrui, Messie personnel, s’offre à revenir en nous pour que nous
consentions à ce que l’écartèlement déjà-là, toujours-là devienne rupture.
Cet écartèlement en devenir de rupture, c’est le passage.
Il vient au son du cri et aime la vierge éclairée au cœur de la nuit comme
seul Amour sait aimer. Il s’est vidé de sa divinité et s’est abaissé pour
nous rejoindre dans la chair. Ainsi il réduit l’infinie distance. Alors
l’amour en soi, réveillé à nouveau, (re-)né de Lui, exerce sur l’être une
contrainte jusqu’au passage avec Lui dans l’écartèlement sur la croix.
Ecartèlement sur la croix jusqu’à épuisement à mort, la rupture.
Epuisement d’une nécessité, fin de la suprématie de la volonté d’être.
S’il y a nécessité d’un passage, c’est bien que Dieu n’est plus entre
nous, dans notre manière d’être, de ce côté-ci de notre façon d’existence.
A une distance infinie de Lui, il nous faut traverser pour retourner à Lui
en proximité. Mais Lui, depuis l’autre côté du monde, passe et s’abaisse,
traverse jusqu’à nous. « Je viens à vous ». Jusqu’au plus profond de nous.
La rencontre en cours de passage est un contact passion, un mourir d’amour
d’une force inouïe qui contraint l’être et le tire.
Passer équivaut-il pour l’être à mourir? Et cette rupture dont nous
parlons est-ce une mort?
En ce passage « mourir n’équivaut pas à ne plus être, être et non-être
s’éclairent mutuellement et dévoilent une dialectique spéculative qui est
une détermination de l’être » nous disent les maîtres.
Pourtant Jésus, lui, nous dit qu’il faut mourir. Le Baptême de l’Esprit
est un mourir. En ce passage renversement, je meurs jusqu’à passer de la
mort à la vie, c’est à dire d’une condition de laisser-être en
‘‘mourance’’ à la condition d’amant du Vivant.
« Si le grain de blé tombe en terre et meurt alors… » Mourir ici ne
signifie pas ne plus être. Seulement germe neuf, né de l’être ancien
épuisé. Autres combinaisons, autres rapports.
Ce qui meurt alors? Une des deux nécessités, le « laisser-être ».
Laisser-être qui est volonté d’être.
La mort de la volonté d’être, mort qui donne la vie, ne doit pas être
recherchée, ni provoquée par un excès de malheur car la mort donnée ainsi
de l’extérieur tue l’âme désirante à jamais. La mort de la volonté d’être
doit être provoquée par un excès de désir. Excès de désir non pas porté
sur ce qui est fini mais sur ce qui est infini. Désir à vide, cri à bout
de souffle, orienté en vain vers Celui qui toujours échappe à l’emprise,
jusqu’à épuisement, jusqu’au trou, de trop aimer. Ainsi le cri de la
créature vidée contraint le vrai dieu qui descend, éternellement. Alors Il
ressuscite la volonté qui de volonté d’être passe à la transfiguration de
l’être.
La mort de la volonté d’être ne peut en aucun cas provenir de la volonté
propre. Il est absurde de croire que par volonté on va pouvoir faire
mourir sa volonté. Tout au plus réussira-t-on à retenir dans l’effort et
l’ascèse, son investissement sur les choses, sur les êtres. Ce qui sera
pris alors pour une extinction de la volonté sera en réalité contention,
voire extinction du vivant. Or, mort de la volonté d’être et extinction du
vivant, ce n’est pas la même chose.
L’extinction du Vivant dégrade ce qui nous relie aux autres et retourne
inexorablement à l’être, selon une autre volonté certes, mais seulement
une volonté d’être autrement.
La bonne mort, la mort de la volonté propre, que Dieu accompagne, épuise
l’être jusqu’à l’effacement, jusqu’à « vivre comme s’il n’était plus un
être parmi les êtres ». « Après-vous ! » Moi, je ne suis plus là où vous
croyez que je suis.
Mais n’allez surtout pas croire que c’est ici la fin de la violence. Le
désir reste puissance. Il est réorienté et non pas éteint.
Jésus avec le fouet parmi les marchands. Jésus en colère contre les
pharisiens.
Ce qui vit alors ? Mais c’est évident, le Vivant mon cher Watson, le
Vivant !
Le donné et l’abandonné
(Chute et parachèvement)
Quand commence le dévoilement, la personne discerne vaguement qu’elle
n’est plus vraiment libre de ce qu’elle contemple, ni de ses pas. Elle va
tout subir passive, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’agira pas. En fait,
elle ne fait que réagir, car si elle ne sait pas dire en toute clarté ce
que Dieu est et veut pour elle, elle sait ce qu’Il n’est pas, aussi c’est
le commencement d’une véritable lutte de résistance : résister aux
pressions de son entourage qui essaiera de la ramener à une certaine
normalité, résister aux pressions de certains croyants qui voulant l’aider
lui parleront d’une voie d’accès volontaire à Dieu qu’ils semblent bien
connaître et qui ne peut être la sienne du fait qu’elle n’a plus à aller
vers Dieu puisque le vrai dieu est venu à demeure, résister aux préjugés
et aux mensonges de son époque ( le grand animal robuste dont parle Platon
), résister à ses propres résistances, appréhensions et doutes, résister à
sa propre vanité.
C’est une lutte permanente qui demande une vigilance constante. Et
personne pour l’aider.
Plus elle avancera sur ce chemin solitaire plus elle rencontrera
d’incompréhensions, jusqu’à l’opposition, jusqu’à la persécution ; de
proches souvent. Mais d’autres, rares, entendront quelque chose. Ils
seront un baume pour ses meurtrissures.
Unie à Amour lors du contact, elle a été unie au Véritable. Ce contact a
fait la lumière sur le Véritable et a laissé sa trace en elle. Aussi
peut-elle désormais discerner ce qui n’est pas Lui, ce qui n’est pas amour
et relation en vérité.
Désormais elle discerne le mensonge, la violence et le meurtre au cœur des
relations humaines. Elle voit le mensonge, la violence et le meurtre à
l’œuvre en elle, dans sa propre famille, dans les relations humaines, dans
les lieux et les domaines où les humains se rencontrent, rivalisent et
partagent, dans les organisations surtout. Elle sait le malentendu.
Elle sait l’ignorance qui fait prendre de faux amours pour Amour, car ce
qu’on appelle d’ordinaire amour, n’est pas vraiment Amour. Elle ne doute
absolument pas de la bonne volonté des hommes. Elle les sait sincères
quand ils parlent d’amour et oeuvrent pour plus d’amour dans le monde,
mais elle voit aussi combien les forces de refoulement, de déni, c’est à
dire la peur (inconsciente souvent) de regarder en soi et autour de soi
les choses comme elles sont, peuvent égarer les humains.
Il lui semble que tout est inversé en ce monde. Elle voit combien les
intérêts particuliers, les avidités, les peurs, l’ignorance s’opposent, se
combattent. Elle voit la danse des êtres qui veulent s’accroître et se
conserver aux détriment des autres, de tous les autres. Elle n’est plus
tout à fait dupe des apparences, ni des évidences ; elle sait les masques
qui font bonne figure. Mais elle ne condamne personne.
Tous sont perdus. Même ceux qui pensent plus loin et mieux.
Elle sait surtout les puissances mortifères, elle les sent. Il y a
inimitié entre celle-ci et celles-là. Aussi, si elle résiste et lutte,
celles-ci aussi résistent et luttes. « Notre lutte n’est pas contre la
chair et le sang. »
Elle sait avoir reçu une pensée tout autre qui éclaire son cœur sans qu’un mot soit prononcé. L’amour que donne le Véritable est lumière. Il veille pour autrui. Il veut tout, croit tout, endure tout, espère tout. C’est une attention constante pour que l’autre vive.
Disons-le autrement
Quand l’Esprit de son amour est sur elle, ce qu’elle fait, elle le fait
par nécessité d’amour, comme obligée et contrainte.
Est-elle en colère, dure, ferme ? C’est par amour pour autrui.
Est-elle triste, douloureusement lucide ? C’est par amour, pour que
l’autre vive.
Est-elle inquiète, sombre ? C’est par amour, par souci de l’autre.
Durant ces actes, c’est l’esprit d’amour de son Bien-Aimé qui œuvre.
Ici, son obéissance ne met aucunement en jeu la volonté de bien faire, de
se conformer à un modèle ou à une règle. Cette obéissance-là ne
permettrait que de façon apparente de se conformer à la volonté du
bien-aimé, par imitation et les actes accomplis et apparemment conformes à
la Loi de Dieu ne prouveraient pas que le cœur soit transformé, ni que sa
Volonté soit accomplie.
Mais avec Lui Vivant, nous sommes loin des apparences. C’est ici la
Nouvelle Alliance effective. Un cœur à cœur, une seule chair.
« Ce n’est plus moi qui vit, mais Christ en moi. » Cette parole est à
prendre à la lettre. Qui a le Christ à demeure saura de quoi je parle.
Elle mange sa vraie chair et son vrai sang, spirituels pour l’éternité ;
Corps transfiguré, Corps glorieux.
« Cela vous scandalise ? »
« La chair ne sert absolument à rien, c’est l’esprit qui donne la vie. Les
paroles que moi je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.»
Les actes ne prouvent rien. Deux actes identiques peuvent être accomplis
selon des motivations tout à fait différentes, voire opposées. La fin des
actes, les fruits, peut-être. Encore que l’on puisse tout imiter par
intérêt ou calcul, même le fruit de Dieu. Ca a l’odeur, la couleur, la
consistance de l’amour mais ça tue.
Une plus grande connaissance du psychisme humain nous a appris également
que nos motivations réelles nous échappent toujours plus ou moins. On
comprend bien pourquoi notre seule volonté de bien faire ne peut nous
garantir de l’erreur et de l’illusion. Voilà pourquoi il faut une
incarnation, le contact avec le cœur de Jésus. Lui seul, quand il bat en
nous, permet que nos motivations soient ‘‘enlevées jusqu’au ciel’’ en une
motivation supérieure qui est sa Volonté ou ce qui signifie strictement la
même chose, son Amour en nous.
L’amour que l’âme porte désormais n’est pas un état d’âme, il n’est pas
fuite de la réalité, ni dépendance, ni rêve de fusion, ni beaux sentiments
qui n’opèrent pas, c’est un connaissance par infusion de coeur à cœur de
Jésus, c’est aussi une nécessité qui réoriente toute l’attention portée
sur autrui, une veille.
Je ne sais comment dire la lumière que cet Amour donne parfois, comment il
donne un discernement du cœur d’autrui, des besoins de l’âme d’autrui,
mais tout cela est la vérité.
Parfois, elle est submergée par la puissance de cet Amour qui la livre
sans force à ses assauts, au point que pour continuer de vivre parmi les
siens, elle est obligée de se cacher, de fuir cet amour qui la presse et
qui l’empêche d’accomplir ses obligations et ses devoirs. Si elle ne
repoussait pas ces assauts, elle resterait là, étendue en proie aux
jouissances les plus délicieuses. Mais lorsque Il s’en va et s’absente,
elle languit de Lui, et chaque heure qui passe, elle l’attend en secret.
Déchirure. En ces moments tout la fatigue, l’ennuie et elle voudrait
mourir pour ne plus être séparée, pour rejoindre son cœur et son corps.
Cette personne semble ne plus être libre, mais comme soumise à une
nécessité d’amour. C’est quelque chose de difficile à admettre aujourd’hui
; dire de quelqu’un qu’il n’est plus libre ? En fait elle garde un certain
libre-arbitre. Il lui serait si facile de choisir de faire le mal et de
manière bien plus consciente qu’autrefois, car dans cette relation à
Amour, au fil du temps, sa conscience s’est beaucoup développée, élargie.
Elle connaît bien mieux ce qu’il y a dans l’homme. Aussi pourrait-elle
utiliser cette aptitude nouvelle pour profiter d’autrui, le tromper.
Heureusement elle n’arrive pas à se soustraire à cet Amour. Il est plus
fort que sa haine, que ses pulsions de mort et de destruction d’autrui,
plus fort que l’amour narcissique de soi, plus fort que la mort, plus
puissant que toutes les forces qui sont dans la nature.
Au fond, elle n’est pas libre puisqu’elle est amoureuse. Mais peut-on
vraiment dire de quelqu’un qu’il est libre au sens où on l’entend souvent
aujourd’hui ? « Je fais ma vie comme je veux ! ». Je crois que personne
n’est vraiment maître de sa vie. Il y a tant de choses qui nous
déterminent et nous lient : le péché de génération en génération, tout
notre héritage génétique et culturel, la pression sociale et les usages,
les nécessités naturelles et les pulsions inconscientes, les passions,
Satan homicide depuis le commencement, etc…
Paradoxalement : cette perte de liberté débouchera sur une liberté,
autrement que liberté ; jubilation.
Elle ne sait pas encore qu’elle est plongée sous l’action de l’Esprit de
Jésus dans Son agonie et que le centre de cette agonie est justement l’ «
homicide depuis le commencement ».
Elle ne sait pas encore que son jour s’obscurcira de mois en mois,
d’années en années, jusqu’à devenir un minuit, cœur de la nuit. Et l’aube
nouvelle qu’elle a entrevue lorsqu’elle fut ravie semble si loin et si
impossible ! Plus elle a le sentiment que son Amour est loin et l’a
abandonnée, plus elle souffre du manque de Lui, plus elle est tourmentée
de se savoir si indigne et à une distance infinie de Lui qui est si Saint.
En ce chemin d’union à union, à n’en pas douter, vient le temps de tous
les effondrements et du dépouillement qui est le temps que l’on appelle
habituellement dans le langage de la terre « purification des sens », mais
qui dans le langage du ciel n’a pas de mots que les hommes puissent
entendre sans malentendu à moins d’avoir été inversés. « Si vous
n’entendez pas alors que je vous parle le langage de la terre, qu’en
serait-t-il si je vous parlais la langue du ciel ? » Voir aussi Jean 8 :
46-47
Elle ne sait pas encore combien un jour, tout sera noir, froid et lisse comme la tombe silencieuse, le cœur de ce qu’on a l’habitude de nommer en langage de la terre, « la nuit passive de l’esprit ». Ce sera le temps de l’abandon à l’amour sans rien attendre en retour, ni jouissance de l’autre, ni jouissance de Lui, pourvu qu’Il soit. Le rien d’un côté, l’enfer de l’autre.
Remarque : Un lecteur averti de St Jean de la Croix, à qui nous nous
référons ici, constatera que nous ne parlons pas en cette voie d’union à
union de la ‘‘Nuit des sens’’, mais seulement de « purification des sens »
dans cette seule nuit que l’on dit de l’esprit. Il n’y a pas nécessité en
cette « voie d’union mystique », d’une « nuit des sens » (dans le sens de
mortification des sens), car dès la première rencontre la force de l’Amour
divin est telle qu’elle réoriente tout le désir, en Lui, qui devient
nécessité d’Amour.
Ainsi la mortification de la volonté et du désir des choses de ce monde
n’est pas nécessaire. Ce qui est rendu nécessaire par le contact, c’est la
rupture d’une existence d’être, d’une certaine jouissance d’autrui, d’une
surdité et d’un aveuglement, pour une façon d’écoute et de regard
nouvelle. Et c’est d’une véritable rupture dont nous parlons où les sens,
bien qu’il ne soit pas du tout question de la disparition de toutes les
perceptions, sont renversés, où l’affectivité est réorientée et sera
purifiée.
Tout demeure, mais autrement, car elle ne voit plus et n’entend plus les
choses qu’à travers son Amour divin depuis son fond intime. Oui, quand
elle voit et entend les êtres qui sont dans le monde, c’est comme à
travers un filtre qui deviendra de plus en plus filtrant et qui est Lui.
Le rapport au monde est inversé. Le temps passant, elle percevra de plus
en plus nettement ce qui est à l’envers et les contrefaçons, tout comme
Jésus quand il disait aux pharisiens : « Si vous étiez aveugles, vous
n’auriez pas de péché ; mais maintenant, parce que vous dites : nous
voyons, votre péché demeure. » Le malentendu. Jean 9 :41
Comprenons l’ampleur de l’infortune pour ces personnes. Rappelons-nous que
si nous parlons ici d’individus qui ont fait l’expérience bouleversante
d’une rencontre lumineuse, elles n’en viennent pas moins de tous horizons,
car Amour en cette voie d’union à union appelle qui Il veut, comme Il
veut, quand Il veut…
Concrètement.
Lorsque Amour leur tombe dessus, la plupart sont ignorants de ce qui est
en question, des implications, de l’enjeu d’un tel événement ; sortie de
l’esclavage du mensonge et du meurtre, retournement, solitude, etc.
Ignorants de la tradition mystique, cette réalité étant aujourd’hui
totalement niée par un monde matérialiste. Sans véritable direction
spirituelle.
S’ils cherchent un peu d’aide, ils sont la plupart du temps suspectés :
« N’êtes-vous pas galiléens, un peu illuminés ? ».
Alors, lorsque commence le processus de perte, lorsqu’ ils s’avancent,
poussés par une nécessité d’amour, dans le passage qui est le lieu où
malheur extrême et joies se côtoient, où puissances de vie et puissances
de mort se livrent une guerre inouïe, ils sont vraiment seuls ; quand ce
n’est pas rejetés, déjà persécutés, simplement parce que ce qui fait
courir le monde ne les intéresse pratiquement plus ; ils témoignent d’une
manière ou d’une autre ; leur trésor est ailleurs. Jean 2 : 15 – 17
L’enjeu ? La mort ou la vie. Un combat qui a lieu dans l’esprit, le
psychisme et la chair d’un pauvre humain. Mais tout cela concerne
également l’entourage, l’Eglise, le monde des hommes. Et l’âme qui vit ce
passage, comprend obscurément cet enjeu, même si personne ne lui a rien
expliqué, parce que dans les unions furtives qu’elle a connu, elle a
contemplé quelque chose de cela et a reçu le souffle, comme un glaive, un
feu, mais aussi une rosée d’amour, son Corps vivant et tout Son devenir;
tout l’enjeu de l’agonie pour la vie de la création. Romains 8 : 12 - 23
Cela lui donne de la force, un temps, parce que sa volonté ne fait plus
qu’une avec l’Aimé. Mais bientôt elle retombe dans le doute et se croit
folle. Alors, recroquevillée dans un coin de sa chambre, il ne lui reste
plus qu’à gémir.
Entendez-vous ? Ces gémissements sont ceux de Dieu. Contact.
De présences en absences, de pertes en pertes, ceux-là s’acheminent vers
le plus rien.
Quel sera leur désespoir, leurs tourments, leurs angoisses lorsqu’ils
auront à traverser l’abîme, seuls, sans leur Amour pour les consoler ? Car
Amour aussi les quittera.
Nous avons vu que la période de présences et d’absences est une sorte de
passage fait de passages successifs.
Perte d’identité: « Je ne suis plus ce que je croyais être ».
Perte de repères: « Je ne suis plus là où je croyais être. »
Perte de foi : « Je ne crois plus en ce que je croyais. Je ne crois plus
en ce ‘‘Dieu’’ dont on m’avait parlé. »
Perte des faux liens: « Je n’ai plus de mère, plus de père, plus de
frères, plus de maison, plus de champ, etc. »
Perte du désir : « Je n’ai plus goût à rien ».
Perte du monde en soi: « Le monde en moi est dénoncé .»
Et enfin perte d’Amour: « Où es-tu ? »
Il ne faut pas penser ici que le travail divin sur l’âme fait franchir
des stades, perte après perte, comme si par exemple après avoir connu une
perte d’identité, on passait au problème suivant, celui des repères, etc.
Non. En cette période de « présence d’absence », l’âme n’en a jamais fini
avec toutes ces pertes. Tout se rejoue sans cesse et tout est toujours à
reprendre, mais comme le cheminement n’est pas imaginaire mais réel, ce
sera à chaque fois avec plus d’intensité, plus d’amour, ce qui provoquera
plus de manque, plus de perturbations, de souffrances. Ainsi l’apparence
ne prouvera rien.
Et même s’il semble qu’il y a recul, même si la résistance à Amour et aux
conséquences de l’amour demeure ou semble amplifier, il y a progression.
Cette progression n’est pas droite, linéaire. Il n’y a que dans les
expériences illusoires que la montée peut être linaire. Dans le réel, la
personne en chemin vit des plans multiples. L’enfant en elle chante une
louange au Père, la femme aime et cherche le Fils, l’adulte résiste, doute
et raisonne, le vieillard chargé de jours languit l’origine qui est dans
sa fin, etc. Tout cela crée des tensions et fait que la progression ne
peut être que sinusoïdale, pendulaire ; mais en même temps inexorablement
‘‘spiralo-centripète’’. Elle se fait à l’insu même de la personne et ne se
réalise pas de manière à s’imposer au regard des autres
Le travail divin sur l’âme consiste en cette période d’absences et de
présences à rendre ces pertes plus profondes, plus réelles. Dans ce sens
seulement des paliers sont franchis.
Mais un jour, ceux et seulement ceux dont l’amour pour l’Aimé est si fort
qu’ils pourront traverser la mort, subiront cette terrible épreuve de
l’Absence totale. Parfois de façon abrupte et radicale.
Témoignage :
« D’abord un combat en mon ventre. Pas de douleurs, au contraire.
Puis Cela est parti dans un grand souffle.
J’ai crié Jésus, Jésus dans une grande expiration, terrifié parce que je
savais intimement que je me vidais entièrement de Lui. Je savais qu’il me
quittait. Je le savais. J’ai cru que c’était pour toujours.
Ensuite ? Plus rien. Le trou, le néant, le vide. Plus de Dieu, plus de
diable. Plus rien. Plus de monde, plus de croyances, plus d’attente. Tout
ce qui avait constitué une culture, une structure, un repère, un monde,
fut englouti dans un grand trou noir.
Aussitôt après, j’ai été submergé par une immense angoisse au point que
tout mon corps tremblait. Elle ne m’a plus quitté. Les nuits surtout
étaient terribles.
Une immense colère aussi, vaine, se heurtant aux parois du caveau qu’était
devenu le lieu de mon existence.
Et j’ai tout perdu de Lui. Même Sa Parole, que j’avais su pourtant par
pans entiers. Elle aussi finit par s’effacer totalement. Plus un mot en
mémoire. Plus de dimension spirituelle. Les Evangiles qui m’avaient tant
nourri, étaient devenus une langue étrange et étrangère qui ne résonnait
plus, au point que je perdis un temps le goût de toute lecture. Je dis un
temps, parce que le goût de la Parole fut ce qui revint en premier et bien
plus tôt que le reste. Je pus m’y raccrocher car le reste dura des années.
Six à sept ans.
Un jour tout commença à nouveau. J’entendais cette Parole revenue depuis
un lieu neuf, comme retourné. Depuis un ailleurs d’exister. Parole recrée
pour moi. Heure de la « recréation ». Ainsi je retrouvais
un–je-ne–sais-quoi de ce lieu contemplé la première fois, lors de l’union
initiale. Mais toujours pas de Lui.
Je me souviens, il m’arrivait lorsque j’entendais une chanson d’amour de
pleurer de chagrin, car je pensais à Lui, mon seul amour. A Lui à jamais
disparu.
Un beau jour, Amour revint. Timidement d’abord puis avec violence.
Puis il y eu les saints. Leurs écrits, leur présence.
Alors, un immense jaillissement. Ce fut une période, 2 ou 3 ans, où je fus
comblé d’amour. Il m’arrivait de rester parfois 2 ou 3 jours, étendu,
anéanti, à recevoir Amour ; il me prenait. Je le connaissais et il me
connaissait.
Puis il disparu à nouveau. C’est en ces jours que mon ego toujours
indécrottable passa au grand nettoyage.
« Mais l’épouse tint ferme et sans faillir elle se laissa scruter par la
lumière. Noire elle était. »
Les épreuves subies toutes ces longues années permettaient ce passage au
crible final. Elle ne le perdrait plus.
« Je veux t’aimer, mon Amour. Rien mais rien d’autre. Sans toi, tout est
mort.
Vois ton épouse fidèle qui s’éteint d’amour. Qui meurt de trop de Lumière.
Viens Seigneur Amour.»
Alors…
Tout ce que je dis ici a été vraiment vécu. Je dis la vérité, je ne mens pas.
Disons-le autrement.
Au début de son exode forcé, (nous parlons en années), cette personne
risque de tomber dans un piège bien sournois. Ayant reçu dons et faveurs
de Dieu, ayant senti en elle toute la force de son amour et constatant
toute l’obnubilation qui s’ensuit, se fiant au manque qu’elle ressent pour
Lui qui ne quitte plus ses pensées et qui est devenu le centre de sa vie,
elle pense ne plus pouvoir retourner en arrière, ne plus pouvoir être
séparée de Lui. Elle ne se rend pas compte combien sa chair, ses besoins
naturels, ses peurs, ses habitudes acquises et comportements innés ont
conservé tout leur poids.
Son cœur est recréé à neuf, Dieu s’est uni à elle, mais elle conserve
encore la même attitude existentielle, les mêmes réflexes et comportements
de vie qu’auparavant, comme si rien n’était arrivé de radicalement autre.
En fait tout est bouleversé en elle. Son désir est réorienté et c’est vrai que le reste lui importe peu tant elle ne vit que pour son Amour divin. Mais elle est confrontée à une sorte d’inertie charnelle qui va rapidement l’écarteler. Si une partie de sa personne est tout à Dieu et vit en son fond intime de la vie de Dieu, une autre partie d’elle-même reste identique à ce qu’elle était auparavant. Ainsi la personne conserve-t-elle ses mauvaises habitudes, ses vanités, ses avidités et ses peurs comme une sorte de lourdeur qui l’entrave et l’empêche de s’élever vers Dieu qui pourtant la tire et parfois la déchire d’amour.
En cette période très troublée, tourmentée, ses états sont fort éloignés de ce qu’elle avait connu tout au début, dans la présence de Dieu, où elle s’était complètement oubliée et avait ressenti un amour immense qui englobait tout, et Dieu et l’Humain. Maintenant elle n’arrive pas à s’oublier, à oublier sa souffrance. Son ego revendique à nouveau des droits. Il semble que tout soit comme avant, mais avec cette différence qu’elle éprouve une sorte de honte douloureuse et une crainte de Le perdre à n’être pas ce qu’elle croyait désormais être. En même temps, elle ne peut rejeter cette impression, ce sentiment qui la torture d’être retombée plus bas qu’elle n’était auparavant. Aussi est-elle en proie au doute et à l’angoisse.
Se comprenant comme aimée de Dieu, elle pensait en sa ferveur avoir
échappé à la pauvre condition humaine. Or elle n’arrive pas à correspondre
à ce qui est dans son cœur et son esprit, ni à laisser jaillir son désir
de Lui qui l’habite. Elle vit un véritable déchirement.
Et ce n’est qu’à force d’égarements pénibles mais instructifs, d’illusions
perdues, de mensonges à soi-même démasqués qu’elle comprendra, marquée en
sa chair et son esprit, qu’elle ne peut s’élever même d’un petit rien vers
Dieu. Elle comprendra que tout don, tout avancée, tout transfert dans le
royaume du fils de son amour proviennent du Père. Ainsi humiliée,
finira-t-elle par demeurer dans cette attention amoureuse et tout espérer
de Dieu qui n’aura pas manqué par le moyen de touches renouvelées de la
soutenir et de la consoler. Oui ce n’est que lorsqu’elle n’aura plus
d’autre choix que de regarder en face toute cette distance infinie qui la
sépare de ce Dieu tant désiré, quand elle n’espèrera plus rien obtenir de
bien sérieux par ces propres efforts, que Dieu pourra la façonner en amour
et humilité. Aussi quand elle œuvrera dans le monde, se sera avec beaucoup
d’humilité et de prudence sachant que rien de bon ne peut vraiment sortir
d’elle si elle n’est alors en union avec son Amour divin. Voir Luc 18 ;
9-14.
Mais pour l’instant, en cette période douloureuse, elle L’attend, elle L’attend, mais Il ne revient pas ou pas souvent ou quand Il vient, c’est si furtivement. Elle, se sent tellement indigne ! Elle ne veut plus de tout ça, elle voudrait mourir plutôt que de retourner en arrière, là où elle était avant cette expérience merveilleuse. Pourtant paradoxe demeure en son fond intime une attente pleine d’assurance.
Mais viendra pour certains le temps de l’absence complète, s’imposant
parfois soudainement nous l’avons vu.
En cette période tout est possible car la personne est passée au crible.
Ainsi des illusions, des restes de mensonge, des inconsciences, des
survivances de pratiques pécheresses sont révélées ; c’est l’apocalypse
dans l’âme, de vrais tremblements de terre, les dernières idoles tombent
du ciel.
Tout est manifesté au grand jour. Plus de ‘‘triche’’ possible, de comme
si, plus de cavernes où se cacher à soi-même.
En cette fin du monde personnelle, certaines pécheront encore faute de
comprendre, parce que le désespoir et la solitude seront trop fort ; aussi
parce qu’Amour forcera le mensonge et le meurtre encore tapis dans l’ombre
de l’être à sortir au grand jour.
« Aimée, tu te pensais différente des autres, regarde-toi, vraiment. »
« Mon aimé, combien la peur et l’illusion sont tenaces. Et le
vouloir-bien-faire une menace terrible, un piège à Lumière.»
Comme Pierre, ils le renieront peut être trois fois en cette nuit où ils
refuseront encore de sombrer tout vivants dans la fosse avec leur Amour,
unis qu’ils ont l’impression d’être pourtant à Lui par une seule chair et
un seul sang.
Mais lorsque la Lumière commencera de briller au travers de cette
poussière, alors ils réaliseront tout ce qu’ils ont gâché et tout ce
qu’ils auraient pu perdre ; la douleur expiatoire de ces âmes sera
terrible.
Le rappel de chaque mauvaise action sera comme un clou planté en leur
main, le souvenir de chaque mauvais pas sera comme un clou enfoncé en leur
pied et leur cœur sera transpercé de douleur. Ils comprendront
définitivement tout leur néant.
Amour s’appuiera sur ces fautes et égarements comme il le fit pour Pierre, « raffermis tes frères », car l’amour de ces âmes pour Dieu étant aux dimensions de l’Aimé, c’est à dire infini et la douleur expiatoire si intense, elles iront de purification en purification.
En vérité, durant cette période douloureuse, terrible, d’absence totale,
certains se perdront. Un temps. S’accrocheront perdus à des êtres humains
comme à une ultime bouée de secours, dans l’espoir de trouver un peu de
raison de vivre, un peu de chaleur.
Tous oscilleront, dans une sorte d’entêtement fou, à cause du souvenir des
joies et des jouissances passées, entre retourner en arrière, abandonner
ou continuer. Cela est paradoxal de parler d’hésitation et d’entêtement.
Oui, ils oscillent, chancellent, mais demeure l’entêtement fou, car dans
la chute, ils tiennent. Ils ne savent pas ce qui les pousse encore, alors
qu’il n’est plus et que le monde environnant ne cesse de les appeler à la
raison, à la norme, à la jouissance équilibrée de l’existence.
Pourquoi refuser une vie agréable ? Pourquoi se tourmenter ainsi ?
Alors le soupçon d’une névrose grave. Et parfois pour se prouver le
contraire, le besoin de rejoindre leurs semblables dans les plaisirs
simples ou faciles ; les accommodements et les arrangements qui
adoucissent leurs tensions, leur déchirure.
Mais ils sont marqués dans la chair par Amour. Ils tiennent même si les
apparences sont contre eux. Leur cœur prie.
Amour les a laissé, ils ont perdu tout chemin, la vérité et leur vie, mais depuis le trou, là où toute lumière s’est éteinte, un jour, ils commencent à voir et à entendre. Ils se découvrent des oreilles et des yeux nouveaux. Et un cœur qui aime la Loi. Elle est toujours là, gravée et elle les sauve. Ils l’aiment, l’aimaient et l’aimeront.
Prière :
A ce stade si avancé dans la décomposition, où le sol leur a été enlevé
de dessous les pieds, où Amour les a soustraits aux choses élémentaires du
monde par un rapt pour ensuite les jeter dans la fosse, le Père ne les
abandonnera pas. « Je veux croire » qu’il ne les abandonnera pas.
Lui qui ne les a pas appelés pour « rire », Il ne les ‘‘lâchera’’ pas, pas
là, car ils ont été ‘‘élevés’’ puis ‘‘broyés’’ par une nécessité d’amour
qui les prive d’initiatives et de liberté. Ils subissent tout, suspendus,
disloqués, méprisés, battus, suppliant impuissants, en proie à l’angoisse
devant ce néant qui se dessine à l’horizon et ne savent plus que crier : «
Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ! ». Mais leur amour pour Lui reste
infini. Psaume 22 : 1-22
Et il faut espérer que d’une manière ou d’une autre, ceux qui n’ont pas
encore pu discerner ce que Dieu opère en eux, faute d’informations,
trouveront des écrits, des livres ou qu’ils feront une rencontre leur
permettant de comprendre leur nuit et cette absence de leur Amour divin.
Et s’il semble au monde des apparences que Dieu les a abandonnés, qu’ils
sont bien égarés pour être sur une voie soi-disant si avancée, Dieu ne les
a pas abandonnés, Il est seulement absent en ce lieu de malédiction où ils
sont réduits car "maudit soit quiconque est cloué avec Lui sur la Croix !"
Mais un jour, ils annonceront Son Nom aux frères. Psaume 22 : 23- 32
Mais si vraiment ils se perdent, alors nous en répondrons pour ne pas leur
avoir envoyé d’Ananie comme pour Paul. Lui qui après avoir reçu la
présence et la révélation du Christ et, « en son corps, hors de son corps,
je ne sais »
(2 cor :12, 2) avoir contemplé le ciel, eut besoin, aveugle et anéanti sur
cette terre, d’être conduit à Damas pour être informé par un frère sur son
état afin de comprendre sa place.
Ananie aujourd’hui c’est d’abord penser aux moyens de faire connaître et d’accompagner une telle réalité intime, une telle manière d’appel du dieu Amour. Cette transmission doit être pour tous, adaptée aux divers milieux sociaux. Elle doit être notamment pensée et mise en oeuvre pour les plus simples, car c’est à eux que le Père aime révéler son Amour.
Il est impératif que les penseurs, les théologiens lorsqu’ils
travailleront à une « nouvelle conceptualisation de la mystique spécifique
chrétienne », pensent aux tout petits et élaborent aussi un langage pour
eux, qui conserve toute la vérité et toute la réalité de cet appel, car il
faut bien le dire, jusqu’à présent les petits gens ont été oubliés.
Aujourd’hui encore ils sont très ignorants de l’Ecriture. Ils n’en
connaissent souvent que sa caricature ou sa perversion. Ils n’ont donc
d’autre choix que de se réfugier dans les bondieuseries ou de se nourrir
d’autres traditions mieux transmises pour conserver un peu de piété. Ainsi
ils sont éloignés du Véritable et quand dieu-Amour les touche, ils ne
comprennent pas et connaissent d’innombrables malheurs, tout simplement
par ignorance. Mais Dieu sauve, toujours, même si les circonstances
obligent à un long, très long chemin, étroit, escarpé et sinueux.
« Dieu veut absolument que nous ne donnions pas entièrement créance aux
vérités qu’il nous communique surnaturellement avant qu’elles ne nous
aient été communiquées par la bouche de l’homme.» Montée vol 2 chapitre
20.
Aussi ces personnes, venues de tous les horizons qui s’engagent en chemin
de contemplation infuse, ont beau connaître Amour personnellement, par le
cœur, avoir leur désir réorienté, elles ont besoin de connaître par
d’autres hommes ce qui leur arrive. C’est ainsi que Dieu l’a toujours
voulu : nous avons besoin de la reconnaissance de l’autre, de la main
tendue et de la parole d’un autre humain pour exister et produire le fruit
qui nous est propre. En ce cas précis : le fruit de l’Esprit.
Une reconnaissance de rien peut être suffisante, une petite parole de
rien, comme par exemple : « continuez envers et contre tout ».
Mais si cette bonne main n’est pas tendue, alors il se peut qu’elles
soient conduites par la main vers de fausses doctrines et qu’elles soient
ainsi égarées pour un temps. Trop longtemps. Actes 9 : 1-22
Interrogations
Si l’on envisage « l’expérience mystique » décrite en ces pages, à la
lumière des notions psychanalytiques de désir inconscient ou de libido en
déplacement vers de « hautes » ? formes de sublimation, qu’est-il possible
de balbutier qui pourrait être utile ? J’appelle à l’aide.
Eros, énergie psychique de la pulsion sexuelle, est grandement activé
lors du premier contact de chair à chair, c’est incontestable. Un feu est
allumé. Est créé un très fort lien amoureux. Il y a jouissance.
Un désir est fortement réveillé. Un manque est amplifié, qui n’est plus
seulement manque à être, mais manque de Lui. Manque d’une personne.
Pourtant l’âme finira par « désirer à vide ».
On peut aussi avancer que Eros est personnalisé à la suite d’un contact
vécu réellement et qui a laissé ses marques propres : manifestation
d’états affectifs aux retentissements considérables, volonté agie, désir
focalisé et orienté vers Lui absent après avoir été pleinement présence,
etc.
Il ne s’agit pas d’une personnification d’Eros mais bien le sentiment
intime qu’un Dieu-Amour-Personne m’agit. Nous avons vu combien certaines
personnes ont la certitude qu’il s’agissait de Jésus ressuscité. Il y a
bien là, d’une certaine manière, conviction de la « présence d’un
arrière-monde ».
A-t-on alors affaire à l’apparition d’une mythologie personnelle, sorte de
processus d’accomplissement d’un désir inconscient ; sorte de rêve en état
de veille ? Un fantasme à la dimension d’une existence ? Pourtant reste la
‘‘radicalité’’ du contact. Reste l’énigme d’une conscience qui s’élargit
et ne fuit plus l’épreuve du réel, comme elle le faisait peut-être dans sa
manière de foi antérieure à la rencontre.
Sur la personne de Jésus y a-t-il processus psychique d’idéalisation
érotique ? Or idéalisation n’est pas sublimation.
Je témoigne : l’amour entre l’Aimé et l’Aimée est passionné, et réellement
amour dans toute ses dimensions : hauteur, largeur, profondeur.
« Il m’a prise. » Telle est la parole commune pour dire cette réalité.
Certains qui n’ont pas connu ce « il m’a prise », hors expérience, ont
spéculé et parlé pour certaines mystiques du passé de déplacement très
complaisant sur la personne de Jésus, de pulsions très charnelles, très
sexuelles du fait d’une frustration, d’une absence d’homme. Oui ce toucher
d’Amour érotise le tout de l’être. Cette érotisation se déploie sur tous
les plans.
S’agit-il d’un processus de sublimation comme on l’entend d’ordinaire,
bien que ce processus soit assez difficile à saisir ?
Il est manifeste que la dimension érotique, sexuelle existe en cette
expérience. Et dans le même temps, s’il est possible de parler de
sublimation, celle-ci sous certains aspects et manifestations apparaît
radicale, par l’effet immédiat du contact.
Si le désir est éveillé et réorienté en direction de l’Aimé qui est Jésus,
il est aussi suractivé en Christ ; à la fois amour humain et amour
cosmique.
D’une part il y a l’amour qui se nourrit d’un chair à chair, d’une
présence-pour-moi-seul, à ma petite dimension humaine, charnelle et
d’autre part la naissance immédiate d’une écoute, d’un amour du Corps,
d’une Lumière pour la Vérité et la Justice, d’un sens filial de la Parole
du Père.
Plus tard, après que le travail divin a opéré une maturation, dans
l’épreuve du réel alors que le désir réorienté vers un Aimé inaccessible
brûle à vide, s’impose la responsabilité pour autrui.
« Si la chair expire d’amour, l’esprit lui est courbé en Sa Lumière.
Le cœur d’un Fils gémit et saigne pour toute la création au Nom du Père
dès le commencement. Ainsi est gravée la Thora, le Verbe ressuscité, dans
un cœur de chair. Ainsi opère l’Esprit, le Saint, pour une Alliance
Nouvelle incarnée. »
Eros et Parole sont en ce cheminement, et depuis le premier toucher,
indissociables. C’est par exemple dans les moments d’intense présence,
lors de transports amoureux, que la Parole sera révélée en des dimensions
jusque là insoupçonnées. Du lieu de cette expérience il devient donc
difficile de maintenir la traditionnelle séparation entre Eros et Agape.
Comment en cette expérience ne pas être amené à mettre en question, je
l’ai déjà évoqué, pour le peu que j’en sais, la notion même de sublimation
?
L’expérience est trop radicale.
De plus, cette ‘‘radicalité’’ de l’événement ou des contacts et la
puissance qui agit ensuite ne peuvent que conduire à questionner ce
concept naturel, physique de force pulsionnelle (qui parfois s’achemine
vers des hauteurs) ; dynamique pourtant mystérieuse puisqu’elle détermine
un sujet.
« Le concept de pulsion nous apparaît comme un concept-limite entre le
psychique et le somatique, comme le représentant psychique des
excitations, issues de l’intérieur du corps et parvenant au psychisme,
comme une mesure de l’exigence de travail qui est imposée au psychisme en
conséquence de sa liaison au corporel. »(Freud). Cette parole qui fait
passer le concept de pulsion du somatique au psychique, mais surtout de la
force au sens, ne peut être ‘‘d’un point de vue scientifique’’ que très
ambiguë. S’il parvient à spéculer un pont entre pulsion (force) et sens,
Freud ne réduit pas ce double aspect de l’approche psychanalytique.
Peut-être n’était-ce pas un objectif pour lui ? S’il laisse ainsi toute sa
place à l’interprétation, à l’analysant le moyen d’inventer ainsi son
histoire, il ne lève en tout cas aucunement le voile. Nous non plus.
Malgré un contact, le mystère demeure. Entendez par mystère, l’acceptation
d’un inconnaissable.
En cet événement, il y a Présence immédiate. Le chemin d’expérience est
marqué par l’absence ; son corollaire le désir. Non pas pulsion-force
seulement, mais bien désir de Lui qui me manque. Lui le sens de mon désir,
car il ne s’agit plus du désir inconscient de l’Autre, mais d’un Autre que
moi, qui est venu à moi et que je contemple ou plus exactement qui
m’attire à le re-contempler ; pourtant Cela échappe à l’emprise.
Reprenons autrement
Il a été question plus haut de deux nécessités : nécessité d’être et
nécessité d’amour. Lors du contact s’opère un réveil. Nécessité d’amour,
déjà-là en moi mais endormie ou affaiblie, est réveillée et suractivée par
un Autre que moi. Ce qui aura pour conséquence une lutte plus intense en
soi, primordiale, entre nécessité d’amour et nécessité d’être.
L’inconscient freudien est conçu lui-même comme le lieu dynamique
d’affects et de pulsions en conflit. Est-il possible de mettre en
perspective, par exemple, la notion psychanalytique de pulsion de vie et
pulsion de mort avec cet autre lieu d’un conflit décrit plus haut entre
nécessité d’être et nécessité d’amour ? Apparemment la nécessité d’être
semble être pulsion de vie, puisqu’elle œuvre à la conservation de l’être
physique et psychique ou lorsqu’il s’agit d’une nécessité collective à la
conservation du groupe au détriment d’un autre groupe.
Quant à la nécessité d’amour réveillée qui conduit à de l’effacement, elle
semble porter en son sein une extinction qu’on pourrait facilement
assimiler à une pulsion de mort. Cependant nous avons essayé de témoigner
comment la nécessité d’amour ouvrait sur le Vivant à condition de se
laisser agir et métamorphoser par Amour. Nous ne sommes plus ici sur le
plan physique, psychique seulement mais il y a bien passage sur un plan
spirituel autre, le lieu de l’Amour (« le Royaume du Fils de son amour »)
où tout est renversé. Ou tout l’être, tout le Corps de l’être est en
question : spirituel, psychique, physique.
En cette nécessité d’amour suractivée, Eros n’est plus seulement comme
dans l’ordre de la nécessité d’être, satisfaction de se conserver et de
s’accroître en jouissant d’autrui-comme-nourriture (jusqu’à le faire
mourir si nécessaire, même par amour), mais il connaît une transfiguration
radicale lorsqu’il se nourrit ou plus exactement est nourri par le Dieu
Vivant.
En cette nécessité d’Amour, du point de vue du corps spirituel, les
notions de pulsion de vie et pulsion de mort sont renversées et dénoncées
dans leur ambiguïté. Jean 12 : 23 - 26
En cette nécessité d’amour, le prodigieux n’est pas que l’âme reçoive
seulement plus d’énergie sexuelle et vitale, plus de souffle de vie, une
impulsion plus grande, car la quantité ne garantit en rien que nous sommes
en qualité d'Amour et de Lumière. Le miracle c’est qu’elle soit pénétrée
par l’Autre, Amour, Messie Personnel, Lumière qui donne le Vivant. Non
plus souffle de vie mais Vérité dans le Souffle qui me pénètre.
J’ai soulevé ici quelques points sans grande prétention. J’ai bien
conscience que tenter comme je l’ai fait des rapprochements analogiques
entre discours psychanalytique et discours mystique pourra sembler à
certains suspect.
Qu’avais-je au commencement à ma disposition comme science pour chercher
et pour dire ? Rien. Rien pendant longtemps. Il a bien fallu que je
rejoigne une parole. Deux en vérité, celle des ‘‘mystiques’’ et celle des
psychanalystes, de mon point de vue proches en vérité ; seule la
représentation de la source diffère et encore, car le dieu des mystiques
n’est peut-être pas le Dieu des idolâtres. Aujourd’hui, je retourne la
question aux psychanalystes, qu’est-ce qui est en question dans le
discours mystique ? Trop facile de parler de discours d’arrière-monde.
J’entends notre présomption car à la vérité ce qui nous agit nous est à
tous inconnu. Paul en appela lui-même « à ce dieu inconnu » lors de son
passage à l’Aréopage d’Athènes.
Du lieu de mon expérience ai-je refusé d’envisager l’inconscient freudien
?
J’ai tenu à présenter sommairement ici les graves et sérieuses
interrogations qu’un tel événement (la venue en soi de l’Autre) a posé à
ma conscience. Je n’ai jamais fait de psychanalyse et pourtant nombre de
ses concepts me sont accessibles par expérience ; parce que j’ai fait
l’expérience d’une altérité en moi.
Et ce qui intéressait Freud, c’était cette part d’altérité en nous. Ce
réel inconscient qui dans les symptômes, les actes manqués, ne cesse comme
réalité autonome de venir se signifier. Or la question a été pour moi
celle-ci (même si longtemps je ne me la suis pas posée pas en ces termes),
que ma vie était devenue tout entière symptôme, lapsus, acte manqué, d’un
réel inaccessible et pourtant tellement agissant à mon insu. J’ai
longtemps résisté, pulsion narcissique oblige. Et puis j’ai tout remis au
souffle.
Aujourd’hui depuis le lieu où je me retrouve, je puis dire ceci :
écouter, chercher et guérir ne sont qu’une seule et même opération.
Témoignage du Corps
On nous dit que
« Notre amour pour Toi a ses sources réelles dans les complexes
inconscients
Qu’il est un dérivé de nos instincts sexuels,
Que le premier signifié sexuel a été oublié,
Scotomisé, tenu dans l’ombre.
Qu’il fut remplacé dans la chaîne signifiante par un autre signifié :
Toi en l’occurrence. »
On nous dit que :
« Nous recherchons la fusion avec l’Etre infini, le néant,
Que notre désir d’union est régression, retour dans le sein maternel,
Qu’il est désir de sécurité, refus de l’altérité,
Appel égotique de l’autre moitié de soi, nostalgie du placenta perdu.
Que notre fidélité au Nom du Père est sublimation de l’image paternelle. »
On nous dit aussi que
« Notre amour pour le Corps, nos « frères et sœurs ma chair »,
Est fantasme des retrouvailles,
Mythe du paradis perdu,
Enfermements narcissiques,
Illusion du grand soir. »
Mais nous, nous savons ce qui a parlé à notre cœur la toute première
fois.
Ce n’était pas vraiment toi, Christ, car nous ne te connaissions pas, tu
ne nous avais pas encore touché, ni visité.
Ce n’était pas notre Père, car comment aurions-nous pu le connaître
puisque nous ne te connaissions pas ?
Ce que nous avons aimé la toute première fois, ce qui a bouleversé nos
vies, ce furent tes paroles que le soi-disant hasard des rencontres mit
sur notre route. Nous avons commencé par lire un peu des Evangiles dans
nos chambres, cachés et…
Pour la première fois, avec des larmes, nous nous trouvâmes à écouter une
parole vraiment juste et charitable. Pour la première fois nous écoutions
un dire vraiment humain. Un dire que nous avons reconnu aussitôt, car
depuis si longtemps nous le cherchions, nous le désirions sans pourtant
savoir où le trouver ni comment le faire venir en pleine lumière…. Et
cette parole enfin !
Nous y avons adhéré de tout notre coeur, de tout notre esprit, de toute
notre volonté. Elle nous guérissait.
Ce n’est que plus tard, après que nous ayons fait bien des efforts vains
pour nous élever vers la justice d’En-Haut, pour imiter ton humanité
encore bien mal entendue, que vint ton Souffle d’Amour, par surprise et
par miracle, nous révéler le Fils qui déposa sur notre bouche un baiser,
nous retourna pour un Royaume, métamorphosa notre chair pour une union et
illumina notre cœur pour un partage.
Ce ne fut pas le désir d’union, ni l’Amour-Union, le véritable amour, qui
lui est pour la fin, qui furent premiers en nos cœurs, mais bien Ta parole
qui ouvre le cœur à la Vie.
Nous avons aimé la justice, ensuite seulement tu es venu, tu t’es fait
connaître et tu as gravé le désir de Toi dans notre cœur, à jamais. »
Exode social suite
Témoignages sur les épreuves du commencement
Introduction
Rappelons-nous dans tout ce qui va suivre, que nous parlons de personnes
qui ont contemplé l’Amour divin, le temps d’une rencontre de personne à
personne qui a tout bouleversé en elles et cela de façon radicale. Elles
viennent d’horizons et de milieux très divers.
Certaines sont mariées. D’autres ont des enfants. Certaines connaissaient
bien la tradition chrétienne, d’autre la tradition et la bible, d’autres
connaissaient la bible seulement, elles l’ont connue seules, en lecture
libre ou par le biais d’autres chrétiens, de sectes etc… d’autres
connaissaient peu de chose, d’autres rien. Mais toutes ces personnes
cherchaient d’une manière ou d’une autre Dieu, même sans le savoir, même
en se disant athées, même en ayant quitté leurs églises ou l’Eglise parce
qu’elles avaient le sentiment de n’y pas trouver de nourriture qui réponde
à leurs espérances, d’autres parce qu’elles ont traversé une crise
existentielle terrible.
Jour et nuit toutes elles gémissaient…
Sa vie au quotidien
Cette rencontre d’abord, un don du ciel ; le don d’Amour.
La Grâce du don propre.
Un don propre reçu d’Amour pour donner. Unique. Et pour cela étrange.
Alors la crainte.
Combien d’obstacles, de résistances, d’oppositions en moi, chez l’autre.
Les peurs ? Innombrables. Le manque de courage ? Parfois. L’ignorance ?
Souvent. Mais toujours, toujours, le feu d’amour, Sa puissance. Son unique
puissance.
Un don pour donner, mais qui met hors normes, hors sentiers tracés ; qui
déconcerte, effraie. Pourtant l’âme aimée veut l’amour.
Pauvre petite, donner, partager, porter du fruit ne sera pas pour tout
de suite. Non, il te faudra patienter, cruellement patienter, indéfiniment
patienter.
Les incapacités, les impasses, les coups, les rires, les pleurs. Il te
faudra traverser les clôtures, franchir les barricades, être arrachée de
ton ancienne manière d’être qui n’était pas toi-aujourd’hui.
Ce don d’une nuit te consumera. Tu disparaîtras du milieu des tiens. Tu
n’auras d’autre choix que de le retrouver, Lui et Lui seul. Tout le chemin
jusqu’à Lui tu auras à re-parcourir. Il est venu à toi, tu iras jusqu’à
Lui, en te traînant s’il le faut. En laissant des lambeaux de peau sur les
épines, ta chair dans la poussière, ton souffle dans les cris, tes yeux
dans les larmes.
Tu dévieras. Tu sortiras du chemin large et spacieux. Mais les autres, ta
famille, tes relations, croyant bien faire, insisteront pour te ramener
chez-toi. Mais c’est où chez-toi ? Tu n’as plus de chez-toi !
Ils ne comprendront pas. Comme si une cloison transparente séparait deux
mondes, empêchant la portée de ta parole, permettant tout juste de voir
tes faits et gestes. Faits et gestes étranges, d’un autre lieu, d’un autre
souffle, dont les motivations désormais supposées, imaginées, inquiètent.
Malentendu. Projections.
Impossibilité du partage. La lumière, hélas, ne se partage pas.
Disons-le autrement
Au début elle sera encore sensible aux arguments ‘‘raisonnables’’
d’autant qu’elle ne saura pas où elle va. Elle hésitera, doutera, sera
ballottée. Pourtant rien ne pourra l’empêcher de s’engager sur le bon
chemin pour elle, celui de son don d’amour. Nécessité. Elle est agie.
Chaque décision, chaque pas s’amorcera dans la douleur, mais une fois
accompli, la joie de se sentir un peu déliée.
Il lui sera de plus en plus difficile d’agir selon les normes et les
critères habituels. Le don qui est l’Esprit, le Saint finira par tout
passer au crible. Ainsi beaucoup d’œuvres dans le monde lui apparaîtront
vaines et trompeuses. Et la gratuité du don reçu marquera inexorablement
son existence et le chemin de vérité en train de se faire.
Par exemple, on aura beau lui rappeler la ‘‘réalité’’, lui parler de
compétitivité nécessaire, lui expliquer les avantages de la concurrence,
de la croissance, de la quantification, ces termes de la nouvelle religion
universelle, elle n’y entendra que le souffle d’une gigantesque
intoxication ; le poison de Mamon.
Amoureuse d’Amour, il lui deviendra difficile de garder la moindre
motivation pour réussir en ce monde. Elle deviendra étrangère à tout ce
qui le fait courir : le pouvoir, le prestige social, l’avidité, la
convoitise.
Il lui deviendra, par exemple, impossible à plus ou moins long terme,
selon l’intensité du travail divin en elle - et par contre coup de sa
souffrance - de poursuivre un emploi où gagner de l’argent est le but. Ce
que je dis là est fou, complètement fou n’est-ce pas ? Travailler c’est
d’abord chercher à gagner sa vie, avoir de l’argent. C’est là le problème
pour cette âme. Elle est devenue folle. Ca ne veut plus rien dire pour
elle.
Les attentions, les soins, les sourires, les réceptions, les courbettes,
tout cela par intérêt. Et le pire c’est que l’argent est devenu tellement
premier que plus personne ne le voit, ni ne voit l’obstacle qu’il
constitue entre-nous.
Notre représentation des autres est hiérarchisée en fonction de l’argent
ou du niveau de vie. J’exagère ?
Quelle considération a-t-on pour le don propre d’une personne quand ce don
ne rapporte pas d’argent ? Seul le statut de salarié compte parce le
travail est toujours associé à un gain pécuniaire. Mais souvent ce travail
appauvrit car il est tout entier tourné vers un seul but : le profit. Il
n’y a plus de gratuité.
Ainsi le don propre, la richesse personnelle de chacun, sont délaissés au
profit d’objectifs matériels, mercantiles, toujours intéressés.
J’exagère ? Si je dis portugais, turc, n’a-t-on pas tendance à assimiler
l’économiquement inférieur et l’inférieur tout court ?
Allez, il vaut mieux que je m’arrête là, j’en ai trop gros sur le cœur.
Le seuil du pauvre
L’altérité meurtrit
Bouscule
Bascule dans le vide
Le seuil du pauvre
Puis le saut dans l’abîme
Quand rien ne demeure
Rien
A part entre toi et moi
Se dépouiller au monde
A nu
Le vivre
Comme étant soi-même
Sur le seuil
Se livrer à l’autre
Dans le sans-puissance
Incliné
A l’écoute
Posé en son sein
Et goûter ensemble un autre pain
Tout commence
Sans commerce
Un autre pour la parole
En prendre soin
Comme mèche de lin qui fume à peine
Qu’elle s’éteigne
Plus rien ne m’éclaire
Qu’elle brûle
Ca veille entre nous
Sa foi pour les autres
Au début de l’exode, la personne est confrontée à un véritable dilemme.
Elle est fervente et son désir est grand de comprendre et de partager ce
qu’elle a vécu avec ses proches ou son entourage car elle est en joie.
Mais si elle essaie de partager ce vécu intime, cette incroyable mutation
et ce pourquoi elle est certaine qu’elle ne pourra plus vivre tout à fait
comme avant, elle déclenche une réaction d'inquiétude ou de stupeur et
d’incrédulité voire d’hostilité.
Si elle trouve plus prudent de ne pas s’expliquer ou cache cette réalité
intime, on s’aperçoit malgré tout dans son entourage d’un changement de
comportement et toute sorte de motivations lui sont prêtées.
Ou bien elle fait l’objet d’interrogations auxquelles bien sûr elle ne
peut pas répondre clairement car elle ne sait pas comment dire ce qui lui
arrive. Elle se trouve dans une telle mutation psychologique et morale que
chaque jour qui passe l’oblige à un nouveau positionnement intime.
Pourtant en ce commencement elle ne peut faire autrement que de chercher
une personne qui puisse vraiment l’entendre. Elle cherche une parole
d’Ananie qui l’aide à comprendre ce qui lui arrive.
Nous avons vu comment en début d’exode, la personne a besoin de partager une telle expérience. Nous avons vu aussi combien il était important d’être vraiment entendu, identifié par l’autre pour exister. Possédant comme une identité neuve et une joie toute fraîche, elle essaie de le faire savoir, elle désire partager son expérience pour que l’œuvre de Dieu soit glorifiée, pour témoigner de la foi qui est un océan immense de tendresse.
« Regardez ce que Dieu peut accomplir en l’humain ! »
Fermetures.
Confrontée à l’incompréhension d’autrui (celle de ses proches sera la plus
douloureuse), au scepticisme et au malentendu, aux moqueries, quelques
fois à la persécution, elle se retrouve seule (on dirait aujourd’hui sans
soutien psychologique), en proie au doute et à l’incertitude malgré la
certitude qui l’habite.
Découragée, tourmentée, par le refus de son entourage de l’entendre, elle
connaîtra une solitude physique en plus d’une solitude spirituelle.
Nous l’avons vu, les délices du toucher d’amour d’union envolés, il est
inévitable qu’elle ait le sentiment premier d’avoir perdu l’amour.
Cette plainte solitaire d’une âme blessée au plus profond au point de se
sentir étrangère et de s’éteindre d’amour est un des traits constants chez
tous ceux qui ont connu ce toucher d’union : « où t’es-tu caché ? »
Elle subira des perturbations psychologiques, affectives, morales, qui
provoqueront des changements importants, parfois radicaux, dans son mode
de vie, sa relation au monde et à autrui.
Du fait d’un désir réorienté en dieu-Amour qui peut ainsi opèrer de continuelles transformations sur ses motivations, mise en face de son étrangeté, elle peut finir par se replier sur elle-même, dans la jouissance, sur cet événement qui l’a bouleversée jusqu’à s’enfermer dans une rumination stérile, même si extatique.
Autre exemple :
Ayant rejoint des chrétiens pour trouver un soutien spirituel, elle peut
ne pas trouver parmi eux de personnes capables de l’entendre, c’est à dire
capables de la recevoir comme elle est en ce jour autre, en cet
aujourd’hui de l’œuvre divine (comme ces chrétiens de Damas qui
continuaient d’avoir peur de Paul parce que peu de jour avant c’était
encore un ennemi de la Voie), et elle risque de se décourager.
Si tous ceux-là savaient combien elle aime l’Eglise, pas celle-ci ou
celle-là, non tous ceux qui aiment Jésus. Elle les aime et ne fait pas de
partage, tout ce qui est à elle est à eux. Pour elle, il n’y a plus
d’esclaves, ni d’hommes libres, ni hommes, ni femmes, ni grecs, ni juifs
parce qu’elle aime à travers Christ.
Hélas, non seulement elle se retrouve comme un Paul qui n’aurait pas
trouvé de mains pour la guider vers les frères de Damas, mais si elle les
trouve, elle a le sentiment qu’on suspecte son histoire à dormir debout.
Hélas, il peut arriver qu’elle ne soit pas perdue pour tout le monde et
qu’elle trouve des mains offertes, mais pour la conduire dans le trou où
sont déjà tant d’aveugles.
Ou bien.
Elle rencontrera des « conducteurs » qui l’emmèneront sur des voies qui,
bien que très orthodoxes ne sont pas cette voie que Dieu veut pour elle.
Au lieu d’entendre et de reconnaître son état, croyant voir alors qu’ils
sont aveugles, croyant entendre alors qu’ils sont sourds, ces conseilleurs
voudront la mettre sous un joug trop lourd pour être le joug que le Christ
a prévu pour elle.
Ils essaieront d’arracher, croyant bien faire, ce qu’ils pensent être en
elle de la mauvaise herbe, mais c’est le bon blé qu’ils couperont. Ils lui
diront peut être qu’elle fait preuve de présomption en croyant déjà que «
Jésus vit en elle et elle en Lui ».
« Vous croyez que ça vient comme ça vous, non, non…etc… ».
Mais elle résistera, car elle est sûre de son état. Le problème sera alors
amplifié par son incapacité à exprimer clairement ce en quoi elle est sûre
qu’il y a malentendu. Son incapacité à dire l’événement et à témoigner.
Tout est tellement nouveau.
« Non, non, vous ne comprenez pas, je…je… »
Elle sera alors suspectée d’orgueil, de présomption, d’entêtement, d’être
animée d’une volonté de puissance, de se prendre pour « une élue »’’ etc…
Et devant tant de complications, elle risque de s’éloigner des hommes
d’église, et des autres d’ailleurs, mais elle reviendra…
Que de temps gâché, de risques encourus et combien de tourments en plus.
Ou bien.
Sûre de son expérience intime, elle se portera là où les choses de Dieu ne semblent pas faire problème. Ainsi elle aura l’occasion de rencontrer beaucoup de gens qui se réclament aussi de Dieu. Abusée par les mêmes mots employés ou les mêmes références écrites et une foi qui semble si proche, elle risque de se retrouver embarquée un certain temps sur des voies très douteuses.
Ou bien.
Ceux qui décèleront ‘‘la possibilité d’une grâce mystique’’, lui diront
qu’elle doit en premier lieu mortifier ses sens ; ils lui donneront
quelques conseils et moyens qui en fait l’obligeront à faire par ses
propres efforts ce que Christ a déjà accompli en une seule rencontre
d’amour et ce qu’Il continue d’opérer en elle, car Il la tire vers Lui
sans qu’elle puisse faire quoi que ce soit tant elle est anéantie.
Active en cette tâche volontaire, elle aura l’impression de perdre son
temps et d’œuvrer par le moyen de la chair.
Pour elle c’est si simple, elle pense à sa première rencontre, et hop !
L’Esprit du Fils est là tout près d’elle et aussitôt elle Lui demande
pardon de ne pas être encore prête.
On lui dira que la foi sans les œuvres est morte, on lui dira qu’elle
doit agir, chercher, œuvrer pour plaire à Dieu et que sa manière d’être
passive n’est pas bonne, que c’est pour cela qu’elle n’est pas bien, qu’il
faut qu’elle se secoue. Mais elle n’en a ni le goût, ni la force parce que
son désir n’est pas là où ceux là croient qu’il est.
« Je ne suis pas là où vous pensez que je suis» se répète-t-elle en
elle-même. « Certains vous diront Christ est là ou Il est là, ne le croyez
pas, car comme l’éclair part du Levant et paraît jusqu’au couchant, ainsi
sera la Venue du fils de l’homme. Où que soit le cadavre là seront les
aigles » cherche à lui dire Jésus en son cœur.
« Tu as vu la lumière et tu deviendras cadavre avec moi. Aigle, tu te
nourriras uniquement de ma chair et de mon sang. »
Impuissante à agir comme on le lui recommande, elle pensera peut être
qu’elle est une incapable.
Ou bien à cause du regard des autres, qu’elle n’est pas normale.
Elle sera dans les tourments car elle sentira que le Vivant en elle est à
l’étroit, s’étiole, étouffe ; elle aura le sentiment d’être entourée
d’ennemis qui en veulent à sa relation, qui veulent nier, détruire l’amour
qu’elle a pour Amour.
Dans les moments de solitude, dans l’adversité, lorsque tout cela sera
vraiment trop lourd à porter, quand parmi ceux qui ne voudront pas croire
il y aura aussi des croyants, elle se dira que peut être elle est
complètement ‘‘parano’’, à côté de ses pompes.
Son chagrin, sa tristesse, sa solitude, ses tourments comment en parler ?
Ce qui est en question dans tous ces exemples, ce n’est pas seulement son
inexpérience, ni son incapacité à témoigner clairement d’une expérience,
mais la foi.
Dans Luc 18 : 7 – 8, Jésus lie le gémissement de ceux qui l’attendent et
le manque de foi dans le monde.
Autre situation
Voyant qu’elle cherche quelque chose de Dieu, et qu’elle est prête à
lire beaucoup de choses sur Dieu, on lui conseillera de nombreuses
lectures pour l’éduquer à la foi chrétienne et à la tradition chrétienne.
Ces conducteurs là ne discernent pas que cette âme ne cherche pas à savoir
comment aller à Dieu mais à mieux discerner ce que L’Esprit du Christ
opère en elle, à mieux vivre ses ruptures, son abaissement, ses agonies,
afin d’accorder plus justement sa volonté, jour après jour, au Vouloir de
« Abba », et elle crie vers Lui. Car ce qu’elle désire de tout son cœur :
suivre l’agneau, peu importe où il va.
Ils l’inviteront peut être aussi à étudier la théologie alors que pour
elle, par voie de contemplation infuse, elle est déjà nourrie d’une
théologie cachée.
Remarques importantes
Il ne s’agit pas ici de dire qu’étudier la tradition chrétienne, la
théologie est inutile, c’est utile. Il ne s’agit pas de dire que tous sont
dans l’erreur. Non, il ne s’agit pas de cela, non il ne s’agit pas de
cela.
Il s’agit de croire en ce qui motive, en ce qui agit cette âme, car elle
est agie en vérité. Ce Corps dont nous parlons qui va de la terre jusqu’au
ciel, à de nombreux organes et de nombreux membres.
Il s’agit d’accepter que cette unité et cet ordre ne soit pas uniformité.
C’est Dieu qui appelle et qui répand ses grâces et ses charismes comme Il
veut. Si nous avions simplement foi en cela, alors nous verrions les anges
monter et descendre pour servir ce Corps.
Il s’agit d’avoir foi en l’Esprit qui meut cela, en Christ le Vivant qui
peut cela, en « Abba » qui veut cela et même l’impossible. Jean 6 : 60-65
Il ne s’agit pas de prêcher un nouveau quiétisme, un Libre-Esprit
contemporain. Mais il s’agit de faire prendre conscience de quoi il est
question : tout est dans ce qui motive une telle démarche de l’âme. Le
mieux est de rester humble devant de tels cas. De faire confiance, d’avoir
la foi simple de cette personne qui est là dans toute son ignorance
apparente, mais qui donnerait déjà sa vie pour son Amour qu’elle connaît
déjà mieux que beaucoup.
Qui peut dire qui est Dieu ? Elle, elle n’en sait pas plus, mais « elle en
sent les effets, c’est comme le vent… » Jean 3 :6-8.
Il est nécessaire de l’encourager à s’appuyer sur la certitude qui
l’habite plutôt que de la mettre en garde contre une certaine présomption
ou un risque d’illuminisme.
Lui dire : « continuez envers et contre tout » et lui recommander quelques
lectures adéquates. Ou si possible partager avec elle, la lecture de la
bible, à condition que le partage se fasse librement, dans l’écoute de ce
qui vient là, sans crainte surtout, mais en toute ouverture même à ce qui
pourrait prendre figure de l’étrange, du déconcertant.
- Savoir que dans tout ce qu’elle trouvera qui sera vraiment de Lui, Sa Parole surtout, elle Le reconnaîtra en toute sûreté, elle L’entendra depuis le lieu dans le fond de l’âme où cela doit être entendu pour être vraiment entendu. En effet cette personne a déjà un rapport à Dieu Père que l’on peut dire filial. Aussi en contact avec l’Evangile, elle le recevra comme une lettre, comme une demande ou une confidence qui lui est personnellement et directement adressée par Dieu. - Le premier semblable étant Jésus Lui-même, le premier-né, mettre en contact la personne qui n’y est pas encore avec l’Evangile qui au-delà de la vie historique de Jésus, est révélation du chemin intime au plus profond de l’âme depuis l’appel maintenant jusqu’à l’agonie sur la Croix avec Jésus, puis la tombe plus tard, puis cette aube qui pointe. Une âme réellement affectée par le toucher d’union, en chemin d’union, ne peut rester sans larmes, sans frémir, sans être troublée intérieurement par sa Parole.
Autres remarques :
Certes l’exégèse critique met en question la Parole et son authenticité
en tant que parole de tel ou tel apôtre, écrite à telle ou telle époque.
Le Jésus historique est soumis à la critique. Mais l’âme née non de la
volonté des hommes mais de Dieu ne doit pas outre mesure s’inquiéter de
cela et surtout pas attendre les conclusions définitives des chercheurs
pour accorder sa confiance aux écritures sous peine de devoir patienter
au-delà des limites de sa propre existence, sous peine aussi d’aboutir à
une foi sans plus aucun support ni témoignage des âmes saintes qui l’ont
précédée.
Or elle n’est pas seule, toute la ‘‘Jérusalem d’en Haut’’ est avec elle.
La communion des saints. Ce n’est pas seulement le Jésus historique selon
la chair qu’elle connaît désormais mais le Christ ressuscité.
Quant à la Parole donnée en partage, l’Esprit Saint (l’assistant, le consolateur), donnera en nourriture à l’âme les seules paroles qui l’édifieront, cette Parole qui est souffle vivifiant et véritable, issu de la Femme, de tout le Corps notre demeure, notre famille, cette Eglise véritable et invisible pour les yeux non encore retournés, convertis. Et peu importe que cette Parole soit du 1er ou 2ème siècle ou du 12ème. Quiconque est né du Père reconnaîtra cette parole si elle est de Lui.
Non je ne vous dirais pas qui je suis
Non je ne vous dirais pas qui je suis
Ni d’où je viens
Ni qui était ma mère
Ni qui était mon père
Je n’ai plus de nom
Plus de père
Plus de mère
Je n’ai qu’Amour
Et ma mère et mes frères
Sont ceux qui l’entendent
Non je ne vous dirais plus qui je suis
Ni d’où je suis sorti
Vous dites celui-là
Nous ne savons pas d’où il est
Je vous l’ai dit mais vous ne croyez pas
Je suis sorti de chez mon Père
Qui m’a envoyé vers vous
Pour rassembler les enfants perdus d’Israël
Mais vous ne me recevez pas
Parce que vous n’entendez pas ma parole
Si un autre était venu à ma place
Vous l’auriez reçu
Mais moi vous ne me recevez pas
Parce que je vous dis la vérité
Etes-vous sans intelligence
Ne comprenez-vous pas
La mort rôde chez-vous
Et je vous invite à la noce
Pour partager le pain de joie
Celui qui est le Vivant
Le vin de l’Alliance déjà dans la jarre
Comment aider un minimum
Pour ces personnes ce n’est pas une question de foi telle qu’on l’entend
ordinairement, car elles vivent avec une certitude au cœur malgré, nous
l’avons vu, certains doutes parfois terribles qui pourtant n’arrivent pas
à éteindre cette certitude intime tout à fait, mais bien plutôt de savoir
très concrètement :
- Si elles sont seules à avoir connu ce genre d’expérience. Si elles
peuvent trouver des écrits qui rendent témoignage ou décrivent ce genre
d’expérience. Si elles peuvent espérer trouver des semblables dont le
chemin commence à ce moment précis du contact direct. Jean 17 : 15-23
- Si elles ne sont pas folles. Elles souffrent d’une si grande solitude
qu’elles se demandent si au fond leur totale incapacité à se satisfaire
des éléments que le monde offre ne proviendrait pas d’une maladie
psychique maquillée en folie de Dieu. Elles ne sont pas anti-sociales.
Elles ne peuvent se satisfaire de la justice des hommes. Leur cœur n’est
pas là où est leur corps, c’est tout. Actes des Apôtres 26 : 22-25
- Si elles peuvent espérer trouver un Ananias, une personne éclairée qui
les aidera à mettre des mots sur leur expérience. Elles ont besoin d’un
accueil confiant à défaut de trouver la foi. Et non pas d’être jaugées,
mesurées, etc…
« Quand le fils de l’homme arrivera sur la terre trouvera-t-il vraiment la
foi ? »
Luc 18 : 6-8.
Le premier toucher d’amour est une invitation au mariage, mais la personne
ne peut encore le savoir. Et après ? Tout dans ce monde est si éloigné de
l’amour de Dieu et nos esprits et nos cœurs. Qui sera auprès de ces êtres
en ces commencements fragiles et balbutiants ?
« L’Esprit de leur époux sera avec eux pour les acheminer vers la maison
de notre mère. »
Chœur des épouses :
« Nous avons une petite sœur qui n’a pas encore de seins ; que ferons-nous
pour notre sœur le jour où l’on parlera d’elle ? »
Chœur des jeunes filles :
« Si elle est un rempart, nous bâtirons sur elle un couronnement d’argent
; si elle est une porte, nous appliquerons sur elle une planche de cèdre.
»
Chant de la jeune mariée :
« Je suis un rempart, et mes seins sont comme des tours ;
alors je suis à ses yeux comme celle qui a trouvé la paix. »
Cantique des cantiques 8 : 5 -10.
Se faire tout écoute donc, et humble et ne pas étiqueter trop rapidement
cette foi en des termes tels que, ''illuminisme’’, ‘’biblicisme'' ou je ne
sais quel autre substantif, qui en fait traduisent une incompréhension,
une non-expérience de ce qui arrive à cette âme.
Il est difficile de faire la part des choses, de séparer l’ivraie du bon
grain en ce commencement au risque d’arracher le bon grain avec l’ivraie,
car entre illuminisme et illumination, biblicisme et fidélité à la Parole
du Christ existe le même écart qu’entre l’œuvre d’un maître et sa contre
façon satanique la plus brillante. Seul le temps en permettant la
maturation de ce qui vient de naître, révélera de quel lieu elle est
sortie.
Ceci ne veut pas dire qu’il faille tout entendre sans esprit critique et
sans user de raison, mais tant qu’il n’y a pas vraiment humble et humaine
conviction qu’on est en présence d’une imagination malade ou d’une
perversion spirituelle, nul ne peut vraiment prétendre savoir, car l’œuvre
de Dieu en de tels êtres aimés par lui de cette manière d’amour est une
folie.
Le mieux est de toujours être dans cette attitude d’esprit qui consiste à
ne pas jauger, mais à servir chaque homme comme nous étant envoyé par Dieu
pour notre édification.
Remarque importante :
Certains penseront retrouver dans mes écrits des composantes et les
idées dualistes d’un gnosticisme chrétien : le mondain opposé au
spirituel, un dieu menteur et meurtrier en place du Dieu d’amour en ce
monde, qui semble avoir tout pouvoir et tirer les ficelles au point de
faire de nous des jouets, de sorte qu’il ne peut plus y avoir de place
pour un libre arbitre, le rôle ténu de la volonté, etc.
Ceux qui connaissent la parole de l’Evangile reconnaîtront de quel lieu
sort ma parole. Tout ce que j’ai exprimé dans ces écrits s’appuie certes
sur l’expérience personnelle du contact, mais n’a jamais dissocié dans
l’expérience même, expérience, parole intime et Parole de Jésus. Jamais.
De plus je n’ai jamais différencié le Dieu de l’Ancien testament du Dieu
de Jésus. Par contre je pense qu’il est toujours possible dans les
lectures que l’on fait et qui ont été faites des paroles ou des
événements où Dieu se révèle, de mal entendre et donc de lui prêter des
motivations qui ne sont pas les siennes mais les nôtres projetées :
prestige social, apparence, force guerrière, pouvoir, dureté, justice
excessive ou expéditive. Jésus parmi les siens ne cesse de retourner
cette tendance.
Conteste-t-il son Père lorsqu’il dit « il est écrit, il a été dit, vous
avez appris …, mais moi je vous dit. » ?
A qui, à quoi s’en prend-t-il alors ? Au Dieu de l’Ancien Testament ? A
la parole de Moïse ? A la Thora ? Aux juifs ? (Ce type de procès a été
fait aussi à Simone Weil notamment ; je pense qu’elle est parfois mal
comprise.) Il donne la réponse lui même : « Vous avez des oreilles mais
vous n’entendez pas ». Il met en cause notre mauvaise foi à tous, nos
résistances, nos illusions, notre égotisme, notre ressentiment, le
mal-entendu, etc. Cette façon de projeter notre image nous empêche de
voir et d’entendre. Mais « elle passe, le figure de ce monde. »
Quoiqu’il en soit, il est inévitable que la foi chrétienne en un Dieu d’amour se heurte au scandale du Mal et au Dieu des armées de l’Ancien Testament. Ancien Testament qui ne nie pas mais confirme la réalité de la mort, du mal et du malheur jusque dans les œuvres et les hommes qui se réclament et espèrent de Dieu.
Témoignage cependant:
Plus la relation à Dieu-Amour se fait contact de chair à chair, plus le
Dieu des armées blesse. Ainsi le scandale s’enfonce au plus profond dans
le mouvement même de l’incarnation .
Le signe du réel : la boiterie. Genèse 32 : 23 - 33
Jacob lutte avec l’ange. Après le passage, alors qu’il se retrouve seul
et que Dieu se fait présence réelle, Jacob lutte avec lui. Toute la
nuit, il lutte. Si bien que la Présence ne peut l’emporter sur lui.
Jacob est blessé à la hanche, il boite, mais ne lâche pas. Il veut une
bénédiction. Il dit son nom à la présence : Jacob.
Désormais Jacob est connu de la présence parce qu’il a lutté avec Dieu
et avec les hommes. Mais il veut plus. Une réponse. Connaître son nom.
Ainsi en est-il du spirituel qui veut une réponse de ce « Dieu inconnu
». Dans un contact de corps à corps et de cœur contre cœur, dans les
bras de la présence, une lutte s’engage. Il sera blessé au point d’en
sortir boiteux.
Ainsi par exemple, aucun argument même brillant sur la nécessité de
sauvegarder par la guerre, si nécessaire, un peuple élu en vue du
sauveur de la promesse ne peut prétendre adoucir le scandale du Mal ou
de la guerre dans une âme amoureuse d’Amour et en quête de vérité sur
Son Nom, d’autant que « je vous dis que Dieu peut, des pierres que
voici, faire surgir des enfants à Abraham. »
Frères, ne mangeons pas trop légèrement le nerf sciatique par lequel la
blessure du scandale se fait douloureusement sentir au creux de la
hanche. Il est des amants du Seigneur dont la lutte est si acharnée et
la blessure du scandale si douloureuse qu’ils s’épuisent et en meurent,
mais leur vie est sauve parce qu’ils ont aimé la vérité plus que tout et
n’ont accepté aucun accommodement, ni arrangement.
Croyez-vous qu’ils meurent parce qu’ils ont trop mauvaise conscience de
se savoir complices ou les heureux préférés en présence de tant de
misère et de malheurs ? Non. Leur joie est complète. Mais dans le même
mouvement ils meurent de trop de calomnies, de mensonges répandus sur
Amour dont les détracteurs comme les « prêtres » ont fait un Dieu de
vengeance et de ressentiment. Leur lutte? A perdre la vie s’il le faut.
Ce reste jamais ne pliera le genou devant les hommes, ni devant un Dieu
qui ne dit pas son nom.
Le passage de l’histoire : « Elle passe la figure du monde. »
Cependant, à défaut d’obtenir la réponse des hommes ou du Dieu inconnu,
ils le connaissent par contact. Alors il s’agit pour eux de passer
définitivement, boiteux s’il le faut, avec leur Amour en ce lieu, de
l’autre côté, où l’on peut vraiment entendre cette réponse de Jésus :
« Vous avez appris (qu’il est écrit), vous avez entendu dire……mais moi
je vous dis. »
La seule puissance de l’Amour sans retour. Tout le reste n’est que
haine.
Notons pour finir que Jacob n’a jamais eu de réponse à sa question, mais
il sera béni car sa lutte ne fut pas considérée comme une présomption
mais comme un signe de foi authentique. Personne ne lui a dit le nom de
la Présence, mais alors que le soleil se levait sur lui, il a pu
lui-même en donner un, au lieu de la rencontre : Visage de Dieu. Et il a
eu la vie sauve.
La foi chrétienne en un Dieu créateur se heurte au scandale du Mal.
Aucun dogme ne peut prétendre l’adoucir dans une âme inquiète en quête
de vérité. Là encore paradoxe. Si la rencontre oblige à la lutte avec la
présence, l’apaisement, je ne dis pas la réponse mais l’apaisement, peut
aussi venir du contact. Le soleil finit par se lever sur Jacob. C’est de
tout cela dont j’ai voulu témoigner. De ce lieu paradoxal. A la fois la
paix du contact et le feu de la Lumière.
Je sais que tout ce que je dis là, oblige à questionner la notion d’inspiration. Je ne nie pas l’inspiration, mais m’interroge sur l’intelligence que parfois certains en ont ; certains courants chrétiens, fondamentalistes ou pas, par exemple.
Même si peu nombreux sont ceux qui désirent et appellent vraiment la
Présence, « petit troupeau » dit l’Ecriture, ce contact est pourtant
offert à tous. Donc dans mes propos, pas d’élus par nature façon
gnostique, encore moins de divisions corps/âme, etc.
J’espère que ces précisions un peu tardives, mais c’est tardivement que
j’ai pris conscience de la lecture erronée qui pourrait être faite de
mes écrits, permettront sinon de lever des craintes du moins un minimum
de partage.
L’ami frère, plus même, le frère-frère.
Il arrive que Dieu permette qu’une telle personne rencontre un frère ou une sœur de route (mort ou vif), pour qu’ils soient au moins deux, pour recevoir témoignage d’un autre, contempler les pas d’un autre, la nuit d’un autre lui aussi touché par le baiser de Dieu. Il ne s’agit pas ici de prétendre que l’on peut retrouver Dieu dans ce chemin d’union par ‘‘le moyen des créatures’’, mais de dire qu’il peut être réconfortant de pouvoir partager en ce commencement une expérience qui semble commune. Ecclésiaste 4 : 9-10 et marc 6 : 7-8.
Exhortation
Petites sœurs, petits frères chéris, non vous n’avez pas la prétention de
croire que Jésus vit en vous, vous croyez simplement en Jésus qui vit en
vous. Voyez comment un simple mot peut causer un grand malentendu ?
Continuez envers et contre tous ! Ne doutez pas de Lui. Le Vivant en nous
étouffe et s’étiole, élargissons-nous, je le redis : élargissons-nous ! Et
n’appelons personne Rabbi, car nous n’avons qu’un seul maître : le Christ.
Petites sœurs et petits frères chéris, « ne vous laissez pas ensorceler,
est-ce par les œuvres que vous avez reçu l’Esprit ou est-ce par la foi ?
Avoir commencé par l’Esprit et maintenant achever par la chair. C’est pour
la liberté que Christ vous a libérés, tenez ferme et ne vous remettez pas
sous le joug de l’esclavage. Seulement ne faites pas de cette liberté une
occasion pour la chair. Mais par amour, asservissez-vous. ». Epître aux
Galates
Tenez ferme. D’autres comme vous sont en chemin, et toute la communion des
saints est avec vous, vous êtes du Corps, frères et sœurs d’une même chair
et d’un même sang.
Petites sœurs et petits frères chéris « que personne ne vous juge à propos de nourriture et de boisson ou en matière de fête. Ce n’est là qu’une ombre des choses à venir. Que personne n’aille vous frustrer, en se complaisant dans « l’humilité et le culte des anges » (et des images), plongé dans ce qu’il a vu, gonflé d’un vain orgueil par sa pensée charnelle et ne s’attachant pas à la tête, dont le corps tout entier, bien uni par les ligaments et les jointures dont il est pourvu, opère la croissance voulue de Dieu. Si vous êtes morts avec Christ aux Eléments du Monde, pourquoi, comme si vous viviez encore dans le monde, vous laisser imposer de ces défenses : ne prends pas, ne goûte pas, à propos de choses destinées toutes à périr par usage ? Ce sont là des préceptes et enseignements des hommes ; ils ont la réputation de sagesse avec leur « culte volontaire », « leur humilité », leur « mépris du corps », mais ils sont sans valeur et ne servent qu’à satisfaire la chair. Si donc vous avez été relevés avec le Christ recherchez les choses d’en haut, pensez aux choses d’en haut où le Christ est assis à la droite de Dieu et non à celles qui sont sur la terre car vous êtes morts, et votre vie demeure cachée en Dieu avec le Christ ». Epître aux Colossiens 2 :16 - 23
Frères et sœurs, je vous le dis nous finirons par comprendre comment tout est inversé et comment pèse un énorme malentendu sur la Parole et sur l’Amour que Dieu dispense pourtant si généreusement, si gratuitement. Nous finirons par comprendre, mais après bien des chagrins. Mais ce n’est pas du temps perdu, rien n’est perdu…
Frères et sœurs chéris, « je vous ai écrit cela, non parce que vous ne savez pas la vérité, mais parce que vous la savez et que nul mensonge n’est de la vérité », « je vous ai écrit cela pour que l’onction que vous avez reçue de Lui demeure en vous et vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous enseigne ; mais parce que son onction vous enseigne tout et qu’elle est vraie et n’est pas mensonge, selon qu’elle vous a enseignés, demeurez en Lui. Et maintenant, petits enfants demeurez en lui, pour que, s’il vient à se manifester, nous ayons l’assurance et non la honte de nous trouver loin de Lui lors de sa Venue. Si vous savez qu’il est juste, connaissez que tout homme qui pratique la justice est né de Lui. » 1ère Epître de Jean
« Petits enfants gardez-vous des idoles » :
puissance et prestige social
« Gardez-vous du levain de pharisiens » :
ressentiment et extinction du vivant.
Au matin de la Création Nouvelle
« Le premier jour de la semaine, Marie la Magdaléenne vient au tombeau le
matin, alors qu’il faisait encore sombre, et elle aperçoit la pierre
enlevée du tombeau. Elle court donc et vient vers Simon-Pierre et vers
l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé
le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Jean 20 :1-2.
« On a enlevé le Seigneur ». Il n’est plus là où on l’avait mis. Il n’est
plus là où on croyait qu’il était encore.
Après la nuit de la Croix, c’est l’absence au tombeau.
« Pierre entra dans le tombeau,…, alors donc entra aussi l’autre disciple,
qui était venu le premier au tombeau ; il vit et il crut. Car il n’avait
pas encore compris l’Ecriture, selon laquelle il devait ressusciter
d’entre les morts. »
Jean 20 : 3-10
« Il n’avait pas encore compris l’Ecriture » dit l’Evangile. A partir de
l’arrestation de Jésus, les disciples qui se croyaient quelque chose
auprès du Messie, subissent pertes après pertes dans l’angoisse et la
douleur et ne comprennent plus rien. Perdus. Où se trouve la vérité ? Qui
en ces moments terribles est dans le mensonge ? Jésus ? nous ? Les sages
en Israël ne sont-ils pas garants de la vérité ? Et s’ils avaient raison ?
Si nous n’étions que de pauvres illuminés ? La ténèbre envahit tout
l’esprit… jusqu’au moment où, tout s’éclaire dans une claire vision du
ressuscité. Alors ils croient. Ils Le contemplent.
Ils croient, mais ce n’est plus la foi d’avant. Comme il y a un avant et
un après 11 septembre 2001 -paraît-il-, il y a un avant et un après Jean
20, ou si vous préférez un avant et un après ce matin au tombeau obscur.
Un avant, où nous croyons que Jésus est là, que sa parole veut dire ceci
et cela. Un après où il n’est plus là où l’on croyait, mais présence
d’absence. Présence autrement pour un autre rapport à la Parole qui ne
sera plus selon la lettre, ni selon la loi morale, mais « sagesse cachée
dans le mystère », soutenue par L’Esprit-Saint ; contact réel avec le
Ressuscité non selon les sens du corps charnel mais dans une claire vision
de toute la chair spirituelle. C’est le temps du fruit de l’Esprit, le
Saint, celui des œuvres d’une 2ème conversion très effective. La deuxième
fois. Celle d’une foi déplacée mais désormais vivante, réellement.
D’où comprenons-nous l’Ecriture ? D’où entendons-nous toute parole ? D’où
recevons-nous l’autre ? Depuis un lieu d’expérience situé avant ou après
ce matin au tombeau ? Aujourd’hui, où en est-on chacun, personnellement,
sur ce chemin en 2 temps tracé par Christ ? En deux temps, car il ne fait
aucun doute que la mort et la résurrection de Jésus marquent une frontière
où tout bascule.
Ces événements ont renversé le cœur, les oreilles et les yeux des
apôtres. Toute leur perception du royaume fut retournée lorsqu’ils furent
ensevelis avec Lui en cette nuit qui dura trois jours. Trois jours pleins
-de nuit-. Pas de demi-mesures !
Est-ce que le disciple que Dieu justifie, compterait, par hasard, échapper
au long séjour dans le ventre de la bête-qui-est-dans-la-mer ? Est-ce
qu’il se figurerait pouvoir s’alléger d’une Croix devenue superflue pour
des esprits post-modernes ? Imposture ! Voilà ce que lui répond la parole
de Celui qui nous précède.
Pâques signifia pour les apôtres, abîmes, effondrements, dépouillements
mais aussi passages ; pour un Passage -effectif et non pas seulement
imaginaire- sur l’autre face réelle du monde, par delà le meurtre et le
mensonge qui structurent l’Ordre dans le monde. Par delà l’angoisse, la
vanité et la haine. Donation depuis l’autre côté du voile par la
déchirure, cette possibilité désormais offerte à tout homme -et à l’homme
total- de pénétrer le Sein d’Abraham, d’être pénétré par la Pensée du
Père. Grâce et incarnation.
Si nous voulons vraiment accéder à ce qui est en question dans l’Evangile,
afin que sa Parole ne se fasse pas pour nous source de malentendu, -récit
à connaître dans l’exaltation et/ou à méditer religieusement- sans que
jamais elle n’opère de réelle transfiguration en notre intimité, comment
imaginer que nous puissions prendre un autre chemin que celui qui nous fut
ouvert par l’homme Jésus, puis par les premiers disciples ? Tout le dur
chemin de libération qu’ils eurent à emprunter pour que se dénouent leur
intelligence de la foi, n’en doutons pas, nous aurons à le prendre. Oui la
foi est un combat. Et notre combat sera d’abord agonie avant d’être joie.
Il sera joie puis agonie puis tout autrement joie.
Je m’explique mieux.
Se pourrait-il que pour vraiment voir et entendre selon « la pensée du
Père » nous ayons à passer par là où les premiers disciples sont passés ?
Par tout le chemin que nous trace Jésus, « le premier né d’une multitude
de frères » ?
Se pourrait-il que nous ayons réellement à vivre l’événement de la mort
Jésus, c’est à dire en Lui et avec Lui, la mort de l’homme ancien en nous
? Se pourrait-il que nous ayons à traverser nous aussi une absence du
Christ au tombeau ou pour le dire autrement que nous ayons à expérimenter
réellement une mise au tombeau du monde des sens et de l’esprit, c’est à
dire de notre ancienne manière d’entendre, de voir, de comprendre, (c’est
à dire) de ce qui constitue l’ordre du monde en nous ? Oui, la mort du
vieil homme signifie la mort du monde ancien en nous.
« Oui, c'est bien cela ! Je ne suis plus, en effet, comme dans mon
enfance, accessible à toute douleur ; je suis comme ressuscitée, je ne
suis plus au lieu où l'on me croit... Oh ! ne vous faites pas de peine
pour moi, j'en suis venue à ne plus pouvoir souffrir, parce que toute
souffrance m'est douce. » Thérèse de l’E.J
Qui prétend passer outre fait mentir Jésus qui a dit : « Celui qui ne
prend pas sa croix et ne vient pas à ma suite, n’est pas digne de moi. »
Il dit encore : « Pouvez-vous boire la coupe que moi je vais boire ? … Ma
coupe vous la boirez. »
Je ne parle ici ni de mortification perverse, ni de complaisance suspecte
pour la souffrance. Mais d’un chemin de dépouillement. « Heureux les
esprits pauvres, heureux les cœurs purs, heureux ceux qui mènent deuil,
heureux les persécutés à cause de la justice ». Heureux mon témoin.
Nous sommes appelés, justifiés, consacrés, pour être ses témoins, ainsi
nous passerons par là où il est passé afin que tout s’éclaire en un Tout :
Sa Parole, nos motivations, la face réelle du monde depuis l’autre rive,
les visages, les manifestations dégradées de l’amour ; Amour, notre
bien-aimé dans la pleine lumière du matin nouveau.
Avant ce « matin » de la Naissance Nouvelle, Il vous baptisera en Esprit
Saint
« Pour moi, je vous baptise dans de l’eau pour le repentir, mais celui
qui vient après moi est plus fort que moi… ; lui vous baptisera en Esprit
Saint et le feu. » Matthieu 3 :11.
Que ceux qui ont reçu le baptême d’eau, que ceux qui affirment recevoir
dons et grâces de l’Esprit et posséder des charismes dans l’Esprit
écoutent bien cette parole. Elle ne dit pas que Jésus donnera l’Esprit
Saint, mais qu’il « baptisera en Esprit Saint ». Elle ne dit pas seulement
que notre vie nouvelle en Christ commence avec le repentir et la
conversion au baptême d’eau, mais en un baptême de feu.
Notez-le bien, il est dit que Jésus baptise en Esprit Saint. La plupart de
nos sœurs et frères dans les courants du « renouveau », pentecôtistes,
évangélistes, charismatiques, évangéliques, disent recevoir l’Esprit de
Dieu en abondance, mais qu’est-il dit et expérimenté de cette parole : «
il vous baptisera en Esprit » ? Baptême non seulement d’eau mais aussi en
Esprit.
Baptême en Esprit ne doit pas être confondu avec don de l’Esprit : le
baptême, tout chrétien le sait, signifie un ensevelissement, un
engloutissement pour une renaissance. Le baptême d’eau fait signe et
engage effectivement. Mais qu’opère en nous l’Esprit lorsqu’il nous
conduit au baptême effectif, c’est à dire à expérimenter dans le réel par
le moyen de la Parole de Vérité un engloutissement réel du
monde-ancien-en-moi ? Que nous arrive-t-il intimement, réellement, qui ne
soit pas seulement imaginaire, ou exaltation, comme il se voit en toute
religion (ou adhésion à une idéologie) dès lors qu’une promesse est
annoncée de libérer notre être des liens, des échecs, des désespoirs, des
impasses existentielles où il se meurt?
Il est bien sûr normal que la perspective de jours meilleurs, d’une amitié
avec Dieu, déclenche l’enthousiasme, libère de l’énergie vitale, réchauffe
les cœurs. Tout ceci, les apôtres l’ont vécu dans un premier temps auprès
de Jésus. Ce fut le don premier. Joies et louanges, enthousiasme et
vitalité. Mais ensuite ?
Ensuite tout pourrait demeurer ainsi, indéfiniment. Or, ils
expérimentèrent réellement ce que signifie être baptisé en Esprit. Pertes,
angoisses et douleurs, doutes et confusion, voilà quel fut leur lot. Leur
monde fut enseveli au moment même où Jésus mourrait pour eux. Toutes leurs
espérances et projections s’écroulèrent douloureusement.
A ce moment de leur chemin, on peut dire qu’ils subirent une conversion
beaucoup plus radicale que celle qu’ils avaient entamée jusque-là
puisqu’ils ne maîtrisaient plus rien ; le Seigneur lui-même en mourrant au
monde et pour le monde les entraînait dans sa mort et dans la fosse.
C’est seulement ensuite qu’ils purent contempler autrement Jésus le Christ
ressuscité, en ce matin au tombeau sombre. Un Jésus absent pour eux
désormais, inaccessible à toute emprise mais bien présent cependant et
lumière pour leur esprit. En témoigne l’œuvre de recréation en ces cœurs
passés par une mort. En témoigne l’amour illuminé habitant en leur cœur et
les instruisant dans toute la vérité. Ainsi dépouillés, le cœur vidé de
toute prétention par l’Esprit c’est l’Esprit encore qui leur rappellera
toute chose et les introduira dans la « pensée du Père ».
C’est de cela dont je témoigne aussi par expérience. Point de spéculations
en ce qui me concerne sur les baptêmes et conversions, mais un cheminement
social et intérieur, vécu réellement, intimement relié, qui me fait
aujourd’hui entendre la Parole en Christ-Lumière. J’ai reconnu en effet ce
chemin d’abaissement qu’eurent à vivre les premiers disciples, le baptême
en Esprit, cet exode à la suite du Christ dont parlent tout l’Evangile et
les lettres des apôtres, parce que j’ai vécu moi aussi une nuit de tous
les effondrements. Voir Romains 6.
Je le dis, il nous faudra, si l’on veut faire tout le chemin à la suite du
Christ connaître ce moment de l’abaissement, non pas pour obtenir la
guérison de l’âme et du corps, non pas pour être sauvés, car est sur le
chemin du salut d’une manière ou d’une autre quiconque a foi en Christ
sauveur et se fait baptiser, mais pour être conduit au lieu du tombeau
obscur où est contemplée la Parole et compris le commandement du Père. «
Il vit et il crut, car il n’avait pas encore compris l’Ecriture selon
laquelle il devait ressusciter d’entre les morts. » Et nous avec Lui. Car
si nous avons connu l’abaissement et la perte de tout avec Lui, nous
connaissons aussi et connaîtrons toujours plus avec Lui et en Lui la
résurrection d’entre les morts ; maintenant déjà et plus encore à notre
mort physique et psychique.
Ainsi notre abaissement s’il est réel, nous introduit plus avant dans
l’Amour de la Ste Trinité ; Amour qui illumine le cœur et donne la vie dès
maintenant, éternellement, afin que le chœur de la Communion des Saints,
le choeur de la Ville très Sainte dans le ciel, la Jérusalem Céleste
amplifie sa voix à la louange du Père.
« A cause de Lui, j’ai tout sacrifié et j’estime tout comme immondices,
afin de gagner Christ et d’être trouvé en Lui, non pas avec ma justice à
moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi en Christ, la
justice qui vient de Dieu et la foi ; afin de la connaître, lui et la
puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances en me
rendant conforme à sa mort, pour parvenir si possible, à la résurrection
d’entre les morts. » Philippiens 3 :8-11
Comme Paul, qui l’apprit sur le chemin de Damas, lui le connaisseur de la
Parole, lui l’homme de Dieu zélé, il nous faudra faire l’expérience que la
foi sincère, le repentir quotidien, l’attachement strict à la Parole ne
garantit aucunement que nous soyons pleinement sur le chemin tracé par
Jésus. Matthieu 7 :21-28
Pour entendre vraiment la Parole dans toute la Lumière qu’elle porte, dans
tout l’Amour qu’elle offre gratuitement, il n’est pas possible de se
contenter d’une voie de convictions fortes mais toujours à mi-chemin (
puisque le temps du Passage n’a pas été encore vécu) et Dieu sait que cela
fut pourtant une tentation toujours très présente au cœur des disciples,
car pour que la chair guérisse du mensonge, soit déliée de l’esprit
charnel qui l’entrave et la fait s’éteindre de ténèbres, il est nécessaire
que là où règnent les puissances de meurtre et de mort advienne le Vivant.
Et le Vivant ne peut venir que par la perte de toute ce qui nous fait
faussement croire être vivant. « Laissez les mort enterrer les morts ».
Alors et seulement alors la chair vivra en esprit de lumière.
Tout comme les premiers disciples, si vraiment l’on a foi en la vérité et la vie que manifesta Jésus en son chemin terrestre, il devient impensable d’échapper à l’ensevelissement annoncé par Christ, (pour lui et pour ses frères sur la voie) et dont témoignent les lettres des apôtres. Il devient impensable de penser pouvoir escamoter la nuit du cri sur la croix, éviter la traversée du mal, refuser la perte de toutes nos projections, attentes et espérances charnelles, refuser la nuit de l’abandon. C’est là le chemin d’extinction du « vieil homme ». Peut-être aussi que Jésus ne sera plus pour nous, comme cela leur est arrivé ? Et comme eux, peut-être, nous cacherons-nous, perdus de l’avoir perdu, trahi ? souffrant de ne plus croire puisque pour nous aussi il est peut-être mort désormais ? En ce chemin réel, tout est possible et même le pire, car la chair et les puissances de mort dans le monde et en nous résisteront jusqu’à ce que en ce matin au tombeau elles n’aient plus tout à fait le même pouvoir sur notre mort.
Consolation : je vous le dis, lorsque le Baptême dans de l’Esprit Saint
est effectivement à l’œuvre chez un être, tout, absolument tout l’aide à
entrer dans le mystère de la vie animée par l’Esprit du Fils, même le plus
sombre et tardif péché, même la fuite, même la peur, même le reniement par
3 fois. Restons donc sur ce point modestes et n’ayons pas peur du
cheminement troublant d’autrui.
Celui en qui ce baptême se réalise réellement ne peut pas ne pas un jour
comprendre. Un matin, au tombeau sombre, tout s’éclaire d’une claire
vision. Il est vivant mais il n’est plus là où il était. Il n’est plus là
où « je » L’avais mis jusqu’alors.
Consolation encore, car si le baptême en Esprit Saint est engloutissement
des sens et de l’esprit, le feu est une brûlure d’Amour au cœur quand ne
reste que des cendres du monde-ancien-en-moi.
Disons-le autrement
« Ayez entre vous la pensée même qui fut en Christ Jésus : Lui qui
subsistant en forme de Dieu, n’a pas estimé comme une usurpation d’être
égal à Dieu, mais il s’est anéanti, prenant forme d’esclave, devenant
semblable aux hommes. Et par son aspect reconnu pour un homme, il s’est
abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a souverainement exalté… » Philippiens 2 : 5-8.
Avant de considérer cette exaltation sublime, il me semble important de
rappeler le sens de la Pâque, le ‘‘passage’’, qui signifie aussi pour
celui qui fait le chemin par là, à la suite de l’homme Jésus, « Krisis »
et « abaissement ». Il précède toute résurrection. Avant le passage à la
vie, il faut d’abord mourir à une vie qui n’est pas vie dans le Christ et
à une pensée qui n’est pas « pensée du Père ». Je sais que cela n’est pas
facile à partager, car je sais la résistance renforcée à la lumière. Même
maladroitement, je témoignerai. Sans crainte aucune.
D’ailleurs mon combat pour garder le beau dépôt de l’Esprit - remis
lorsque Amour me fit contempler Sa Vérité - me mena vers de si sombres
abîmes et de si grandes solitudes, que je ne crains plus le rejet des
hommes.
« Tel est le jugement : La lumière est venue dans le monde, et les hommes
ont préféré les ténèbres à la lumière ; car leurs œuvres étaient
mauvaises. Tout homme, en effet, qui commet le mal déteste la lumière et
ne vient pas vers la lumière, de peur que ses œuvres ne soient réprouvées.
Mais celui qui pratique la vérité vient vers la lumière, pour qu’il soit
manifesté que ses œuvres sont opérées en Dieu. » Jean 3 : 19 - 21
Je le dis : le baptême d’eau ne suffit pas. La première conversion ne
suffit pas. La connaissance spirituelle naturelle ne suffit pas. Car même
si cela nous met d’une certaine manière en présence de l’Esprit de Jésus,
l’Evangile est formel : les disciples annonçaient le royaume, expulsaient
des démons, guérissaient les malades, purifiaient les lépreux (Matthieu
10. Marc 6 :7-13), pourtant, chose très importante, la suite des Evangiles
nous montre des apôtres ainsi que des disciples qui n’ont encore rien
compris à la « pensée du Père ».
Certains veulent être à sa droite ou à sa gauche, les premiers, ils ne
comprennent pas les paraboles, ne comprennent pas le sens de certaines
paroles de Jésus, etc.
Combien de fois Jésus fut-il attristé ? « Etes-vous tellement vous aussi
sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que… ? » Marc 7 :17-23
Alors même, que fut révélée à Pierre de façon ponctuelle la nature divine
de Jésus, « C’est Toi le Christ, le Fils du Dieu vivant ! », celui-ci par
la suite montra qu’il était encore un aveugle dans le mensonge (« je veux
mourir avec toi ») et qu’il n’avait pas compris la nécessité d’une
certaine mort pour une résurrection-déplacement dans le Royaume.
Pourtant Jésus insiste. « Il se mit à montrer à ses disciples qu’il devait
s’en aller à Jérusalem, et souffrir beaucoup de la part des anciens, des
grands prêtres et des scribes, et être tué, et le troisième jour se
relever. Mais le prenant à part, Pierre se mit à le réprimander, en disant
: « A Dieu ne plaise, Seigneur ! non, cela ne t’arrivera pas. » Mais lui
se retournant, dit à Pierre : « Va-t’en arrière de moi, Satan ! Tu es un
scandale, parce que tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celle des
hommes. » Alors Jésus dit à ses disciples : » Si quelqu’un veut venir à ma
suite qu’il se renie lui-même et porte sa croix, et qu’il me suive. Car
celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à
cause de moi la trouvera. » * Remarque : Jésus demande ici, non seulement
que nous acceptations le statut de bouc émissaire sacrificiel innocent à
cause du témoignage, mais que nous endurions jusqu’au bout la mort de
l’homme ancien afin de parvenir à la glorieuse révélation de la « science
de la croix».
Puis il ajoute paradoxalement : « En vérité, je vous le dis qu’il en est
de présents ici, qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de
l’homme venant avec son Royaume. » Voir tout Matthieu 16.
Oui, certains des apôtres en verront des choses comme par exemple la
lumière lors de la transfiguration sur la montagne. Ils en entendront des
choses comme cette voix partie de la nuée pour leur dire « Ecoutez-le ! ».
Oui ils écoutaient, les pauvres ! Ils comprenaient mais ne comprenaient
pas. Ils regardaient et ils voyaient mais ils ne voyaient pas. Matthieu 17
: 1-9. Que leur manquait-il ?
On dira que l’Esprit Saint n’était pas encore tombé sur eux ? Pourtant
pour opérer les miracles et les guérisons dont témoignent les évangiles,
il fallait bien d’une certaine façon qu’ils aient déjà sur eux et avec eux
le soutien de l’Esprit de Jésus. Alors ?
On dira peut être aussi qu’ils n’avaient reçu que le baptême de Jean le
baptiste, « un baptême de repentir ». Or l’Ecriture nous dit que dès le
début du ministère de Jésus, lui et ses disciples baptisaient : « Après
cela Jésus vint avec ses disciples en terre de Judée, et là il séjournait
avec eux et il baptisait. Jean aussi était à baptiser à Enon, près de
Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau, et les gens se présentaient
et étaient baptisés… il y eut donc une discussion entre les disciples de
Jean et un juif à propos de purification. Et ils vinrent vers Jean et lui
dirent : « Rabbi, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain, celui à
qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous viennent vers
lui ! » et que répond Jean le baptiste ? Que ce baptême de Jésus est un
baptême provisoire, de repentir lui aussi, dans l’attente d’un baptême
d’eau meilleur ? Non, absolument non.
Voilà sa réponse : « Un homme ne peut rien prendre qui ne lui été donné du
ciel. Vous-mêmes témoignez que j’ai dit : Je ne suis pas, moi le Christ
mais je suis envoyé devant lui. Celui qui a l’épousée est l’époux… Il faut
que celui-là croisse, et que je décroisse. Celui qui vient du ciel est
au-dessus de tous. Celui que Dieu a envoyé parle en effet le langage de
Dieu, car Dieu ne donne pas l’Esprit avec mesure. » Jean 3 : 22-35.
L’argument ne tient pas.
Dès le commencement de son ministère Jésus entraîne ses disciples avec lui
dans sa mort pour une résurrection, voilà la réalité de son oeuvre. Ils
vont mourir avec Lui, mais ils ne le comprennent pas encore. Ils sont
pleins d’illusions – de pensées et de désirs mimétiques-. Mais ils font le
chemin malgré tout à cause de la parole de Jésus qu’ils reçoivent dans
l’émoi et la confusion comme une promise reçoit un baiser de son promis.
Ce baiser les tient captifs, car il est bien réel. « A qui irions-nous, tu
as de paroles de vie éternelle ? » Ils ne comprennent pas encore mais
sentent déjà la vie éternelle. Pareillement, sa Parole quand elle est
entendue dans la foi nous déplace inévitablement. Scandale, elle dénonce
le mensonge et les fausses évidences et va jusqu’à provoquer en nous,
perte après perte, un ‘‘mourir’’ à l’ordre du monde.
Jésus baptise d’eau, appelle au repentir (Luc 13 : 3-5 ), donne la parole
et partage l’Esprit dès le début de son ministère. Ainsi les disciples
aussi feront des œuvres par l’Esprit comme nous l’avons vu plus haut.
Pourtant combien de ceux qui furent baptisés par Jésus lui-même
l’abandonnèrent lorsque sa parole de vérité qui donne la vie se fit plus
troublante, plus exigeante, plus scandaleuse pour la pensée des hommes ? «
« Beaucoup de ses disciples, après avoir entendu, dirent donc : « Ce
langage est dur ; qui peut l’entendre ? ». Mais sachant lui-même que ses
disciples murmuraient à ce sujet, Jésus leur dit : « Cela vous scandalise
? Si donc vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant !
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair ne sert de rien ; les paroles que
moi je vous ai dites sont esprit et vie. Mais il en est parmi vous qui ne
croient pas. »
Jésus savait en effet dès le commencement quels étaient ceux qui ne
croyaient pas, et qui le livrerait. Et il disait : « voilà pourquoi nul ne
peut venir à moi, si cela ne lui a été donné par le Père. » Jean 6 :
60-71. Cet épisode pose une énigme : Un disciple peut être persuadé de
croire et pourtant Dieu sait qu’il ne croit pas.
Comme le dit autrement Saint Augustin dans son commentaire de l’épître de
St Jean: « Si celui qui vous a créés, rachetés, appelés, lui qui par la
foi de son Esprit Saint habite en vous, ne vous parle pas au dedans, c’est
en vain que retentissent nos paroles. »
Bien que Pierre dise à Jésus afin de témoigner de sa fidélité : «
Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle. Pour
nous nous avons cru et nous avons connu que c’est toi, le Saint de Dieu.
», nous savons qu’il n’avait alors pas compris encore grand chose sur
l’œuvre de Dieu et qu’il était plein d’illusions sur lui-même. Il le
reniera. 3 fois.
De nos jours, combien de ceux qui se sont faits baptiser suivent vraiment
Jésus ?
Que manquait-il aux premiers disciples, que nous manque-t-il, afin que le
baptême en Esprit opère effectivement ?
Il leur manquait d’avoir suivi Jésus jusqu’à l’abaissement. Il nous manque
bien souvent le courage fidèle de suivre son chemin qui est tout
intérieur. Il nous manque une purification profonde des sens et de
l’esprit, celle qu’opère en profondeur d’âme, l’Esprit, le Saint. Lui seul
convertit essentiellement et unit au cœur de Jésus et à la pensée du Père
(qui seule nous éclaire sur la pensée de l’homme homicide. Voir tout Jean
8)
Cet abaissement, la tradition l’appelle « la nuit de la foi », « le désert
», « la ténèbre ». Mais qui veut de ce chemin pourtant ouvert par l’homme
Jésus lui-même ? Ou qui le reconnaît dans le temps où il s’impose à lui ?
Par lâcheté ou ignorance (d’où l’importance d’enseigner simplement mais
sérieusement la Parole à qui aime Jésus), il nous manque souvent de tenir
ferme le cap en ce chemin de combat, le temps qu’il faut, jusqu’au bout,
au prix de toutes les pertes et de toutes les agonies. Voilà pourquoi
notre chemin de foi tourne en rond et dans la répétition, se rejoue sans
cesse dans un avant de ce matin de la création nouvelle sans que jamais ne
paraisse effectivement le matin nouveau de la recréation.
Le malentendu
Alors qu’ils étaient sûrs de leur foi en Jésus, sûrs de leur courage et
emplis d’enthousiasme, ils le renieront et perdront la foi en ses
promesses. Il y avait eu baptême et pourtant il n’y avait pas eu encore
baptême en Esprit, il y avait eu conversion et pourtant il n’y avait pas
eu encore conversion essentielle.
Avant l’épreuve ultime de l’agonie du Christ, s’il y avait bien eu un
appel, il n’y avait pas eu encore pour eux écroulement du monde ancien
pour un passage . Aussi leurs œuvres et leurs pensées étaient-elles
marquées par le malentendu.
Il faut dire ici que durant toute la période où l’homme Jésus était encore
parmi eux, les premiers disciples, certains baptisés par Jésus lui-même,
aidés dans leur ministère par l’Esprit sur eux, n’avaient pas encore leur
cœur et leur esprit illuminé par Amour. L’état d’esprit qui demeure chez
eux encore après le premier appel est souvent un esprit de crainte et
paradoxalement demeure aussi une volonté de puissance qui est volonté
mimétique de l’être dans un entre nous intéressé, -inter-esse-ment-. Voir
Matthieu 20 : 20-28.
Il nous faut comprendre que le malentendu des apôtres sera aussi
inévitablement le nôtre. Chacun d’entre nous commence sa relation à Jésus
dans le malentendu. Pourtant je ne veux aucunement nier la réalité de
l’amour et de la foi de chacun pour Dieu. Toutes les personnes appelées
par Jésus et qui en sont à ce stade de la foi, à ce niveau d’espérance
aiment Dieu.
Comme la foule des premiers disciples, dans bien des cas, elles sont
pleines de gratitude et louent Dieu d’avoir été sauvées ou guéries par
Jésus. Elles disent par la foi avoir vu leur vie transformée par Jésus. «
Merci Jésus ! Merci ! »
Et c’est bien sur ce point-là que tout va se jouer par la suite. Je
m’explique tout en ne perdant pas de vue le fil de l’Evangile, l’exemple
laissé par les apôtres : Pour avoir aussi connu ce chemin, je pense
entendre ce que ces personnes peuvent ressentir. Elles étaient en plein
questionnement existentiel ou bien spirituellement perdues ou
affectivement malheureuses, seules ou malades et voilà qu’elles
rencontrent Jésus ou sa Parole. Il (elle) leur fait du bien, les appelle
personnellement, les instruit un peu et les sauve. Comment
pourraient-elles se refuser à louer désormais le grand guérisseur, le
grand éveilleur qui donne la joie et répand son amour si gratuitement ?
C’est ainsi que leur amour se cristallise sur cette rencontre bien
heureuse. « Dieu est un Dieu de guérison et de joie et moi je compte pour
lui. »
Illusionnées par cette cristallisation amoureuse, elles résistent à cette
autre dimension de la Parole qui enseigne que le Seigneur est aussi la
Vérité, et que cette vérité réclame la reconnaissance des zones d’ombre en
nous - non seulement nos motivations avouables, mais aussi les plus ou
moins inconscientes, les troubles, les narcissiques, les homicides -, la
dénonciation du Mensonge, la perte des illusions et des ambitions tenaces,
le combat qui est une traversée du Mal, le refus de tout meurtre même
celui qui se cache derrière l’amour, le refus de la haine et de la
vengeance aussi. « Aimez vos ennemis. » C’est par là que les apôtres
furent contraints de passer ; voilà leur Pâque. Mais en ce chemin la
volonté est sans pouvoir.
« En toute chose, seul ce qui vient du dehors, gratuitement comme don est
joie pure. Parallèlement le bien réel ne peut venir que du dehors, jamais
de notre effort. Nous ne pouvons en aucun cas fabriquer quelque chose qui
soit meilleur que nous.
Essayer de remédier aux erreurs et aux fautes par l’attention priante et
non par la volonté. La supplication intérieure est seule raisonnable, car
elle évite de raidir les muscles qui n’ont rien à voir en matière de foi.
Quoi de plus sot que de raidir les muscles et la mâchoire en matière de
foi. L’orgueil est un tel raidissement. L’attention à son plus haut niveau
est tout autre chose. Elle suppose la foi et l’amour. C’est croire
vraiment que nous avons un Père dans les cieux. »
Nous tous, enfants de Dieu que le ‘‘Seigneur’’ non seulement conforte
mais veut parfaire dans la lumière et introduire effectivement dans la
Nouvelle Alliance, nous ressemblons à ces édifices que le temps a blessé
et qui sont lézardés de partout. Par les fissures pénètre malgré tout la
lumière ; don gratuit sorti de chez le Père. Combien de temps encore
résisterons-nous à la Lumière de Vérité qui fait peut être mal lorsqu’elle
parvient jusqu’à nos ténèbres mais qui est Don d’Amour Véritable offert
aux hommes pour leur salut ? Joie et Paix. Prions Dieu pour que nous ne
demeurions pas indéfiniment sur le sable des illusions où rien n’est
stable.
Certes, pour nous aider au commencement, pour nous soulager de la faute
(de la dette), pour nous soutenir dans le manque et panser nos blessures,
pour nous sauver envers et contre tout de la grande fissure où chute le
vivant en nous, Jésus dès le baptême d’eau nous donne l’Esprit, mais il
veut plus pour nous. Il veut notre guérison. Il veut nous arracher à
l’emprise du grand mensonge et du malin. Il veut bien plus encore.
« Ma parole est vérité ». « Celui qui m’aime observe mon commandement. »
Il veut graver Sa Loi dans les cœurs. Il veut contracter une Alliance
Nouvelle avec chacun d’entre nous. « Les vrais adorateurs adoreront en
esprit et en vérité car vraiment le Père cherche de tels adorateurs. »
Pour cela nous devons le suivre peu importe où il nous conduit et mourir à
tout ce qui n’est pas esprit et vérité. Là est le passage, notre Pâque qui
nous rend libre.
« Là où je suis passé, il vous faudra passer aussi. Là où j’ai vaincu la
mort par la mort, de même il vous faudra aller. Mon passage sera aussi le
vôtre. Je suis votre Pâque.»
Or ce chemin-là personne n’en veut parce qu’il est impossible d’en
comprendre la nécessité ; il est contre nature, car être, c’est toujours
d’une manière ou d’une autre s’accroître et se conserver au détriment
d’autrui.
D’où notre insoluble écartèlement entre une nécessité d’être sans laquelle
nulle vie physique et psychologique -en ce monde sans pitié- n’est
possible et l’Amour tel que Dieu l’entend et tel qu’il l’a éveillé et
ré-inscrit en notre cœur spirituel au moment de sa venue première. Voir
Romains 7 : 14-25. Comment unifier cet impossible ( nécessité d’Etre et
Plus-que-nécessaire Amour) au cœur de notre condition humaine ? La Croix
est la réponse, enseigne l’Evangile.
Si notre Bien-Aimé a dit qu’il était le chemin et la vie, il a dit aussi
être la vérité. Et cette vérité est le chemin lui-même qu’il nous a tracé
sur la croix pour une résurrection de vie. Ainsi beaucoup n’entendent pas
l’appel de l’abaissement. Ils ne veulent pas de la vérité qui les
libèrerait des prétentions illusoires du moi et du mensonge qui est sur le
monde et dans le monde en nous. Pourquoi ? Parce que comme les apôtres
avant l’effondrement, ils préfèrent leur joie première si flatteuse pour
leur ego. Ils préfèrent pour leur être, la garantie d’une « pensée d’homme
» collective à un voie inconnue, sinueuse, étroite, escarpée. Il est vrai
que vouloir la vérité, vouloir être dans le réel c’est être souvent seul,
et inévitablement au contact avec ce qui fait mal. Le critère du réel
c’est que c’est rugueux et que ça blesse et fait souffrir. Essayer de se
regarder tel qu’on est, essayer de voir les choses telles qu’elles sont,
cela est toujours douloureux et demande effort. Mais celui qui veut la
vérité n’a pas peur que ses œuvres soient découvertes. Il vient à la
lumière, même si le passage des ténèbres à la lumière fait d’abord très
mal aux yeux.
Ainsi, alors que l’assistance de l’Esprit Saint nous donnant l’amour et la
foi en Dieu devrait nous permettre d’oser nous établir sur le roc qui est
le Christ révélant en nous le rien, le meurtre ou le mensonge, beaucoup de
chrétiens se contentent d’ornementer la façade malgré les fissures
menaçantes. Sa Parole alors ne transfigure plus rien, elle sert seulement
d’échafaudage.
Un échafaudage qui non seulement prétend maintenir l’édifice lézardé
debout, mais qui sert également à boucher et cacher les fissures. Sauver
la face en quelque sorte en utilisant la Parole. Mais pas de création
véritablement nouvelle, parce que l’être réclame toujours ses droits.
Ainsi réapparaît sans cesse derrière la façade ornementée avec sincérité
mais non en vérité, l’inquiétude du lendemain, l’argent pour maître, la
première place, le moi avant tout, l’autre comme objet de mon désir. Juste
du neuf avec de l’ancien retapé. Mais tout cela est vain et trompeur,
c’est là le levain des pharisiens « prenez garde au levain des pharisiens
». « On ne coud pas du neuf sur du vieux. » On ne bâtit pas du neuf sur du
vieux qui s’effondrait.
Ainsi le fondement restera instable, mal établi ou pourri puisque est
refusée l’œuvre de purification du Verbe. Qu’un événement déstabilisateur
surgisse et tout est emporté.
Ainsi au lieu d’approfondir le sens profond de la Croix, beaucoup ne s’en
servent que comme un étai et ainsi demeurent bancals et trébuchent
continuellement ; malades ou immatures en Christ, ils n’ont d’autre choix
que de se nourrir leur vie durant de « petit lait » au lieu de « la
nourriture solide » qui convient à ceux qui sont avancés dans le Seigneur.
Or l’avancement dans le Seigneur c’est une « création nouvelle ».
Recréation réelle passant par l’effondrement, c’est à dire par
l’ensevelissement effectif du monde-ancien-en-nous pour que soit accomplie
en nous la transformation en Christ.
Pourquoi cette tendance à fuir la vérité du chemin à faire à la suite du
Christ ? Pourquoi ne garder que la part agréable ou flatteuse pour l’ego,
de son témoignage et de son enseignement ?
Pourquoi cette facilité qui consiste à ne désirer qu’une relation
d’agrément ? C’est d’abord l’esprit de toute une époque où le spirituel
n’est vu que sous l’angle du mieux être et de l’utile. « J’aime Dieu parce
qu’il me fait du bien et me soutient. » Point de vue egocentrique pour le
moins.
Mais personne pour dire : « J’aime Dieu parce qu’il est la vérité et la
justice. »
Ou ce qui revient au même : « J’aime la vérité et la justice donc je sers
Dieu. Il a besoin de mon amour. Il a besoin que je lui abandonne mon corps
et mon esprit afin que par ce temple consacré, il soit présent dans le
monde. Non pas ma volonté mais la sienne en moi-mort-au-monde-ancien. »
Oui je vous le dis, il me semble que le Père cherche de tels adorateurs.
Ce qui est en cause dans cette résistance à la présence, c’est la lumière
et c’est la souffrance. La lumière qui éclaire la réalité de notre nature
nous fait d’abord souffrir. Non pas seulement résistance à cause d’une
culpabilité inconsciente, mais aussi résistance à cause de notre orgueil
et de notre vanité.
Culpabilité et orgueil n’étant que les deux faces d’une même pièce où tout
se joue et se rejoue sans cesse dans un jeu continu de compensations.
Ils étaient écrasés, humiliés, ignorés, ils étaient paralysés par la
culpabilité, par un sentiment d’échec ou d’infériorité et voilà qu’ils ont
été reconnus par le ‘’Seigneur’’’’ ; voilà qu’ils sont importants pour le
‘’Seigneur’’. C’est ici qu’il faut du discernement et l’amour de la vérité
plus que tout, car c’est ici que nous attend le malin.
Le plus difficile à comprendre dans cette histoire c’est que si Jésus
appelle, nul ne le mérite, nul n’y est pour rien. Au fond nous ne sommes
rien. Tout est grâce et seulement grâce. L’Esprit de Jésus ne nous soulage
pas de nos chaînes ni de nos infirmités pour que par un effet de
compensation nous laissions en nous se développer illusoirement une
volonté d’être en puissance qui ruinera inexorablement son œuvre en nous.
Oui c’est ici que nous attend le malin, car trop souvent la Parole de Dieu
sert de moyen de pouvoir sur autrui.
Or j’ai appris ceci à mes dépens, Lui ne nous appartiendra jamais. Il est
don gratuit. Nul ne s’en empare.
Prenons garde au levain des pharisiens ! Car si après avoir connu le Don
de l’Esprit de Dieu et reçu l’eau qui épanche notre soif gratuitement,
nous nous mettons à croire que nous sommes quelque chose, c’est à dire si
notre nécessité d’être n’est pas métamorphosée par le
plus-que-nécessaire-amour, alors dans notre aveuglement vaniteux, nous
nous servirons inévitablement de sa Parole comme d’un moyen de puissance
contre autrui et cela jusque dans les plus convaincantes apparences de
piété et d’humilité. C’est là la conversion pervertie car par un
retournement malin, ce ne sera plus nous qui serons les serviteurs des
hommes et du Père, mais nous ferons de Dieu le serviteur de nos illusions
et/ou de nos ambitions.
Ainsi nous réclamerons, comme sous la Loi de l’Ancienne Alliance, que Dieu
détruise nos ennemis et tout ce qui fait obstacle à nos attentes et
prétentions. Or depuis il y a eu Jésus. Celui-là accomplit la Loi et
retourna tout le monde ancien. Ainsi il nous faut admettre, nous chrétiens
en chemin, que pareillement à tout humain, tout est fissuré en nous depuis
l’origine. Laissons l’édifice s’écrouler afin que Christ le reconstruise
lui-même en l’établissant sur le roc.
Vraie conversion : Lorsque l’édifice s’écroule c’est la mort de l’homme
ancien. C’est l’agonie avec Jésus, c’est l’abandon sur la croix, mais
c’est aussi le passage vers une résurrection, vers une création nouvelle.
Après le baptême en Esprit : l’Assistant consolateur
S’il nous arrivait de connaître cette obscurité de l’abaissement qui est
perte de nos prétentions à posséder quoi que ce soit : savoirs, croyances,
représentations de Dieu, convictions, espérances, alors il faut le dire
tel quel, ce serait un grand malheur pour « l’homme ancien », mais une
bonne nouvelle pour « l’homme nouveau » en devenir.
S’il arrivait dans la perte de tout que Jésus ne soit plus au lieu où nous
l’avions mis tout d’abord, alors peut-être entendrons-nous le témoignage
de ceux qui nous précèdent dans la résurrection : « Il vient vers nous
tout de lumière, cela même dans l’obscurité du tombeau. Et même si vous ne
le reconnaissez pas, il parle et parlera au plus profond de votre âme qui
elle le connaît de toute éternité: « Rabbouni. »
« De même que Jésus dans l'abandon de la mort se remit entre les mains du
Dieu invisible et ineffable, de même l'âme s'en remettra alors à la nuit
obscure de la foi, qui est l'unique chemin vers le Dieu ineffable.
Ainsi lui est octroyée la contemplation, le « rayon des ténèbres », la
mystérieuse sagesse divine, la sombre et universelle connaissance : elle
seule répond au Dieu inconcevable ( toujours absent pour nos sens et notre
pensée charnels).
Elle éblouit l'entendement et lui apparaît comme ténèbres. Elle se déverse
dans l'âme et peut le faire d'une manière d'autant plus éclatante que
l'âme est libre de toute autre impression ( puisque tout est passé au
crible et par la fosse). C'est quelque chose de bien plus pur, délicat,
spirituel et intérieur que tout ce qui est donné par la connaissance tirée
de la vie spirituelle naturelle, même élevée au-dessus du temporel: un
vrai début de la vie éternelle en nous. Il ne s'agit pas de la simple
acceptation du message de la foi, d'un simple retournement vers un Dieu
que l'on ne connaît que par ouïe dire. Bien plus: on est profondément
touché et on fait l'expérience de Dieu, ce qui a la force de vous détacher
de toutes les choses créées, de vous élever, et en même temps de vous
plonger dans un amour qui ne connaît pas son objet. » E.Stein
Du disciple que Jésus aimait l’Ecriture dit qu’« il vit et il crut ».
C’est ici la contemplation du Seigneur mort sur la croix, et du
Ressuscité.
Mais après le matin au tombeau pour les apôtres, la Pentecôte.
Quelles réalités spirituelles à partir de la Pentecôte ?
Pour comprendre quelles réalités spirituelles les apôtres durent prendre
en compte afin d’unifier en Esprit Saint cette Eglise naissante, il nous
faut à nouveau entendre l’Ecriture à partir de leur chemin d’expérience ?
« Car jusqu’à aujourd’hui, lors de la lecture de l’Ancienne Alliance, le
même voile demeure sans qu’il y ait dévoilement, parce que c’est en Christ
qu’il est aboli. Mais jusqu’à ce jour, chaque fois qu’on lit Moïse, un
voile est posé sur leur cœur. C’est quand on se tourne vers le Seigneur
que le voile est enlevé. Le Seigneur c’est l’esprit ; et où est l’esprit
du Seigneur là est la liberté. Et nous tous qui le visage dévoilé,
réfléchissons la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette
image de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est esprit. »
Ne nous y trompons pas, 2 corinthiens 3 : 14 à 18 ne concerne pas que les
« juifs » qui refusèrent de croire en Jésus, mais aussi tous ceux qui
n’entendent pas la Parole de Jésus, car comment croire et être fidèle à ce
que l’on ne comprend pas bien ? Cette parole est donc aussi pour tout
chrétien pour lequel la Nouvelle Alliance n’apparaît pas effective.
Et qu’on n’aille pas prétendre ici que la connaissance du véritable est
garantie pour chacun de nous chrétiens par la parole et l’enseignement de
l’Eglise ( ou d’une Eglise) car tout l’Evangile montre que malgré
l’enseignement direct et particulier de Jésus, cela n’a pas suffi à
arracher les disciples du malentendu. Je le répète, il a fallu que chacun
passe sa vie ancienne par « perte et profit », pour que l’Esprit oeuvre
réellement au renouveau. Personne ne peut faire le chemin en 2 temps à
notre place. Et ce chemin, s’il peut être raconté, enseigné par l’homme,
ne peut, en aucune façon, être dévoilé par aucun apôtre, même pas par
l’homme Jésus, seulement par le Dieu mort et ressuscité en l’intimité de
chaque âme. Il ne peut se dévoiler que dans l’expérience d’un Baptême en
Esprit avec Lui. Quant aux vertus théologales Amour, Foi, Espérance, elles
sont toujours affaire individuelle et leur profondeur véritable en chaque
âme, inaccessible à toute mesure.
Disons-le autrement :
Attardons-nous sur le récit des Actes des apôtres qui rend compte des
événements, le jour de la Pentecôte.
Nous avons tendance dès que l’on évoque la Pentecôte à penser aussitôt au
Don de l’Esprit : le coup de vent qui remplit toute la maison, les langues
de feu, et le parler en langues, comme si auparavant il n’y avait jamais
eu de dons de l’Esprit.
Or, nous avons montré que déjà durant le ministère de Jésus les disciples
recevaient des dons de l’Esprit.
Imaginez la joie, le bouleversement et le transport de foi chez la
personne guérie de sa maladie ou délivrée du démon par un apôtre envoyé
par Jésus ( Jésus les envoie même relever les morts). Imaginez
l’exaltation des disciples et ce qu’ils pouvaient ressentir intimement
alors. Ce ne sont pas là des dons de moindre qualité que ceux qui seront
opérés à partir de la Pentecôte.
Alors où se situe la différence ?
Le récit dans Actes 2 : 2 – 3, parle « de langues de feu qui se
partagèrent et se posèrent sur chacun des disciples présents » Il est dit
aussi « qu’ils furent emplis d’Esprit Saint, et qu’ils se mirent à parler
en d’autres langues. »
On dira ici que la différence c’est que le Don s’étend au monde et ce
n’est pas faux, mais il y a bien plus. Rappelons-nous les paroles de Jean
le baptiste : « Lui vous baptisera en Esprit et le feu. » Là encore l’on a
tendance à penser que le feu dont il est question à un rapport avec le
jugement eschatologique notamment à cause de paroles consignées en Luc 3 :
17 « Il a la pelle à vanner dans sa main pour nettoyer son aire et
ramasser le blé dans son grenier ; quant aux bales, il les consumera dans
un feu qui ne s’éteint pas. »
Or celui qui parle par deux fois en ce jour de Pentecôte témoigne de
quelque chose de bien plus profond, de bien plus extraordinaire que le
parler en langues ou que les apparentes manifestations de la puissance de
l’Esprit. Pierre évoque Joël dans un premier discours: « Vos fils et vos
filles prophétiseront, auront visions, des vieillards songeront des
songes, etc… » et l’on a tendance à s’arrêter-là. Ainsi on oublie la suite
: « J’opèrerai de prodiges dans le ciel en haut et des signes sur la terre
en bas : du sang, du feu et des colonnes de fumée. Le soleil se changera
en ténèbres, et la lune en sang avant que vienne le jour du Seigneur, le
grand et glorieux jour. » Pourquoi Pierre cite-t-il cette partie de Joël
si elle ne concerne que la fin des temps ? Pierre cite cette parole car
lui et ses frères et sœurs présents ont connu cette fin du monde. Car ce
que comprend Pierre désormais, c’est que cette prophétie a un rapport avec
le baptême en Esprit et le feu. Pour lui (et les autres disciples),
pendant que Jésus mourrait, son Soleil s’est changé en ténèbres. Son monde
est passé par le feu et son espérance tomba dans une obscurité de fumée.
Il poursuit : « Car tu n’abandonneras pas mon âme à l’Hadés et tu ne
laisseras pas ton Saint voir la corruption. Tu m’as fait connaître des
chemins de vie, tu me remplieras de gaieté par la vue de ta Face. » Certes
Pierre attribue cette parole de David à Jésus-Christ mort et ressuscité,
mais il n’a pu comprendre cela que parce que lui et les autres disciples
sont aussi passés par là en leur intimité avec Jésus. Imaginez la nuit de
Marie-Madelaine lorsque son « Rabbouni » mourrait sur la croix. Imaginez
le bouleversement profond, en joie, lorsque Jésus ressuscité l’appela par
son nom en son intimité, au tombeau.
Tous, Pierre, Jean, les Maries, les autres vécurent une mort durant le
temps de la mort de Dieu, mais Dieu le 3ème jour, leur a fait connaître le
chemin de vie et beaucoup virent la Face du ressuscité, même s’ils ne le
reconnaissaient pas tout de suite parce qu’ils n’avait plus le visage
d’avant. Pourtant ses gestes et sa voix toujours les bouleversaient en
leur intimité. Et certains plus tard purent même le toucher, le goûter.
Ainsi dans Actes 2, les langues de feu rendent ce témoignage (
conformément à la prophétie de Jean le baptiste) qu’ils sont désormais
passés par le baptême en Esprit et le feu, que le monde-ancien-en-eux est
passé par le feu, qu’il est en cendre, mais ces mêmes langues de feu
rendent ce témoignage pour tous, qu’ils demeurent désormais en « vive
flamme d’Amour » illuminés.
Ce passage douloureux, Pierre l’évoque encore lors de son 2ème discours,
Actes 3 :
« Tandis que vous avez tué le Chef de la vie, que Dieu a relevé d’entre
les morts, de quoi nous sommes témoins, c’est par la foi en son Nom, que
son Nom a affermi celui que vous voyez et connaissez, et c’est la foi qui
vient par lui qui a donné à cet homme ce parfait état devant vous tous. »
Pierre ici ne parle pas seulement de dons, mais de purification, des sens
et de l’esprit. Voir Actes 3 : 26
De quelles réalités spirituelles les apôtres auront-ils à tenir compte
afin d’unifier dans un même Esprit, l’Eglise ?
Lorsque éclairés par l’expérience, nous nous penchons sur les paroles des
apôtres et notamment de Jean et de Paul, nous constatons qu’ils oscillent
continuellement entre une résurrection vécue par eux comme étant ici,
maintenant et une résurrection pas encore là. Cela vient-il du fait qu’ils
soient dans l’incertitude ? Le texte de Philippiens 3 : 8 –11 déjà cité
répond à cette question. « Mais ces choses qui étaient pour moi des gains,
je les ai estimées comme un détriment à cause du Christ. Oui, bien sûr,
j’estime que tout est détriment à cause du Christ Jésus, mon Seigneur. A
cause de Lui, j’ai tout sacrifié et j’estime tout comme immondices, afin
de gagner Christ et d’être trouvé en Lui, non pas avec ma justice à moi,
celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi en Christ, la
justice qui vient de Dieu et la foi ; afin de le connaître, lui et la
puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances en me
rendant conforme à sa mort, pour parvenir si possible, à la résurrection
d’entre les morts. »
Philippiens 3 :8-11.
Pensons-nous que Paul dit ceci parce qu’il n’a pas encore connu le baptême
en Esprit, ni encore goûté une certaine résurrection ? Ce serait mal
entendre l’événement qui bouleversa sa vie. Ce serait ne rien comprendre à
l’expérience intime qui inspira ses écrits.
Ailleurs, dans la lettre aux Romains 8 :9–11, il témoigne de la réalité
d’une vie récrée en Christ :
« Ceux qui sont dans la chair ne peuvent donc plaire à Dieu. Pour vous,
vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit, s’il est vrai que
l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ,
il ne lui appartient pas. Que si Christ est en vous, le corps est mort à
cause du péché, mais l’esprit vit à cause de la justice. Et si l’Esprit de
Celui qui a relevé Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a
relevé d’entre les morts Christ Jésus fera vivre aussi vos corps mortels
par son Esprit qui habite en vous. »
Point de doutes, Paul témoigne d’une résurrection déjà-là tout autant que
Jean. Cependant ils doivent tenir compte sans cesse d’une réalité. Tous ne
sont pas parvenus à cet « état parfait » dont parlait Pierre.
En ce temps de l’Eglise naissante, si les apôtres et bien d’autres vivent
une réelle Nouvelle Naissance effective ce qui implique une réelle
connaissance qui est « un vrai début de vie éternelle », d’autres n’en
sont pas encore là, même s’ils ont l’Esprit sur eux qui répand ses dons.
Ils en sont au point où se trouvaient les apôtres durant la ministère de
Jésus. Ils ne comprennent pas vraiment. D’autres sont en chemin
d’obscurité, de « conversion essentielle », comme ce fut le cas de Paul
devenu aveugle sur le chemin de Damas.
Cette réalité multiple, oblige les apôtres à aller chercher les âmes là
où elles se trouvent sur le chemin, d’où cette impression d’oscillation
dans leurs paroles. En réalité, les apôtres sont souvent obligés de parler
un langage pour tous, que même ceux qui se nourrissent encore de « lait »
puisse entendre.
« Pour moi, frères, je n’ai pas pu vous parler comme à des spirituels,
mais comme à des charnels, comme à des enfants dans le Christ. C’est du
lait que je vous ai donné à boire, non un aliment solide ; vous ne pouviez
encore le supporter. Mais vous ne le pouvez pas davantage maintenant, car
vous êtes encore charnels. »
I Corinthiens 3 : 1. Paul dit cela, pourtant nous savons qu’il y avait en
cette même église de Corinthe de nombreux charismes. Les charismes, dons
de l’Esprit, ne prouvent donc pas qu’il y ait eu déjà baptême en Esprit
puis naissance effective en Esprit, d’En-Haut. (voir Jean 3)
Leur souci est d’être là en parole où les âmes se trouvent, de les
accompagner en chemin, sans oublier de mettre en perspective le but qui
est que le corps et l’esprit charnels meurent vraiment dans un baptême en
Esprit afin de ressusciter en Esprit avec Christ.
C’est cela que Paul exprime lorsqu’il dit « Que si Christ est en vous, le
corps est mort à cause du péché, mais l’esprit vit à cause de la justice.
»
Les apôtres savent par expérience, que tous les hommes sont appelés par
Dieu à passer par une mort du vieil homme, une mort au-monde-ancien-en-eux
effective afin de connaître une résurrection effective, ils savent que
beaucoup bien que baptisés sont encore des « tout-petits » comme eux mêmes
l’avaient été quand Jésus était auprès d’eux. Ils savent que d’autres sont
déjà en chemin avancé, sur un chemin de croix à la suite du Christ.
Voilà pourquoi ils ne cessent de rappeler cette vérité du passage et de
l’onction afin que tous soient consolés, tendus vers le Vivant et affermis
dans La Foi qui sauve vraiment du malentendu et des oeuvres mortes.
Quelques remarques sur 2 passages de la lettre aux hébreux qui témoignent d’un cheminement en deux temps ou de la nécessité d’une deuxième fois.
Hébreux 9 : 28 : « de même le Christ a été offert une seule fois pour
porter les fautes de beaucoup ; mais il apparaîtra une deuxième fois, hors
du péché, à ceux qui l’attendent pour leur salut. »
Nous pensons généralement que le retour du Christ se fera lors de la fin
du monde. Or de quelle fin du monde s’agit-il ? Dans quel sens entendre
les images qui sont en Matthieu 24 par exemple ou dans l’ Apocalypse ?
S’agit-il du monde matériel, physique ou du monde en nous ; le souffle du
monde en nous, cette manière d’entendre la Parole de Jésus selon la chair,
selon l’homme ancien qui n’a pas encore connu de conversion essentielle.
Jésus n’a-t-il pas dit : « je m’en vais mais je reviens. Le monde ne me
verra, plus mais vous, vous me reverrez parce que je vis et que vous
vivrez. ».
S’agirait-il ici du baptême en Esprit dont j’ai parlé plus haut, c’est à
dire d’une conversion essentielle qui nous introduira dans la Nouvelle
Alliance de manière effective ? Cette Alliance Nouvelle c’est l’Amour du
Christ qui grave en nos cœur la Parole, c’est à dire le Verbe Vivant.
Ainsi nous le voyons selon un Souffle nouveau qui recréera peu à peu
l’homme, mais dans du neuf. Et cette créature en cours de renouvellement
effectif, entendra la Parole et contemplera l’œuvre de Dieu de manière
nouvelle, voilà pourquoi Paul dit plus loin dans la même lettre :
« Car vous ne vous êtes pas approchés d’une réalité sensible, d’un feu
brûlant, d’une obscurité, d’une ténèbre, d’un ouragan, de la vois d’un
shophar, au son des mots… Ceux qui entendaient suppliaient de ne pas
ajouter une parole pour eux, car ils ne supportaient pas la prescription :
« Même si une bête touche la montagne, elle sera lapidée ! ». Et le
spectacle était si terrifiant que Moshè dit :
« Terrifié, je le suis, et tremblant. » Au contraire, vous vous êtes
approchés du mont Sion, de la cité d’Elohim, le Vivant, de la Jérusalem
céleste et de myriades de messagers et d’une communauté de premiers-nés
inscrits dans le ciel, d’un Elohim, le juge de tous, des souffles des
justes rendus parfaits et de Jésus, le médiateur d’un pacte neuf et d’un
sang d’aspersion qui parle mieux que celui d’Ebel. Voyez à ne pas refuser
celui qui parle, car ils ne se sont pas échappés, ceux qui refusaient sur
terre celui qui avertissait. Combien plus nous mêmes, si nous nous
détournons de celui des cieux, dont la voix, alors ébranla la terre ; Mais
maintenant il a promis et dit : « Encore une fois, moi j’ébranlerai non
seulement la terre, mais aussi le ciel ». Le « encore une fois » indique
le changement de ce qui est branlant parce que créé, pour que demeure les
inébranlables. Ainsi recevant un royaume inébranlable, tenons le
chérissement, pour que nous puissions servir Elohim à son gré, avec
ferveur, dans le frémissement. Oui notre Dieu est un Dieu dévorant. »
Prière de conclusion : « A cause de cela, je plie les genoux devant le
Père, de qui toute paternité aux cieux et sur la terre tire son nom :
qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d’être puissamment
fortifiés par son Esprit, en vue de l’homme intérieur ; que le Christ
habite en vos cœurs par le moyen de la foi ; soyez enracinés dans l’amour
et fondés sur lui, afin d’avoir la force de comprendre avec tous les
saints ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur et
de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, pour que
vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu.
A celui qui peut, selon la puissance qui agit en nous, faire infiniment
au-delà de tout ce que nous demandons ou concevons, à lui la gloire dans
l’Eglise et en Christ Jésus, pour toutes les générations du cours des
siècles. Amen ! »
Ephésiens 3 : 14 - 21
Philippe Marconnet
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